Dies Praeteritos ! (les jours passés), gravure de 1798 dans Anecdotes of Distinguished Persons.
La nostalgie est un sentiment de regret des temps passés ou de lieux disparus ou devenus lointains, auxquels on associe des sensations agréables, souvent a posteriori. Ce manque est souvent provoqué par la perte ou le rappel d'un de ces éléments passés, les deux éléments les plus fréquents étant l'éloignement spatial et le vieillissement qui représente un éloignement temporel. Enfin, ce sentiment peut renvoyer à un regret vis-à-vis d'un désir insatisfait.
Étymologiquement, le terme « nostalgie » provient du grec anciennóstos (retour) et álgos (douleur) ; soit, le mal du pays[1].
Le dictionnaire Le Petit Larousse définit la nostalgie comme un « état de langueur causé par l'éloignement du pays natal »[2]. Le site du CNRTL la définit comme un « Regret mélancolique d'une chose, d'un état, d'une existence »[3], tout en précisant deux occurrences importantes pour qualifier l'objet du regret, celui :
« que l'on a eu ou connu » (désir d'un retour dans le passé),
« que l'on n'a pas eu ou pas connu » (désir insatisfait).
De manière générale, la nostalgie réfère à un sentiment agréable lié à un souvenir passé. Ce sentiment est commun à toute personne passé un certain âge ou ce fond nostalgique évoque clairement des souvenirs clairs[réf. nécessaire].
La nostalgie, qui se présente étymologiquement comme le mal du pays, désigne souvent une mélancolie accompagnée d'un envoûtement par rapport à des souvenirs liés aux lieux de l'enfance, qu'on évoque à travers une jouissance qui est douloureuse.
Créé dans un sens à connotation médicale, le terme nostalgie va évoluer sémantiquement dans un sens conventionnel qui désigne ce terme comme une simple émotion[7].
L'historien Raoul Girardet a analysé le caractère amplement mythique de ce dernier thème, que l'on nomme souvent la nostalgie des origines.
La nostalgie peut être caractérisée par plusieurs termes : par exemple les expressions « le bon vieux temps », « la belle époque », ou bien encore l'expression « c'était mieux avant ». La nostalgie évoque donc une vision du passé bien souvent assez peu objective et relève toujours d'un sentiment qui prétend que le passé était toujours mieux ou plus agréable que la situation actuelle et fait abstraction des éléments négatifs.
Le passéisme qui est une attitude empreinte de nostalgie du passé, d'attachement aux mœurs et aux valeurs du passé (en référence au « bon vieux temps »), peut entraîner un repli et un véritable désir profond de retourner vers les actions du temps passé.
Le "Stalinobus" à Saint-Pétersbourg , décoré avec des images relatives à la Grande guerre patriotique relève de la nostalgie de l'Union soviétique
Par exemple, on nomme ostalgie, par jeu de mots, le regret par plusieurs habitants d'Europe de l'Est de certaines des caractéristiques de leur vie sous le régime communiste (sécurité de l'emploi, du logement...) en dépit du style de vie plus terne qui accompagnait celui-ci. La trame du film Good Bye, Lenin! est, en grande partie, fondée sur ce contexte. Cette forme de nostalgie qui existe également dans la nostalgie de l'Union soviétique relève d'une forme de passéisme.
D'un point de vue sociologique, la concentration de certaines sociétés sur leur passé peut devenir particulièrement manifeste quand les évocations d'un âge d'or passé se font de plus en plus fréquentes. Au-delà du mythe grec, l'âge d'or est la vision d'un passé heureux et lointain qui s'éloigne de plus en plus avec le temps qui passe.
D'un point de vue culturel et artistique (notamment poétique et musical) chaque civilisation a ses variantes : blues américain, saudade portugaise, скучать(skoutchat) russe, dor balkanique, où la nostalgie se mêle de manque, de désir, de regret.
Le terme solastalgie désigne la nostalgie d'un lieu disparu, notamment pour les lieux de vie ayant disparu à cause de bouleversements climatiques.
D'un point de vue médical, la nostalgie est aujourd'hui de plus en plus prise en compte comme symptôme possible de la dépression ou d'anxiété.
Le poète français, Joachim du Bellay, né vers 1522 est un des premiers auteurs à évoquer la nostalgie avec son recueil intitulé Les Regrets, publié en , où il exprime son amour de son pays natal. Le sonnet « Heureux qui, comme Ulysse », qui figure dans ce recueil, souvent utilisé dans la chanson française, est considéré comme l'archétype du texte évoquant la nostalgie.
Au début du XXe siècle, Marcel Proust, a écrit de 1906 à 1922, correspondant à une publication de 1913 à 1927, un roman en sept tomes intitulé À la recherche du temps perdu. Cette œuvre présente une intense réflexion sur la littérature, sur la mémoire et sur le temps[10].
Au XXIe siècle, l'écrivain tchèque naturalisé français Milan Kundera considère l’Odyssée d'Homère et le personnage d'Ulysse comme « l’épopée fondatrice de la nostalgie »[11].
La romancière belge Amélie Nothomb évoque dans son roman La Nostalgie heureuse, paru en 2013, son retour au Japon, où elle a vécu durant son enfance. Dans ce livre, elle revisite les lieux qu'elle a connus et se confronte à ses souvenirs.
Sous un aspect plus philosophique, l'écrivain et philosophe français Albert Camus définit ce sentiment dans Le Mythe de Sisyphe en écrivant « La pensée d'un homme est avant tout sa nostalgie. »
L'actriceSimone Signoret a publié en 1975 son autobiographie sous le titre La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, ouvrage dans lequel on peut lire : « Je ne peux pas jurer que j'ai été d'une sincérité totale en affirmant que je n'ai pas de nostalgie. J'ai peut-être la nostalgie de la mémoire non partagée... »[12].
Le saudosismo, parfois nommé « nostalgisme » en français, est un mouvement littéraire et philosophique apparu au Portugal dans le premier quart du XXe siècle. Inspiré d'une vision du monde fondée sur le sentiment de saudade, il exprime un sentiment complexe où se mêlent mélancolie, nostalgie et espoir.
Dans le domaine de la science, certaines sciences physiques et naturelles présentent des traits nostalgiques dans leur objet d’étude. Contrairement aux sciences prédictives comme la chimie ou la biologie moléculaire, les sciences postdictives (paléontologie du Quaternaire, préhistoire, etc.) ont une composante de nostalgie d’un passé lointain qui ne reviendra pas[14]. Dans le domaine de l'astronomie, l'astéroïde(3162) Nostalgie, est un astéroïde de la ceinture principale d'astéroïdes. Il fut nommé d'après ce sentiment.
Le colloque international du laboratoire de recherche 3L.AM, géré par un comité scientifique, qui s'est déroulé les 13 et à l’université d'Angers avait comme thème : « La nostalgie au cinéma »[15].
En 2017, l'université de Lorraine (site de Nancy) a organisé un colloque international de trois jours (30 novembre, 1 et 2 décembre) avec comme titre de sujet : « La Nostalgie dans tous ses états »[16].
↑Guy Serge Métraux, Le Ranz des vaches : du chant de bergers à l'hymne patriotique, Éditions 24 Heures, , 159 p., p. 19.
↑[1] google livre "La nostalgie comme sentiment"
De Piero Galloro et Antigone Mouchtouris, consulté le 11 octobre 2018.
↑Yves-Marie Bercé, François Lebrun (dir.) et Roger Dupuy (dir.), Les Résistances à la Révolution :
actes du Colloque de Rennes (17-21 septembre 1985), Imago, , 478 p., « Nostalgie et mutilations : psychoses de la conscription », p. 175.
↑(en) Hortolà, P., « The underlying emotional background of Quaternary palaeontology: nostalgia and Ubi sunt in a postdictive science », Studia Antiqua et Archaeologica 26 (2), , p. 139–147 (lire en ligne).
Jacopo Masi, Ce Sentiment qui nous rappelle : Déclinaisons de la nostalgie chez Giorgio Caproni, Philip Larkin, Claude Esteban et Seamus Heaney, Paris, Le Manuscrit, 2018.
Thomas Dodman, Nostalgie : Histoire d'une émotion mortelle, Éditions du Seuil, , 320 p. (ISBN9782021460612).
Éprouver de la nostalgie, c'est ressentir une absence
4 minutes
Dernière mise à jour : 08 mai, 2017
Le sentiment de nostalgie est si fréquent que, parfois, nous pouvons être tenté-e-s de penser qu’il s’agit de quelque chose d’inhérent à ce que nous sommes, à la nature humaine. Voilà pourquoi nous pouvons tou-te-s nous identifier à la nostalgie : nous vivons avec elle, nous dansons avec elle, nous la caressons d’encore plus près lorsqu’il pleut dans nos jours et dans notre vie.
Comme si durant les jours de tempête, lorsque notre visibilité est quasiment nulle, la nostalgie resplendissait et s’offrait comme jamais à notre regard.
Nous ressentons de la nostalgie pour quelqu’un, pour un passé qui n’est plus présent, pour ce que nous avons été. Nous pouvons aussi être nostalgique du présent qui n’est malheureusement plus comme il a été. Nous sommes nostalgiques de moments, de détails, de caresses, de mots…En définitive, la nostalgie est aussi réelle que nous le sommes, voilà pourquoi elle nous pénètre si profondément.
Lorsque notre esprit n’est plus que nostalgie
Notre passé est comme une contrée éloignée, il est semblable à un pays dont nous serions exilé-e-s. Comme tout exil, il est froid et difficile, et nous recherchons un petit coin de chaleur. Cet exil peut être à l’autre bout du monde, mais il peut aussi être très proche de notre terre promise. Il peut être le regret d’un temps lointain, ou celui des heures qui viennent juste de s’écouler.
La nostalgie ne nous plonge pas inexorablement dans une mélancolie profonde. Vouloir retourner à ce que nous étions il y a peu de temps est une manière d’apprendre à mieux nous connaître. Il ne s’agit bien évidemment pas de ne pas vouloir vivre dans le présent ou de nous sentir mal dans notre vie d’aujourd’hui, mais simplement de reconnaître et de prendre conscience de ce que nous avons pu expérimenter avant.
La nostalgie devient personne comme le dit l’auteur portugais, car elle fait d’un simple souvenir quelque chose de grand. Car elle fait d’une simple absence la seule chose dont tout notre être a besoin. Car nous incarnons la nostalgie. Car, comme l’amour, la nostalgie nous accompagne dans tous nos moindres gestes.
Les deux visages de la nostalgie
La nostalgie, comme la plupart des choses de notre existence et de notre monde, a deux facettes. Lorsque nous écoutons ce mot, nostalgie, nous entendons quelque chose qui est à la fois doux et triste.
Ressentir l’absence de notre famille, de nos ami-e-s ou de l’être aimé est quelque chose qui nous met à nu. Mais c’est aussi ressentir une caresse, c’est aussi prendre conscience des personnes que nous avons dans notre vie et que nous aimons véritablement.
La nostalgie peint souvent notre visage aux couleurs de la mélancolie. C’est durant l’automne et l’hiver que nous la ressentons plus intensément. Mais nous devons être courageux-ses face à elle. Nous devons comprendre qu’il s’agit de l’absence de ce qui valait ou de ce qui vaut la peine, de ce qui était ou de ce qui est bon, de ce qui nous a rendu-e-s ou de ce qui nous rend heureux-ses.
Si la nostalgie prend sa source dans une absence permanente et définitive, nous devons avoir le courage de la voir comme le prix des choses les plus belles. Ne peuvent nous rendre nostalgiques les choses qui ne provoquent pas en nous un véritable bonheur ou une immense joie.
Nous devons garder une image de la nostalgie comme un sentiment qui nous complète, qui nous permet de nous identifier au monde dans lequel nous vivons et qui nous inscrit totalement dans le présent, avec une conscience parfaite et sans regrets du passé.
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1.État de tristesse causé par l'éloignement du pays natal.La nostalgie est le regret du pays natal: aux rives du Tibre on a aussi le mal du pays, mais il produit un effet opposé à son effet accoutumé: on est saisi de l'amour des solitudes et du dégoût de la patrie (Chateaubr.,Mém.,t.3, 1848, p.400).La nostalgie de Paris, qui avait, dès le début de l'exil, rendu à Juliette insupportable tout lieu fautif de ne pas être Paris, s'était encore aggravée à Lyon (Triolet,Prem. accroc,1945, p.72).V. douceur ex. 7:
1. ... depuis deux ans et demi qu'il desservait cette paroisse, l'abbé Madeline ne faisait que décliner. La nostalgie, le regret désespéré de ses montagnes d'Auvergne l'avait rongé un peu chaque jour, en face de cette plate Beauce, dont le déroulement à l'infini noyait son coeur de tristesse.
Zola,Terre,1887, p.458.
2.PSYCHOPATHOL.Trouble psychique provoqué par l'éloignement du lieu habituel d'existence.[Des médecins] viennent de montrer que les psychoses de captivité observées pendant la dernière guerre, étaient fondamentalement et originellement des nostalgies et que le retour des prisonniers, leur reprise de contact avec la vie familiale avaient amené de nombreuses et rapides guérisons (Porot1960 et 1975).
B. −Regret mélancolique d'une chose, d'un état, d'une existence que l'on a eu(e) ou connu(e); désir d'un retour dans le passé.Nostalgie de l'enfance, du passé, de la gloire militaire;nostalgie lancinante, secrète; douce, implacable nostalgie.Xavier parlait de son isolement, de ce besoin d'intimité qui lui donnait parfois la nostalgie de la vie de famille. Il avait eu une enfance si heureuse près de sa mère qui l'adorait! (Theuriet,Mais. deux barbeaux,1879, p.102).Il connaissait cette sorte de nostalgie anticipée qui est la conscience même du bonheur (Druon,Chute corps,1950, p.88).V. amour ex. 95:
2. Chacun de nous a connu les joies les plus chaudes là où rien ne les promettait. Elles nous ont laissé une telle nostalgie que nous regrettons jusqu'à nos misères, si nos misères les ont permises.
Saint-Exup.,Terre hommes,1939, p.244.
C. −Regret mélancolique d'une chose, d'un état, d'une existence que l'on n'a pas eu(e) ou pas connu(e); désir insatisfait.Nous fumâmes longuement quelques cigares dont la saveur et le parfum incomparables donnaient à l'âme la nostalgie de pays et de bonheurs inconnus (Baudel.,Poèmes prose,1867, p.140).Le père Leloir (...) parlait beaucoup du mariage et de telle sorte qu'il semblait avoir une nostalgie inconsciente de la vie conjugale (Green,Journal,1946, p.16):
3. ... j'ai toujours trouvé la réalité plus nourrissante que les mirages; or les choses qui existaient pour moi avec le plus d'évidence, c'était celles que je possédais: la valeur que je leur accordais me défendait contre les déceptions, les nostalgies, les regrets; mes attachements l'emportaient de loin sur mes convoitises.
Beauvoir,Mém. j. fille,1958, p.48.
− En partic., littér.Sentiment d'impuissance qu'éprouve une personne qui aspire à un idéal ou qui recherche passionnément une valeur, une qualité.Nostalgie de l'absolu.Dans l'univers mallarméen, la nostalgie de la pureté, de l'innocence se traduit par des images révélatrices (Béguin,Âme romant.,1939, p.382).Le héros romantique s'estime (...) contraint de commettre le mal, par nostalgie d'un bien impossible (Camus,Homme rév.,1951, p.69):
4. Ceux qui n'ont jamais connu la nostalgie du ciel, la soif de l'infini, l'adoration de l'inconnu, le rêve de la perfection, la sublime folie de l'âme, ceux-là (...) n'ont pas encore le sens du divin...
Amiel,Journal,1866, p.160.
D. −État de mélancolie, de tristesse sans cause précise.Devant le fourneau, un homme de haute stature et de prestance sénatoriale, une veste blanche sur l'épaule, semblait rêver profondément, en proie à une nostalgie (Gautier,Hist. romant.,1872, p.48).Noël! Abîme d'ennui et de médiocrité chez ceux avec qui je dois le vivre. Journée de pluie, de nostalgie, d'angoisse (Montherl.,J. filles,1936, p.950):
5. −Eh bien, fit l'abbé, en riant, vous êtes un des seuls laïques qui supportiez aussi facilement notre régime. Généralement, tous ceux qui ont tenté de faire une retraite parmi nous étaient rongés par la nostalgie et par le spleen et ils n'avaient plus qu'un désir, prendre la fuite.
Huysmans,En route,t.2, 1895, p.137.
Prononc. et Orth.: [nɔstalʒi]. Att. ds Ac. dep. 1835. Étymol. et Hist. 1. 1769 méd. (J. Lieutaud, Précis de la méd. prat., t.1, p.309); 2. 1834 p. ext. «mélancolie vague, ennui» (Balzac, Rech. absolu, p.199). Empr. au lat. sc. nostalgia (1678, J. J. Harder, De nostalgia, hoc est de tristitia et tabe ex cupiditate redeundi in patriam) formé du gr. ν
ο
́
σ
τ
ο
ς «retour» et α
λ
γ
ο
ς «douleur, mal (v. -algie)», littéralement «mal du retour». Fréq. abs. littér.: 615. Fréq. rel. littér.:xixes.: a) 54, b) 404; xxes.: a) 883, b) 1820.
Avant la diffusion du final de "Plus belle la vie" se vendredi 18 novembre sur France 3, puremedias.com a interrogé des fans sur leurs liens avec ce feuilleton quotidien.
Fin imminente pour "Plus belle la vie". Ce vendredi 18 novembre, lors d'une soirée spéciale, France 3 diffusera le grand final de son feuilleton quotidien après 18 ans d'existence et 4.665 épisodes. Le lundi 21 novembre, c'est une rediffusion de "Cuisine ouverte" qui prendra place dans la case. Mais même si les audiences en linéaire étaient en baisse ces dernières années, pour des millions de téléspectateurs, la fin de ce rendez-vous fiction du soir va laisser un grand vide. puremedias.com a voulu prendre le pouls des fans de "Plus belle la vie" avant le clap final.
Jacqueline, 82 ans, retraitée, Marseille
18 ans déjà que Jacqueline, Marseillaise pure souche, regarde la série de France 3. Autrement dit, depuis son lancement. "Cette série est plaisante car elle est vraiment le reflet de notre société avec les hauts et les bas", résume la retraitée. "C'est dommage que "Plus belle la vie" s'arrête, je me suis attachée aux acteurs. J'ai aimé les gentils personnages, par contre, ceux qui faisaient du mal gratuitement, je ne les appréciais pas". Pour Jacqueline, la diffusion de 20h20 - même si l'horaire a varié au fil des années - était un rituel chaque soir. "J'arrêtais ce que j'étais en train de faire et je mettais devant ma télévision". Seul regret, ne jamais avoir pu visiter les studios de tournage, situés au pôle médias de la Belle de Mai dans la cité phocéenne. "Je ne sors pas beaucoup de mon quartier...", confie la Marseillaise qui compensera l'arrêt de "Plus belle la vie" en regardant d'autres séries sur TF1 et sur France 2.
Jérémy, 27 ans, responsable logistique, Marseille
Jérémy est un fan de la première heure, présent au rendez-vous de "Plus belle la vie" depuis 2004 sur France 3. Malgré le développement du preview et du replay, le jeune homme a continué à suivre la série chaque soir à 20h20. "Plus belle la vie" est d''ailleurs la seule fiction française quotidienne qu'il suit, lui qui consomme davantage des séries américaines ou anglaises. Lorsque l'arrêt du feuilleton a été officialisé au printemps dernier, Jérémy a ressenti "un petit choc". Il a eu l'occasion de visiter les studios à plusieurs reprises, dont une fois, il y a une dizaine d'années, pour assister au tournage d'une émission pilote au bar du Mistral avec Laëtitia Milot en invitée. Une émission qui, selon toute vraisemblance, n'a jamais été diffusée.
Les points forts de "Plus belle la vie" pour ce jeune passionné ? "L'action au jour le jour, c'est-à-dire que le jour dans la fiction correspond au jour dans la réalité ; les nombreux personnages auxquels le public peut s'identifier et les intrigues sociétales, qui étaient les meilleures intrigues". A l'inverse, pour lui, la série a perdu de son intérêt en se recentrant sur les ados. "Ils ont trop voulu se moderniser avec des ados qui n'étaient pas forcément très intéressants", tranche Jérémy. Mais pour lui, c'est l'année 2020 qui a été fatale au feuilleton de France 3 avec une mauvaise gestion de l'après-Covid. Et de nombreuses invraisemblances à la clé : "On a eu le passage du bac en plein mois d'août ou le personnage de Barbara qui ouvrait son restaurant alors que tous les restos étaient fermés en France... Quand 'Plus belle la vie' ne suit pas l'actualité, c'est vraiment pas au top".
L'arrivée de la famille Corcel à l'écran en septembre 2020 ne l'a pas davantage convaincu. "Ils ont commencé à réécrire le passé du personnage de Roland. Et ses deux enfants cachés, ça faisait un peu beaucoup !", déplore Jérémy. Le soir du 18 novembre, sans surprise, Jérémy sera présent devant France 3 pour dire adieu aux personnages qui l'ont vu grandir. "J'aurais préféré une vraie fin et non pas une fin ouverte", regrette-t-il en écho aux propos récemment tenus par la productrice du feuilleton. La semaine prochaine, il ne sera plus question pour lui de zapper sur la Trois à l'heure du repas. "Je regarderai 'Quotidien' à la place", tranche-t-il.
C'est en 2018 que Chantal a découvert "Plus belle la vie". "J'ai commencé à regarder avec mon fils de 11 ans. Il me voyait courir partout, donc un soir il m'a dit : "maman, on se pose 20 minutes devant ce feuilleton, ce sera notre moment à nous", confie-t-elle. Depuis, l'hôtesse de caisse n'a pas loupé un seul épisode du feuilleton. Si son fils - âgé aujourd'hui de 25 ans - a quitté le nid pour vivre avec sa compagne, Chantal a "toujours l'impression qu'il est avec moi sur le canapé". Alors forcément, vendredi soir, la cinquantenaire se prépare à vivre une soirée riche en émotions. "Je vais regarder avec mes deux paquets de mouchoirs minimum. Je vais certainement pleurer. Ils ont promis une belle fin donc j'espère que ça sera à la hauteur", explique-t-elle, même si elle rêve toujours de voir la série revenir sur une chaine. "J'espère que la série reprendra sur la 10. Ils ont bien relancé 'Les mystères de l'Amour' donc pourquoi pas 'Plus belle la vie' ? Quand je vois des conneries comme 'Les feux de l'amour' qui perdurent alors qu'il ne se passe rien, je me dis que l'arrêt de 'Plus belle la vie' n'est pas juste. Dans le feuilleton, ça changeait tous les jours. Les intrigues se renouvelaient sans cesse".
Lucas, 24 ans, sans emploi, Grenoble
C'est chez sa grand-mère que Lucas a regardé "Plus belle la vie" pour la première fois. "C'était en 2015, j'étais en vacances chez elle et elle suivait le feuilleton donc j'ai regardé avec elle. Le dernier épisode que j'ai vu chez elle se terminait par un cliffhanger, donc en rentrant chez moi j'ai absolument voulu découvrir le dénouement", confie le jeune homme. Depuis 8 ans, Lucas regarde tous les soirs sa série préférée. "J'aime le mélange des genres, la série traite de thématiques de société, tout en mixant les intrigues policières et celles plus légères", explique-t-il. S'il n'a "aucune attente scénaristique" pour le grand final de ce vendredi, il reconnait que la soirée risque d'être "émouvante". "J'aimerais bien que ça continue ailleurs, mais si la conclusion est satisfaisante, ça ne me gênera pas que 'Plus belle la vie' ne revienne jamais", conclut-il.
Thibaut, 22 ans, commercial, Vendée
C'est avec ses parents que le jeune homme a découvert la série en 2005 lors du traditionnel dîner familial. "Au début, c'était plus une obligation qu'autre chose mais je me suis pris au jeu. Je me suis attaché aux personnages" nous explique-t-il. Après plus de dix ans de fidélité au feuilleton de France 3, la famille se détourne petit à petit des aventures du Mistral. "Les intrigues commençaient à s'essouffler, on s'ennuyait parfois donc on a changé de chaine et on a regardé le '20 heures' de France 2 et "Un si grand soleil"". Mais voilà, l'annonce de la fin de "Plus belle la vie" a été un "choc" pour Thibaut. "J'ai ressenti beaucoup d'émotion, de nostalgie. J'ai grandi avec 'Plus belle la vie' alors forcément vendredi soir je vais être très ému", explique-t-il.
Mais Thibaut n'est pas encore prêt à tourner la page. "En janvier, j'ai trouvé un site sur internet qui propose en streaming tous les épisodes de la série depuis son lancement. Je regarde 5 épisodes par jour depuis. J'en suis à la saison 4. Je ne crois pas à un retour sur une autre chaine, mais sur une plateforme de streaming oui. J'ai envie de voir une suite, c'est vraiment une série auquel je tiens. Je ne sais pas ce que je vais regarder à la télévision lundi soir", conclut-il.
Quelles sont les caractéristiques de la nostalgie ?
La nostalgie a-t-elle des bienfaits ?
Quelles sont les applications de la nostalgie ?
La nostalgie est un sentiment qui se traduit par le regret et l’attachement à ses souvenirs. Qu'elle concerne des souvenirs de l’enfance, d'une personne en particulier ou d'un lieu, la nostalgie évoque des émotions heureuses associées à une douleur psychologique. Dans certains cas, elle peut évoluer vers une mélancolie ou une dépression. On vous dit tout sur la nostalgie dans cet article.
La nostalgie, qu'est-ce que c'est ?
La nostalgie est un sentiment très particulier qui se caractérise par le regret de certaines personnes, de lieux ou de souvenirs associés à des émotions agréables et positives. Ce mot, issu du grec « nostos » qui signifie le mal du pays, et de « algos », la souffrance, se réfère parfois à une mélancolie et une tristesse.
Parfois synonyme de cafard, la nostalgie se traduit par la mémoire d’un passé, d’un vécu ayant disparu.
Quelles sont les caractéristiques de la nostalgie ?
La nostalgie se caractérise par :
un souvenir heureux, parfois déformé de façon positive ;
un sentiment de regret du passé ;
un manque, une perte, un besoin ;
une distance physique ou temporelle avec le souvenir.
En général, la nostalgie se manifeste lors d’un rappel mental ou sensoriel vis-à-vis d’un souvenir, d’un lieu ou d’une personne. Dans certains cas, elle s’accompagne d’une tristesse liée à des choses passées, manquées ou échouées.
La nostalgie a-t-elle des bienfaits ?
En général, la nostalgie n’est pas un sentiment intense qui engendre une forte tristesse. Elle présente donc de nombreux bienfaits et envoie un message à celui qui la ressent.
Ce message peut être de plusieurs natures :
indiquer un manque ou un besoin sur le plan affectif ;
mettre à jour des souvenirs en lien avec son enfance où son pays ;
indiquer un besoin de repos ou d’activité (en cas de nostalgie des vacances) ;
exprimer le besoin de communiquer avec les autres, d'avoir des relations sociales.
Quelles sont les applications de la nostalgie ?
La nostalgie a de nombreuses applications, à tout âge et à tout moment de la vie :
chez les personnes âgées, il peut s’agir du regret du passé, du manque de ceux qui sont partis et de ce qui n'a pas été réalisé ou réussi ;
à tout âge, il peut s’agir de la nostalgie de l’enfance ou de périodes de la vie plus heureuses ;
pour certains, il peut s’agir de la nostalgie d'un pays, d’une ville ou d’une maison ;
d’autres encore ont la nostalgie des vacances ou des voyages.
La nostalgie apparaît généralement à l'occasion d'un rappel sensoriel (visuel, auditif, olfactif ou même tactile ou gustatif) : regarder des photographies, revenir dans une ancienne maison, écouter une chanson ou déguster un plat.
Se plonger dans le passé permet de mieux affronter le présent et de donner un sens à sa vie. Des chercheurs réhabilitent cette émotion paradoxale.
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Mars 2020. Dans le salon des Français confinés, les stars du petit écran semblent subitement avoir fait un bond dans le passé. Louis de Funès se partage le programme télé avec Lino Ventura en tonton flingueur et Zidane vainqueur de la coupe du monde 1998, après quelques épisodes de Bonne nuit les petits. Ne manquent plus que la chanson de l’ami Ricoré et les boucles d’oreilles de La vache qui rit en parenthèse publicitaire !
La nostalgie, une manière de se rassurer
Pendant plus de deux mois, les Français ont renoué avec leur télé cathodique et savouré ces moments comme une madeleine de Proust. Ces programmes vintage pourtant éculés constituent « une valeur refuge en cette période anxiogène », explique Hedwige Dehon, chercheuse en psychologie, logopédie et sciences de l’éducation à l’université de Liège (Belgique). « Elles réactivent la fonction de nostalgie, une fonction avant tout sociale qui atteste d’un socle commun. Dans un contexte comme celui que nous venons de traverser, la nostalgie constitue une manière de se rassurer sur ce qu’est le monde », ajoute la spécialiste.
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« Ce regret éprouvé à la pensée de ce qui n’est plus », comme le définit l’Académie française, n’a pas toujours été cette tristesse agréable dans laquelle on aime parfois se réfugier. Si l’on s’en tient à son étymologie, issue des mots grecs nostos (retour) et algos (souffrance), cette émotion ne semble guère positive.
Sa première mention remonte à 1678. Un médecin suisse du nom de Johannes Hofer identifie alors un « mal pernicieux » qui s’infiltre au sein des régiments suisses. Les soldats souffrent du mal du pays, caractérisé par des crises de larmes, de peur, de tachycardie… Pour s’en débarrasser, les gradés ne reculent devant rien. En 1733, un général russe menace d’enterrer vivant quiconque parmi ses troupes céderait aux affres de la nostalgie !
Ce sentiment universel apparaît dès l’âge de 7 ans
Cette acception pathologique perdure jusqu’au XXe siècle. Il faut attendre 1979 pour qu’un sociologue américain, Fred Davis, remarque que l’on associe à cette émotion des expressions positives, comme « chaud au cœur », « bon vieux temps » ou « enfance ».
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En 1995, la chercheuse en psychologie Krystine Batcho met au point un questionnaire pour mesurer la fréquence et la profondeur du sentiment nostalgique chez 200 participants. Pour elle, ce sentiment semble universel, mais présent à des degrés divers en fonction des personnalités, des états d’humeur, des contextes et même des cultures. « On n’a pas la même approche de la nostalgie selon que l’on est français ou japonais.
Chez les Occidentaux, les souvenirs sont plus centrés sur le moi, contrairement aux sociétés orientales, où ils sont davantage liés au collectif », décrypte Philippe Cappeliez, professeur émérite à l’École de psychologie de l’université d’Ottawa (Canada). Une chercheuse de l’université du Surrey (Angleterre) a mis en évidence que la nostalgie, qui apparaît vers l’âge de 7 ans, croît au début de la vie d’adulte – lors de l’installation dans la vie active ou dans son premier appartement sans ses parents – et s’effrite ensuite, pour remonter au moment de la retraite.
Ne pas confondre nostalgie et mélancolie
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Autrefois maladie psychique, la nostalgie est devenue presque banale. Selon une enquête menée à l’université de Southampton (Grande-Bretagne) auprès d’étudiants, 79 % d’entre eux se remémorent avec nostalgie des événements passés au moins une fois par semaine, 16 % tous les jours !
Mais il ne faut pas confondre nostalgie et mélancolie. Si la première est transitoire, la seconde s’inscrit dans la durée, comme si la personne restait bloquée dans le passé. Les psychiatres la décrivent d’ailleurs comme une dépression profonde. Rien de tel avec la nostalgie. S’il persiste une certaine douleur à savoir une époque révolue, les souvenirs suffisent à procurer du plaisir.
Pour étudier cette émotion complexe, les chercheurs utilisent souvent la même méthode : en laboratoire, ils induisent chez les volontaires un sentiment de nostalgie, en leur montrant des objets, en leur diffusant de la musique (par exemple Those Were the Days, inspiré d’un folklore russe très connu repris en France par Dalida sous le titre Le Temps des fleurs), en les poussant à se remémorer un moment de l’enfance, etc.
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Déclenchée par un sentiment de solitude
Grâce à ce type de recherches, Clay Routledge, professeur de psychologie à l’université d’État du Dakota du Nord a montré que la nostalgie peut être déclenchée certes par des interactions sociales (la rencontre d’un vieil ami), des expériences sensorielles (une odeur, une chanson) ou des objets, mais surtout par le sentiment de solitude.
Se replonger dans les photos de notre enfance, savourer le riz au lait de mamie ou réécouter un morceau qui a fait chavirer notre cœur d’adolescent : tous ces stimulus nostalgiques fonctionnent comme un puissant antidépresseur naturel. « Quand on se trouve dans cet état, on a plus facilement confiance en soi, on est prêt à prendre des risques, car on a conscience de suivre une forme de continuité dans sa vie », relate Hedwige Dehon.
Selon les travaux de Wijnand Van Tilburg, du King’s College de Londres, la nostalgie renforce l’impression qu’il existe un fil rouge dans notre existence, que ce que nous avons réussi dans le passé perdure au fil des ans. Des arguments partagés par Krystine Batcho, qui a montré que l’expérience d’un amour inconditionnel durant l’enfance nous rassure dans le présent, surtout pendant les périodes difficiles. « Ces souvenirs peuvent nourrir le courage d’affronter nos peurs, de prendre des risques raisonnables et de relever des défis », affirme-t-elle.
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Un outil qui nous pousse à nous dépasser
Plus qu’un socle grâce auquel on s’enracine, la nostalgie est un outil qui nous pousse à nous dépasser, comme le fait remarquer Marie-Claude Lambotte, professeure à l’université Sorbonne Paris Nord, directrice de programme au Collège international de philosophie : « En psychanalyse, la nostalgie fait référence à un désir inassouvi, inaccessible, que l’on tente par tous les moyens de faire exister en se reportant sur autre chose, par exemple l’art.
La création artistique permet d’une certaine manière de figer dans le présent les miettes d’une époque révolue. » Combien d’artistes, de chanteurs ont ainsi puisé dans leurs histoires d’amour passées ou leurs souvenirs d’enfance et de vacances pour les sublimer ? Mistral gagnant, dans lequel Renaud offre une photographie d’époque, celle des roudoudous et des Coco Boer, nous fait voyager dans le temps. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce morceau reste aujourd’hui encore l’une des chansons préférées des Français (elle pointe à la deuxième place, derrière Ne me quitte pas, dans le sondage Riffx de décembre 2018).
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Elle nous aide à surmonter les émotions négatives
La nostalgie, c’est aussi ce cocon chaleureux et protecteur dans lequel on peut se réfugier en période de stress. Pour le prouver, Clay Routledge a induit un sentiment de solitude chez un groupe d’étudiants – il leur a fait croire qu’un test de personnalité avait conclu qu’ils étaient de caractère solitaire. Puis il a mesuré leur état émotionnel via un questionnaire : ils se sont alors déclarés plus nostalgiques que ceux du groupe contrôle. Pour le chercheur, la nostalgie est donc une ressource psychologique à laquelle on recourt pour contrer des émotions négatives et des sentiments de vulnérabilité. De même, elle apaise les angoisses existentielles liées à la peur de la mort car elle permet de puiser dans des moments qui contribuent à donner du sens à la vie.
Cette émotion douce-amère renforce les liens avec les autres. En décryptant des récits de souvenirs nostalgiques, Constantine Sedikides, professeur de psychologie à l’université de Southampton, a remarqué que, même s’ils débutent dans l’amertume, ils finissent bien, souvent grâce à l’aide d’un proche, ce qui consolide un sentiment d’appartenance. Rendus nostalgiques, les volontaires se montrent plus généreux – ils font des promesses plus élevées de dons à des associations par exemple –, ont un regard moins critique envers les autres, etc.
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Lors d’une étude menée à l’université Bar-Ilan, en Israël, les chercheurs ont demandé à des volontaires – chez qui avait été induit un souvenir autobiographique positif ou un souvenir nostalgique – d’agencer le mobilier d’une salle en vue d’une conférence sur les souvenirs. Les participants « nostalgiques » ont installé les chaises plus proches les unes des autres que les non nostalgiques ! Comme si cette émotion nous rapprochait d’autrui. Toutefois, ces résultats obtenus en laboratoire, sur de petits échantillons, sont à considérer avec prudence.
La nostalgie augmente quand le thermomètre descend
Plus surprenant encore, le sentiment de nostalgie augmente quand le thermomètre descend descend. Des chercheurs chinois ont mis en évidence en 2012 que les personnes chez qui a été induite la nostalgie gardent plus longtemps leur main dans un bac à glaçons que les autres, et déclarent qu’ils ont eu moins froid. Le cocon les avait littéralement réchauffés !
Preuve de ses nombreux bénéfices, la nostalgie est un précieux allié dans le cadre des psychothérapies dites « de réminiscence ». « Cette technique se développe en Europe et aux États-Unis depuis une trentaine d’années, notamment chez les personnes âgées souffrant de dépression, détaille Philippe Cappeliez, auteur d’À la lumière de mon passé. Mes souvenirs autobiographiques pour me connaître et me comprendre (éd. Mardaga). L’objectif ? Conduire le patient à déplacer ses souvenirs vers une acceptation plus positive. On aide la personne à changer de point de vue sur certains événements de son passé. »
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Hedwige Dehon raconte : « L’une de mes patientes, atteinte d’une dépression à la suite du décès de son mari et qui avait perdu toute confiance en elle, a bénéficié de cette thérapie. Nous avons utilisé les réminiscences pour lui montrer qu’elle avait accompli énormément de choses seule dans le passé, sans son mari, et qu’elle pouvait avoir foi en l’avenir. »
Difficile pourtant de prévoir les conséquences de la nostalgie, tant les effets varient d’une personne à l’autre, et même d’un moment à l’autre. « Pendant des années, penser à telle fête de Noël peut nous procurer beaucoup de bien-être, et puis un jour cela peut devenir source d’appréhension, après la perte d’un proche survenu à ce moment précis de l’année, » explique Martin Desseilles, psychiatre et chercheur en neurosciences affectives à l’université de Namur.
Penser que « c’était mieux avant » peut conduire vers la dépression
Cette émotion peut devenir délétère dans deux situations. « Tout d’abord dans les réminiscences d’évasion, lorsque le passé est considéré comme un paradis perdu et que le présent lui est constamment comparé négativement, détaille Philippe Cappeliez. Cette tendance à penser que “c’était mieux avant” peut ouvrir une voie vers la dépression.
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Dans le cas des “réminiscences du disque rayé”, on ressasse, et l’on n’est pas capable de piocher du positif dans ce qui a été vécu pour aller de l’avant. » À l’échelle du groupe, la nostalgie est parfois exploitée à des fins politiques comme en ex-Allemagne de l’Est, où des « ostalgiques » (l’allemand Ost signifie « Est ») idéalisent une société perdue, oubliant l’État policier et les privations de liberté.
Svetlana Boym, enseignante de littérature slave à l’université Harvard, résume bien dans son livre The Future of Nostalgia (non traduit) l’effet à double tranchant de cette émotion paradoxale. Selon elle, il en existe deux types : la nostalgie « restauratrice » qui consiste à se laisser piéger par le passé, et la nostalgie « réflexive » permettant de savourer le passé tout en prenant acte qu’il ne pourra jamais être revécu. La bonne ou mauvaise nostalgie a donc bien moins à voir avec le contenu de nos souvenirs qu’avec l’interprétation que chacun en fait.
Des scientifiques ont prouvé que la nostalgie est loin de nous rendre triste, tout au contraire !
La nostalgie est un sentiment de regret du passé, qui provoque des sensations liées à des souvenirs. La nostalgie, c’est ce que tu ressens quand tu es loin de chez toi, quand tu te rappelles ton enfance ou quand tu regardes le clip de Redeye. Elle a longtemps été vue comme une maladie neurologie, une forme maladive de la mélancolie, ou un signe de dépression. Elle est aujourd’hui vue comme négative, puisqu’elle nous rappelle que le passé est passé. Néanmoins, diverses études ont démontré que l’activation de souvenirs nostalgiques permet au contraire de lutter contre la tristesse.
Le docteur Clay Routledge et son équipe de l’université du Dakota du Nord ont réalisé une étude scientifique sur la nostalgie. L’expérience consistait à tester l’état nostalgique des participants en les faisant penser à un épisode heureux de leur vie. Ils devaient consulter la définition de la nostalgie dans le dictionnaire, « remémoration et regret du passé », puis penser pendant dix minutes à un souvenir qui éveillait ce sentiment. L’étude a finalement conclut que ce dernier est en fait une « ressource psychologique que l’on emploie pour contrer des émotions négatives et des sentiments de vulnérabilité » et qu’il permet aux gens « d’utiliser les expériences passées pour les aider à affronter les défis présents ».
De même, le docteur Constantine Sedikides s’est lancé dans des études sur le sujet, en Caroline du Nord. Des outils ont été créés par l’équipe du chercheur pour mieux comprendre cet état. C’est ainsi qu’a été conçu le questionnaire de « l’échelle de Southampton ». Les questions portent sur la fréquence et l’importance de la nostalgie pour les participants. Plusieurs personnes ont été interrogées : elles ressentent toutes ce sentiment au moins une fois par semaine, et cela va même jusqu’à trois à quatre fois par semaine. Ce formulaire démontre que la nostalgie nous donne une meilleure estime de soi et permet d’augmenter la confiance. De plus, si la nostalgie se manifeste souvent lorsque l’on est triste et seul, elle stoppe en réalité le sentiment de solitude.
Les souvenirs qui provoquent la nostalgie sont donc plus que des souvenirs classiques, puisqu’ils forment une protection contre les pensées négatives et permettent d’avoir plus confiance en l’avenir, en apportant du réconfort.
Tristesse et état de langueur causés par l’éloignement du pays natal ; mal du pays. 2. Regret attendri ou désir vague accompagné de mélancolie : Avoir la nostalgie des vacances.
Comment Ecrire nostalgique ?
Etre nostalgique du passé. Sens : Regretter le passé. Être nostalgique d’une époque Sens : Regretter une période.
Quelle nostalgie expression ?
La nostalgie, c’est comme les coups de soleil : ça fait pas mal pendant, ça fait mal le soir. La nostalgie c’est le désir d’on ne sait quoi… La nostalgie que nous avons des pays que nous ne connaissons pas n’est peut-être que le souvenir de régions parcourues en des voyages antérieurs à cette vie.
Quelle est la différence entre la nostalgie et la mélancolie ?
est que “nostalgie” est souffrance causée par le regret obsédant de la patrie ; mal du pays tandis que “mélancolie” est hypothétique bile noire dont l’excès de sécrétion prédisposerait le patient à la tristesse, selon la médecine ancienne et sa théorie des humeurs.
Pourquoi on est mélancolique ?
Interrogée par LCI sur ce grand mystère, la psychologue clinicienne Laurie Hawkes décèle chez le mélancolique « une part génétique et une part liée au milieu familial – l’humeur ayant régné dans la famille où l’on a grandi enfant, l’accueil réservé à la joie enfantine, l’encouragement à se montrer joyeux ou plutôt à …
Pourquoi je suis nostalgique du passé ?
La nostalgie réactive des activités ou des relations qui nous font du bien. Parfois, la vie va trop vite. On a perdu de vue des personnes qu’on aimait bien non pas par manque d’intérêt, mais plus par manque de temps. Il est peut-être le moment de faire un ménage dans sa vie pour prioriser ce qui importe vraiment.
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À quelques jours d’accueillir notre deuxième petit garçon dans notre famille, me voilà remplie de nostalgie et d’émotions… Et oui, je fais partie des mamans nostalgiques…excessives peut-être même! 😉 Mais, ça fait partie de moi, j’ai toujours été ainsi…une grande nostalgique et maintenant que je suis maman…j’ai atteint le haut niveau! Hihi! 🙂 Êtes-vous comme moi, une maman nostalgique?
La nostalgie, c’est quoi?
Bon, j’ai « googlé » le mot…pour le plaisir d’avoir la définition exacte selon le dictionnaire Larousse! Pour faire un résumé, la nostalgie serait la tristesse, le regret du passé. Cette définition ne me colle pas trop à la peau, car je trouverais ça un peu extrême de me qualifier ainsi…
Ma définition à moi? Pour moi, être une maman nostalgique c’est oui, revoir le passé et les moments vécus qui sont maintenant derrière moi, mais non pas avec un regard empreint essentiellement de tristesse…non pas du tout! Je visualise ces moments plutôt avec des sentiments de fierté, d’amour, de douceur et de « merci la vie »! Oui, il m’arrive d’ouvrir la boîte de souvenirs de mon fils de 3 ans et de me « noyer » dans les larmes, mais ce n’est pas de la tristesse…Le mot, le terme exacte m’échappe…
Finalement, mon terme « maman nostalgique » n’est peut-être pas le bon? Je devrais chercher à trouver le mot exact qui saura caractériser tous mes symptômes? Je cherche, je cherche…dans les adjectifs les plus connus, je ne trouve pas…
Les symptômes de la maman nostalgique
Il y a de nombreux symptômes de la maman nostalgique…J’ai vraiment l’impression de m’ouvrir à vous en vous mentionnant les miens! Mais, je continue à dire que je m’assume ainsi! 😉 Et j’ose imaginer que je ne suis pas seule!? 🙂
– Un désir de figer le temps: Le temps passe tellement vite…et une fois maman, c’est encore pire! On dirait que nos enfants deviennent des « notions de temps » eux-mêmes avec leur âge qui avance et qui avance… Bébé a une semaine, bébé a 6 mois, notre grand garçon a 2 ans! Ouffff! Que ça va vite! Je voudrais parfois faire « pause » pour arrêter le temps!
– Les photos mentales: Souvent, quand je vis un moment vraiment unique avec mon petit Théo, il m’arrive de fermer les yeux…et de mémoriser cet instant si précieux…Ça peut-être un moment vraiment banal comme lorsqu’il est malade et qu’il accepte « miraculeusement » de se faire coller à l’excès et surtout plus de 10 secondes! 😉 Ces moments-là…quel bonheur malgré le fait qu’il ne soit pas au « top » de sa forme!
– Les vraies photos: Mon chum me dit souvent: « Caro, arrête de prendre des photos! Regarde dont avec tes yeux! » Oui, je dois écouter mon chum et regarder avec mes yeux aussi, mais c’est plus fort que moi…J’ai besoin de photographier pour me rappeler, pour conserver des souvenirs visuels… Alors aujourd’hui, je cumule maintenant 6 albums de photos de mon fils qui n’a pas encore 3 ans, donc près de 1800 photos….. Hiiiiiiii! Ça en fait quelques-unes!!
– Les livres de grossesse et d’enfant: Le journal de ma grossesse, le journal de mon bébé…Ce sont des éléments essentiels pour la maman nostalgique en moi! 🙂 Ils sont remplis religieusement et je manque souvent d’espace pour y écrire tout ce que je souhaiterais! La solution? Le symptôme suivant… 🙂
– Acheter des cahiers de notes: Et oui! J’achète des cahiers supplémentaires pour écrire encore plus! À la naissance de mon garçon, j’ai tellement pris goût à lui écrire un carnet! Un genre de journal où je lui décrivais chacune de nos semaines, et ce, jusqu’à ses 1 an! Je décrivais ce qu’il faisait de nouveau, nos moments en famille, nos sorties, ses découvertes, NOS découvertes, etc… Quand j’ouvre ce journal aujourd’hui, j’en suis tellement heureuse et…nostalgique! J’ai aussi continué à écrire un petit journal à la suite de sa première année, mais j’y écris principalement ses nouveaux apprentissages, les événements marquants, ce qu’il fait pour nous rendre heureux… 🙂 Je me dis que mon Théo sera certainement heureux un jour de pouvoir en faire la lecture et nous de le lire à nouveau! 🙂
– La boîte de souvenirs: J’adore accumuler les souvenirs… J’ai donc acheté une boîte dans laquelle je pourrais conserver des trésors précieux: bracelet d’hôpital, son premier pyjama, premières chaussures de bébé, ses cartes d’anniversaire, ses premiers dessins, des billets de sorties faites en famille et bien d’autres petits bonheurs… Elle est toute pleine et quelle joie et surtout, quelle émotion de l’ouvrir pour se souvenir… Et son premier pyjama qui y est caché…il y reste, et ce, même avec la venue d’un petit frère! Ça demeurera toujours SON mini pyjama à lui…
– Avoir de la difficulté à se départir: Je ne m’imagine pas le jour où il faudra bien que je me départisse de certains objets, de certains articles de mon fils… vêtements de bébé, balançoire, chaise haute, ses jouets, etc… des objets bien anodins, mais que je considère remplis de souvenirs…Oui, ce n’est que du matériel me direz-vous, mais pour moi, c’est plus que ça…
– Sentir et sentir! Vous êtes-vous déjà surpris vous-mêmes à sentir les vêtements de bébé de vos enfants? Sentir les vêtements de bébé…quelle odeur douce et particulière…les savons et les crèmes de bébé… Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il y a une association instantanée entre les odeurs et les souvenirs… Une odeur peut me rappeler un souvenir enfoui très loin dans ma mémoire…
Est-ce que vous vous reconnaissez dans certains de ces « symptômes »? 🙂
Un peu plus tôt, je me questionnais sur le terme exact à utiliser pour qualifier ces « symptômes » justement… Le terme « nostalgique » n’était peut-être pas le plus approprié… mais à force d’écrire ces lignes, je crois bien avoir trouvé! Je crois que le fait de se sentir ainsi, c’est simplement être une maman! Voilà…
Cet été, WeSportFr vous propose de mêler plaisir du sport et plaisir de la réflexion avec une série d’articles « Penser le sport ».Aujourd'hui mêlons sport et émotions avec pour thème la nostalgie du sport.
C'est quoi la nostalgie ?
La nostalgie, tout le monde en parle, pourtant la définition de celle-ci reste assez vague, comme celle du sport d'ailleurs dont nous vous avons parlé dans un de nos articles. La nostalgie, on la ressent par amour, par passion. On se souvient tous de notre première rencontre avec notre compagne/compagnon. La nostalgie c'est ce sentiment qui nous faire dire “c'était mieux avant”, ou encore “j'aimerais bien revenir 10 ans en arrière”. La nostalgie c'est aussi une peur de ne plus vivre un instant fort émotionnellement. Et justement, en termes d'émotions, le sport est l'un des principaux vecteurs de ses frissons qui nous parcourent devant une télé ou dans des foules déchaînées. Parfois même, la nostalgie se transmet par des générations, on a envie de vivre ce que nos ainés ont vécu.
Et le sport dans tout ça ?
On y vient justement. Prenez un instant, pensez au sport, vous verrez, immédiatement, un souvenir va vous remonter. C'est ça la nostalgie ! Un souvenir d'un match de foot amateur que l'on raconte au bar entre amis. Un match de notre équipe préférée. Rapidement, c'est tout un amas de souvenirs et de frissons qui remontent. Avons-nous de meilleurs sentiments à vivre que ceux-ci ? Le sport est l'une des rares choses qui nous procure une telle émotion, intemporelle. Attention, la nostalgie ce n'est pas que de bons souvenirs loin de là ! C'est un souvenir qui marque mais qui peut être douloureux. Et par souvenir, je n'entends pas que des matchs ! Certains commentateurs ayant bercé notre enfance ou notre adolescence. Tout cela fait parti de cette nostalgie.
Comment on ressent cela ?
Sur la durée. Maintenant avec YouTube, il est facile de retomber sur des best-of ou autres résumé de matchs qui nous ont marqué. Le plaisir que vous prenez à les regarder c'est l'expression même de votre nostalgie. Comme je le disais plus haut, en parler avec d'autres passionnés est aussi un des actes nostalgiques. Vous ressentez peut être d'ailleurs un peu de fierté d'avoir assisté à ce moment, d'en parler avec vos amis ou même votre famille.
Mais alors on peut avoir un exemple ?
Avec certains membres de la rédac, nous nous sommes prêté à un petit jeu. Nous vous offrons nos souvenirs nostalgiques :
– En tout premier lieu, je tiens personnellement à rendre un hommage à des personnes qui font que ces moments sont encore plus forts :
Thierry Gilardi : entre son envolée sur le but de Ribéry qui est devenu un môme génial et le fameux “Oh non Zinédine, pas ça ! Pas maintenant !”. A titre personnel il aura bercé mes premières années foot. Il reste une légendaire du commentaire sportif. Grand monsieur.
Thierry Roland : Parce que sans lui, 98 n'aurait jamais eu ce vent de folie. Et il a pu mourir tranquille, comme il nous l'avait dit ce 12 juillet 1998. Légende. N'oublions pas Jean-Michel Larqué, déjà dans les cœurs français après l'épopée des Verts mais encore plus ce soir là.
Et il y a ceux qui vont rejoindre ce panthéon notamment le duo Lizarazu – Margotton qui nous offert des pépites comme sur la volée de Benjamin Pavard.
Bien sûr, ce sont des choix personnels, vous avez les vôtres, partagez les nous, entre nostalgiques nous serions ravis d'en parler avec vous.
Les moments qui nous ont marqué :
Parmis les moments ‘le commentateur craque' on pense évidemment à Thierry Roland en 1998 lors du titre mondial, on se souviens moins de David Cauzette qui hurle “Thomas Heurtel donne moi ton short” dans un légendaire France – Espagne. Le dernier en date fut celui de Grégoire Margotton qui balbutie sur la volée de Benjamin Pavard contre l'Argentine, on ne savait même plus si c'était Pavard, Nacho ou Joachim Noah sur un lancer franc qui avait envoyé une telle mine. Heureusement, dans la famille Noah, papa a fait mieux. Vainqueur de Roland-Garros 1983, il permettra à l'équipe de France de Tennis de glaner 3 coupes Davis en tant que capitaine. La plus marquante reste celle où il improvise une danse sur son titre Saga Africa. Dans le registre inattendu, on a quelques souvenirs de Tour de France. De Christophe Riblon à Richard Virenque en passant par Julian Alaphilippe, on vibre aussi derrière nos petits Bleus. Petits ? Pas sûrs, notamment au rugby lorsque les Bleus s'offrent un tête contre tête lors du haka des blacks en 2007 avant une somptueuse victoire (la Nouvelle-Zélande demande toujours la VAR). Bon on s'arrête là sinon vous allez finir comme Stéphane Diagana après que Patrick Montel ai crié “RECORD DU MONDE !!!!!!!!!!!!!!!” lors des Jeux de Pékin en 2008.
Dans les moments qu'on aime moins : Dans la catégorie chute de grands champions : Zidane en 2006 contre l'Italie, Bolt en 2011 à Daegu. Sinon on aime bien aussi les moments où on perds tout : demandez donc aux Bleus de 93 qui est leur meilleur ami et c'est pas Kostadinov, à l'équipe de France de Rugby en 2011 ce que ça fait d'échapper à un petit point d'un rêve. Un coup de main ? Pas de soucis Titi est la en 2009 pour nous aider face à l'Irlande !
J'espère que ce petit retour dans vos émotions du passé vous aura plu ! Les émotions vous pouvez toujours les partager avec nous sur WeSportFR !
Le sport est la seule et unique chose qui me procure autant d'émotion que l'amour, sûrement parce que je suis amoureux du sport. Parfois il me le rend bien.
Pour moi c'est une émotion. Mais cette émotion est particulière elle peut être vécu accompagnée de la joie comme accompagnée de la tristesse. Mais alors on parle plutôt de mélancolie, même si c'est un terme plus global, alors peut-être devrait-on distinguer la joie nostalgique et la mélancolie nostalgique.
Je me demandais à quoi servait ces deux facettes de nostalgie pour le cerveau humain.
On dirait qu'il est presque naturel d'aimer certaines expériences de son passé, tandis qu'au présent on doit intellectualiser les choses pour réaliser qu'elles sont bien au point que dans le futur, elles nous provoqueront un jour des sensations de la nostalgie.
Donc le présent doit être intellectualisé, tandis que le passé est plein d'émotions instinctives, spontanées.
Edité le 04/10/2019 à 8:47 AM par nehpro
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Atil7760
04/10/2019 à 09:36
Ca a peut-être un rapport avec le fait que les structures cervicales qui servent à la mémorisation (hippocampe) servent aussi à la gestion des émotions ? D'un autre coté, parmi les émotions, on peut se demander à quoi peut servir la tristesse, laquelle se rapporte (presque ?) essentiellement à des faits passés.
Edité le 04/10/2019 à 9:36 AM par Atil7760
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kediledok
04/10/2019 à 21:15
Je ne vois pas où il peut y avoir de la joie dans la nostalgie puisqu'il s'agit de se rappeler de bons moments ou de belles choses qui ne reviendront pas.
Tristesse et joie se ressentent dans l'instant présent. Pour ce qui est des souvenirs du passé, je pense qu'on peut seulement parler de mélancolie. La nostalgie est mélancolique, forcément mélancolique comme aurait (peut-être) dit Marguerite Duras 😄
Je ne vois pas où il peut y avoir de la joie dans la nostalgie puisqu'il s'agit de se rappeler de bons moments ou de belles choses qui ne reviendront pas.
Tristesse et joie se ressentent dans l'instant présent. Pour ce qui est des souvenirs du passé, je pense qu'on peut seulement parler de mélancolie. La nostalgie est mélancolique, forcément mélancolique comme aurait (peut-être) dit Marguerite Duras 😄
Si tu es déjà satisfait de ce que tu as, tu ne regrettes pas ce que tu n'as plus. Un individu qui ne connait de la nostalgie que la mélancolie est un écorché vif, quelqu'un de brisé. J'ai été ça un jour, y compris pour l'aspect nostalgique, donc je compatis.
Mais un exemple simple : c'est la personne triste qui retrouve le courage de se battre car ces bons souvenirs lui rappellent que la vie vaut la peine.
Il est même plus facile de justifier la joie nostalgique biologiquement, elle a un rôle dans la survie. Peu importe si le présent est précaire tant que le passé continue d'agir comme un bâton et une carotte pour nous mener vers le futur.
Marguerite Duras est une littéraire. Je vois les littéraires comme d'authentiques névrosés. Ce n'est pas une attaque, c'est de là que vient leur talent, ils s'épanouissent dans les émotions négatives, tout comme en philosophie je préfère les discours des philosophes de formation scientifiques, comme les allemands, plutôt que les philosophes français que je traine souvent dans la boue puisqu'ils ne connaissent que les lettres, ils n'ont donc jamais qu'un seul point de vue, celui de la névrose.
La philosophie est l'amour de la sagesse. IL serait bon que chacun prenne l'initiative de se former en science comme en lettres. Imagine que si je la croisais, je considérerais Margueritte Duras comme une profane en philosophie, donc incapable d'évoquer ce qu'implique la nostalgie sans une formation au préalable. M'enfin, j'exagère elle était alcoolique, donc un minimum intelligente.
Edité le 05/10/2019 à 8:45 AM par nehpro
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nehpro
05/10/2019 à 08:34
En réponse à
Atil7760
Ca a peut-être un rapport avec le fait que les structures cervicales qui servent à la mémorisation (hippocampe) servent aussi à la gestion des émotions ? D'un autre coté, parmi les émotions, on peut se demander à quoi peut servir la tristesse, laquelle se rapporte (presque ?) essentiellement à des faits passés.
ce sont de très bonnes questions. Je vais faire des recherches pour mieux comprendre tout ça.
Edité le 05/10/2019 à 8:39 AM par nehpro
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Atil7760
05/10/2019 à 14:25
"Mais un exemple simple : c'est la personne triste qui retrouve le courage de se battre car ces bons souvenirs lui rappellent que la vie vaut la peine."
>>>>>>>On pourrait raisonner inversement : Le rappel des bons souvenirs passés fait prendre conscience que les choses agréables ont toujours une fin ... et donc ce n'est pas la peine de les rechercher.
"Il est même plus facile de justifier la joie nostalgique biologiquement, elle a un rôle dans la survie. Peu importe si le présent est précaire tant que le passé continue d'agir comme un bâton et une carotte pour nous mener vers le futur."
>>>>>>La nostalgie ne fait-elle pas l'inverse, justement, elles nous oriente vers le passé, nous faisant oublier de regarder vers l'avenir.
"La philosophie est l'amour de la sagesse."
>>>>>>Platon disait qu'on aime ce qui nous manque. Est-ce donc à dire que les philosophes manquent de sagesse ? 😁
"IL serait bon que chacun prenne l'initiative de se former en science comme en lettres."
>>>>>>L'affaire Sokal a montré que les philosophes du courant français auraient bien besoin de vraiment se former en science 😁
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kediledok
05/10/2019 à 20:43
Loin de moi l'idée de vouloir tenir compte de l'avis des personnages médiatiques sur n'importe quel sujet. Marguerite Duras n'a rien à voir avec le sujet du topic. C'était juste par rapport à la phrase péremptoire et célèbre qu'elle avait dite (coupable, forcément coupable). Caramba!!... J'ai voulu faire de l'humour et c'est encore raté 😭 😄 😄
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Atil7760
06/10/2019 à 11:18
La nostalgie pourrait-elle être une forme de masochisme mental ?
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nehpro
06/10/2019 à 21:05
Non. C'est une croyance populaire.
Après avoir fouillé quelques liens qui placent la nostalgie au plan de la tristesse, et l'associent à un manque affectif, ou ce genre d'idioties sans fondement, j'arrive sur quelque chose d'un peu plus objectif :
"à notre époque éprise du moment présent, la nostalgie, sentiment subtil et universel, n'a pas vraiment la côte. Considérée comme une maladie cérébrale au XVIIe siècle, puis longtemps confondue avec la mélancolie"
l'erreur se situe là, on confond nostalgie et mélancolie à travers la nostalgie.
"Bien loin d'augmenter les sentiments négatifs, la nostalgie au contraire intensifie la bonne humeur puisqu'elle s'appuie sur des expériences passées le plus souvent heureuses (mariages, fêtes familiales, voyages…). Même si elle surgit souvent à un moment où l'individu ressent une émotion négative (un sentiment d'isolement ou de vide), la nostalgie vient booster l'estime de soi et promouvoir l'idée que la vie est pleine de sens. Le Dr Routledge la considère donc comme « une ressource psychologique que l'on emploie pour contrer des émotions négatives et des sentiments de vulnérabilité."
J'ai fait ce topic car on est au changement de saison ici, et à chaque changement de saison j'ai des épisodes nostalgiques.
Ils ne sont pas mélancoliques, au contraire c'est un renouveau, une renaissance, les belles expériences vécus dans ces même saisons vont se reproduire cette saison ci, comme chaque année, avec les allergies qui vont recommencer, celles qui vont s'arrêter... les maladies chroniques qui disparaissent puis celles qui recommencent.
Lors de ces changements de saison, mon métabolisme est éprouvé, je finis mes journées épuisé,fiévreux parfois même, il me faut deux semaines à un mois pour que mon métabolisme se réadapte. Quand on a 20 ans ça se fait en quelques jours et on s'en aperçoit même pas. Mais quoi qu'il en soit il ne semble pas illogique qu'à ces transitions saisonnières, alors que mon corps va se fragiliser temporairement, la nostalgie assure la transition.
Peut-être ceux qui font des dépressions saisonnières ne vivent pas intensément la nostalgie.
Edité le 06/10/2019 à 9:38 PM par nehpro
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Atil7760
07/10/2019 à 09:35
Nostalgie vient de nostos (retour) + algie (souffrance).
C'est souffrir en retournant sur le passé.
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Vous ne trouvez pas de réponse ?
nehpro
08/10/2019 à 07:26
je n'ai aucun problème avec ça c'est la définition qu'on donne dans le dictionnaire et l'article du figaro le mentionnait dès le départ.
ça ne veut pas dire que c'est vrai
la page wikipedia elle même présente ce fameux amalgame :
"La nostalgie qui est donc, étymologiquement, le « mal du pays » désigne souvent une mélancolie "
ce que j'aime avec wikipedia, c'est la précision. on y écrit pas " la nostalgie désigne une mélancolie". On y écrit " la nostalgie désigne SOUVENT une mélancolie.
"En général, la nostalgie n’est pas un sentiment intense qui engendre une forte tristesse. Elle présente donc de nombreux bienfaits et envoie un message à celui qui la ressent."
"La philosophe Barbara Cassin signe "La Nostalgie. Quand donc est-on chez soi?" Un ouvrage érudit dans lequel elle nous incite à faire bon usage de ce sentiment ambigu, délicieux et parfois dangereux."
Tiens un philosophe qui partage mon point de vue sur l'ambiguité...
"Décidément, le cerveau humain nous étonnera toujours car la nostalgie ne nous isole pas, contrairement aux idées reçues mais elle nous fait sentir libre et heureux d’appartenir à un groupe qu’il soit familial, amical ou sportif.
Mais la nostalgie c’est aussi bon pour l’amour et pour le couple : un homme et une femme mariés depuis longtemps seront beaucoup plus soudés si ils partagent ensemble des souvenirs qu’ils soient bons ou mauvais. Le “Souviens toi” rend donc heureux !
Enfin, un des derniers effets surprenants de la nostalgie est qu’il réchauffe au sens littéral du texte. Si vous avez froid, rappelez vous un bon moment passé et bien la nostalgie vous apportera un peu de chaleur !
La nostalgie, le c’était quand même mieux avant, c’est bon pour la santé et souvenez vous que l’on ne peut jamais tourner une page de sa vie sans que s’y accroche une certaine nostalgie. Et c’est tant mieux !"
"D’un point de vue anthropologique, étudier la nostalgie soulève des questions épistémologiques et théoriques importantes. Quelles formes diverses peut-elle revêtir ? S’agit-il d’un affect (positif ou négatif), d’une pratique sociale ou d’une rhétorique ? Comment la distinguer d’autres modes d’appréhension du passé (telles les réminiscences non nostalgiques) ? La nostalgie suppose-t-elle une temporalité qui lui est propre ? Enfin et surtout, comment la saisir par la description ethnographique ?"
"D’abord, il faut clarifier la confusion théorique régnant autour du concept même de nostalgie par un examen minutieux des investissements cognitifs et émotionnels qui la sous-tendent. Craignant qu’elle ne fasse office de notion « fourretout », Gediminas Lankauskas (2015) regrette le flou notionnel résultant de ce qu’il nomme « nostalgification » des mémoires postsocialistes. Aussi, il établit une distinction entre les souvenirs nostalgiques et les souvenirs d’époques révolues dans lesquels la relation au passé s’instaure sur le mode d’une dissociation plutôt que sur celui d’une continuité affective. Dans un article plus ancien, Kathleen Stewart (1988 : 227) insistait déjà sur le fait que la nostalgie constitue avant tout « une pratique culturelle, pas un contenu donné ; ses formes, significations et effets évoluent avec le contexte – en fonction de la perspective du locuteur dans le panorama présent ». Dans la même veine, Dominic Boyer (2012 : 20) souligne que la nostalgie est « indexicale » et « hétéroglossique ». Elle regroupe un ensemble disparate « de références idiosyncrasiques, d’intérêts, et d’affects »."
"Enfin, l’anthropologie éclaire les relations complexes qui existent entre le passé, le présent et l’avenir. Comme l’écrit Svetlana Boym (2001 : xvi), la nostalgie « ne porte pas toujours sur le passé. Elle peut avoir une portée rétroactive ou prospective »."
Bref, apparemment je ne suis pas le premier à remettre en question la définition traditionnelle.
Saint Exupéry écrivait “La nostalgie c’est le désir d’on ne sait quoi” et Albert Camus disait que “La pensée d’un homme est avant tout sa nostalgie“.
Edité le 08/10/2019 à 7:52 AM par nehpro
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Atil7760
08/10/2019 à 10:22
"Enfin, un des derniers effets surprenants de la nostalgie est qu’il réchauffe au sens littéral du texte. Si vous avez froid, rappelez vous un bon moment passé et bien la nostalgie vous apportera un peu de chaleur !"
>>>>>>Quand je me souviens d'un bon moment du passé, ça me refroidit car je suis malheureux de voir que ce bon moment n'existe plus.
"La nostalgie, le c’était quand même mieux avant, c’est bon pour la santé et souvenez vous que l’on ne peut jamais tourner une page de sa vie sans que s’y accroche une certaine nostalgie. Et c’est tant mieux !"
>>>>>>Si je regarde vers le passé alors je n'avance pas. Justement car je suis trop nostalgique, ce qui fait que ça me rend statique. Si c'était mieux avant, alors je ne veux pas avancer, je veux reculer.
"Enfin, l’anthropologie éclaire les relations complexes qui existent entre le passé, le présent et l’avenir. Comme l’écrit Svetlana Boym (2001 : xvi), la nostalgie « ne porte pas toujours sur le passé. Elle peut avoir une portée rétroactive ou prospective »."
>>>>>>Ce serait bien d'avoir quelques exemples.
"Bref, apparemment je ne suis pas le premier à remettre en question la définition traditionnelle."
>>>>>>Si je prends un mot et que je décide qu'il ne doit plus avoir le sens que celui que tout le monde lui donnait, est-ce que je ne complique pas tout ? Autant inventer un nouveau mot.
"Saint Exupéry écrivait “La nostalgie c’est le désir d’on ne sait quoi” et Albert Camus disait que “La pensée d’un homme est avant tout sa nostalgie“."
>>>>>>La nostalgie n'est peut-être que la conscience confuse que nous ne sommes pas à notre place. Que nous sommes une sorte d'entité spirituelle qui s'est engluée dans le monde matériel.
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Calame
08/10/2019 à 12:20
La nostalgie peut-elle se porter vers le futur ?
Une personne au travail peut dire : "Ah quand je pense que dans une semaine je serai en vacance avec mes amis a la plage, profitant du bon temps.."
Ici la personne décrit un événement illusoire, un futur souvenir qu'il vivera et qu'il envisage avant même de l'avoir vécu.
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nehpro
09/10/2019 à 08:04
Le sens des mots évolue avec le temps et le contexte, comme déjà expliqué par une des personnes que j'ai cité.
Un exemple : imbécile veut dire " sans béquille", donc ça désignait une personne faible physiquement. Aujourd'hui ça désigne quelqu'un qui manque d'intelligence.
Un autre exemple : débile étymologiquement désigne une infirmité physique ( un mutilé ). Aujourd'hui si on dit qu'une personne est débile, on pense mentalement débile.
Bref l'étymologie n'a jamais fait le sens des mots. Les êtres humains décident du sens des mots, et ils changent ou se conservent au fil du temps qui passe.
j'en ai d'autre plus ou moins raccordés, que j'aime bien me souvenir.
Molosse n'est pas un chien, c'est une dynastie grecque qui utilisait des chiens de guerre dans son armée.
Brute est brutus, la famille qui a mis fin à la monarchie à Rome, ou qui a assassiné jules césar. On disait à quelqu'un prompt à utiliser la violence pur régler les problèmes qu'il se comportait comme un Brutus.
On parle de barbare cimmériens, les confondants avec les tribus scythes qui vivaient dans les hautes steppes : les cimmériens étaient en fait les habitants du Bosphore, c'était des grecques et des commerçants, non des barbares. AU passage ce sont des scythes que viennent la légende des amazones : les femmes scythes étaient douées pour tirer à l'arc tout en montant un cheval.
Le char de guerre utilisé partout dans le monde depuis l'antiquité état appelé " char scythes" alors même que les scythes n’utilisaient pas les chars pour la guerre, mais pour le transport : c'était des nomades.
Bref je veux juste dire que s'intéresse à l'histoire d'un mot est pertinent, non pour le définir, mais pour percevoir les facteurs qui ont influencé le sens qu'on lui a donné, qui n'est jamais le sens d'origine.
Si on disait aux romains ou au grecques qu'on discute sur un forum public, ils nous demanderaient pourquoi on n'a pas inventé un nouveau mot tel que " plateforme de discussion en ligne", au lieu de reprendre " forum".
ça te semble moins compliqué de créer un nouveau mot. Souvent on préfère adapter une définition que faire grossir le dictionnaire, demande à Larousse si c'est plus simple de rajouter un mot ou de corriger une définition.
Edité le 09/10/2019 à 8:20 AM par nehpro
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nehpro
09/10/2019 à 11:03
Je voulais revenir. Je voulais revenir ici car j'ai besoin d'un bilan, pour cesser d'y réfléchir et passer à un nouveau thème.
J'ai été suffisamment investi dans les arguments et contre arguments que j'ai lu à droite à gauche, et ici. Mais je veux conclure simplement et limpidement, je veux synthétiser tout ça, enfin synthétiser entre guillemet car bien sur je vais prendre le temps de ne pas laisser de non dit, d'incompris.
Très bien, comme je le disais ce qui me motivait à la base ce sont donc ce que j'appelle " des épisodes nostalgiques de transition saisonnière".
C'est à dire qu'ils se déclenchent quand la température varie, l'humidité, le vent, ou tout simplement la luminosité naturelle. Je souhaiterais préciser et me concentrer sur une parti de ces épisodes nostalgiques, car le reste correspond bien à l'idée mélancolique qu'on s'en fait donc je n'ai rien de neuf à y apporter.
Alors voilà, plusieurs fois par an, solstices, équinoxe, etc... je me rappelle les jeux vidéos sur lesquels nous étions avec ma copine chaque année depuis que nous sommes ensemble, donc bientôt une décennie. ça veut dire une dizaine de jeux vidéos différents à chaque saison.
Ce partage virtuel peut scandaliser un peu les plus puritains pour qui seul l'expérience réelle est une valeur, mais nous prendrons le temps de définir en quoi le virtuel fait partie du réel si toutefois cela est recquis. Vous êtes conscients bien sûr que c'est un sujet d'actualité puisque si la société industrielle ne s'effondre pas, les êtres humains partageront de plus en plus à travers le virtuel. C'est le sujet d'un épisode de la série à la mode " black mirror" dans lequel deux joueurs deviennent amoureux virtuellement alors qu'ils n'ont aucune attirance dans la réalité. La virtualité va poser beaucoup de questions sur l'essence de l'âme humaine.
Ainsi avec ma femme en dix ans nous avons conquis des empires, survécu sur des îles désertes, descendu au fond de l'enfer pour y vaincre le diable en personne. On a eu toute sortes d'aventures extraordinaires, qui représentent autant de souvenirs agréables mais qui ne me reviennent que durant les transitions saisonnière. Comme quoi, on a beau être concentré dans le virtuel, notre corps reste à l'écoute de notre environnement, du réel.
Alors, pour certains ces réminiscences de souvenirs ne devraient pas être considérés comme de la nostalgie authentique : ils accordent une grande importance aux racines mélancoliques, bien ancrées notamment dans la culture française, son art.
Mais je ne suis pas d'accord sur ce point. Ces souvenirs constituent des endroits des moments passés, qui se sont déjà produits, ne peuvent donc plus se produire, alors on peut parler de manque. On peut parler de nostalgie.
Mais les motivations soulevées par ces nostalgies n'ont pas pour vocation de retrouver le passé puisqu'on sait que le passé s'est fini. Nous ne retournons pas sur d'anciens jeu vidéos pour y vivre ce que nous avons déjà vécu.
Par contre, à se raconter ces bons souvenirs, on va chercher un nouveau jeu, pour une expérience neuve, un nouveau partage.
C'est en cela aussi que j'estime que la nostalgie est un moment de renaissance. Nous renaissons à chaque changement de saison, comme nous renaissons chaque matin en se réveillant.
Avez-vous déjà entendu le mot saudade ? L’écrivain portugais Francisco Manuel de Melo (1608-1666) l’a défini comme “un bien dont on souffre et un mal dont on jouit”. Ce concept portugais, bien qu’il n’ait pas de traduction littérale, aurait deux mots frères en français : mélancolie et nostalgie.
Mais, quelles différences trouve-t-on entre mélancolie et nostalgie ? Pourquoi peut-on affirmer que ce ne sont pas les mêmes sentiments, ou émotions ?
“Aucune nostalgie n’est aussi forte que la nostalgie de choses qui n’ont jamais existé.”
-Rabih Alameddine-
Mélancolie et nostalgie : deux émotions intenses
Les émotions font partie de notre vie. Elles nous guident lors de la prise de décisions. Celles-ci sont définies comme « des réactions psychophysiologiques qui représentent des modes d’adaptation de l’individu à la perception d’un objet, d’une personne, d’un lieu, d’un événement ou d’un souvenir important ».
Il y a des émotions plus basiques et primaires, et d’autres plus complexes (et intenses). Parmi ces dernières on en trouve deux qui entretiennent une relation particulière : la mélancolie et la nostalgie. Apprenons à les connaître un peu plus en profondeur.
Différences entre mélancolie et nostalgie
Pour apprendre les différences entre mélancolie et nostalgie, commençons par une définition générique de chaque émotion.
Mélancolie : tristesse et “mal du pays”
Dans le cas de la mélancolie, on parle d’« un état d’esprit permanent, vague et calme, de tristesse et de désintérêt, provenant de causes physiques ou morales, généralement d’importance mineure ». Par curiosité, les Galiciens identifient une origine fréquente de cette mélancolie ; On parle du « mal du pays », cette émotion de nostalgie qui apparaît lorsque tout ce qui touche à la patrie est raté.
En portugais, il a également une traduction approximative, comme nous l’avons vu dans l’introduction, à travers le concept “saudade”. Ce mot n’a pas de définition parfaitement délimitée (bien que l’approximation serait celle-ci), et les Portugais les plus établis assurent que ” la saudade ne s’explique pas, elle se ressent “.
“Mélancolie : manière romantique d’être triste.”
-Mario Quintana-
Nostalgie : envie de quelque chose qui nous rend heureux
De son côté, la nostalgie est « un sentiment de tristesse face à l’éloignement, à l’absence, à la privation ou à la perte de quelqu’un ou de quelque chose de cher ». Paniagua, dans un article du Humanities Magazine, propose qu’il s’agit de l’évocation de souvenirs chers qui caractérise la nostalgie.
Lorsque nous devenons nostalgiques, c’est généralement parce que nous pensons à quelque chose du passé que nous avons vécu intensément, et lorsque nous nous souvenons d’un souvenir heureux.
“La nostalgie est une archive qui supprime les aspérités de l’ancien temps.”
-Doug Larson-
Pourquoi la mélancolie et la nostalgie ne sont pas la même chose
Ainsi, la nostalgie et la mélancolie, bien qu’elles puissent sembler des concepts similaires, car toutes deux impliquent une émotion qui nous amène à regarder le passé, à manquer et à désirer, elles ne sont pas vraiment les mêmes.
Pour commencer, la mélancolie est généralement vécue comme quelque chose de désagréable (ou sinon, de triste), mais dans la nostalgie, cela ne se passe pas exactement comme ça (elle peut être vécue de manière plus agréable). Voyons quelles sont les différences les plus importantes entre les deux concepts :
1. L’existence d’un sinistre
Lorsque nous ressentons de la mélancolie nous n’avons pas forcément vécu de perte (même si elle a pu exister, ce n’est pas toujours le cas). On peut ressentir de la mélancolie pour quelque chose qu’on aimerait avoir et qu’on n’a jamais eu, par exemple. Ou on peut passer à côté de quelque chose qui est encore là mais qui est loin (comme dans le cas du chagrin migratoire).
En revanche, lorsque nous ressentons de la nostalgie, c’est parce que nous pensons à quelque chose du passé que nous n’avons plus (même si nous ne le vivons plus comme une perte). Nous ressentons la nostalgie d’un souvenir passé, de quelqu’un qui n’est plus… normalement, d’événements ou de personnes qui nous ont rendus heureux.
2. La présence du deuil
Face au sentiment de mélancolie, nous éprouvons une certaine tristesse et agitation ; Ce n’est pas une émotion agréable de voyager. Par contre, dans la nostalgie ce chagrin n’existe pas. C’est en quelque sorte une émotion plus agréable ; quand on en fait l’expérience, oui on peut aspirer à quelque chose, mais c’est plutôt un beau sentiment, qui nous amène à honorer et remercier notre passé.
3. Mauvaise humeur
La mélancolie nous laisse dans un état d’esprit bas, car elle s’accompagne de cette douleur dont nous avons parlé, une profonde tristesse. Dans le cas de la nostalgie, l’état peut rester le même, voire s’améliorer, quand on pense aux belles choses que l’on a vécues. Ainsi, dans la nostalgie, nous pouvons nous sentir heureux et joyeux, et dans la mélancolie, c’est précisément le contraire qui se produit.
4. Vouloir retourner dans le passé
Bien que cela soit très personnel, en général, la mélancolie est une émotion qui nous amène à vouloir retourner dans le passé, à vouloir y rester. Cela nous attriste de penser que nous n’en sommes pas là; Pour cette raison, c’est une émotion où le chagrin et le malheur sont les protagonistes.
Au lieu de cela, la nostalgie n’est pas tant le désir de vouloir revenir dans le passé, mais plutôt le désir de vouloir s’en souvenir. C’est une ode au passé, un petit hommage, comme un flash qui vient à l’esprit et nous fait sourire.
Mélancolie et nostalgie : chacun les vit à sa manière
Nous avons vu certaines des différences entre la mélancolie et la nostalgie, bien que logiquement, chaque personne vivra ces émotions d’une manière différente et unique. Pour cette raison, il y a autant de mélancolies et autant de nostalgies qu’il y a de personnes dans le monde. Dans cet article, nous avons seulement essayé de décomposer les parties de chaque concept qui peuvent être différenciées, même si, insistons-y, il est très difficile de « caser » les émotions.
Quoi qu’il en soit, les deux émotions sont la preuve que nous avons vécu, ressenti et sûrement aussi aimé intensément. Ressentir à la fois la mélancolie et la nostalgie est le prix à payer pour être en vie. Si nous ressentons ces émotions, bien qu’elles nous causent parfois de la douleur et de la tristesse (plus de mélancolie que de nostalgie), n’essayons pas de les réprimer, bien au contraire. Essayons de découvrir le message qu’ils apportent avec eux, ce qu’ils essaient de nous dire ; assurément, ce message est un trésor pour l’âme.
La nostalgie anticipatoire : quand le présent nous manque
Il arrive parfois que le moment que nous vivons nous manque déjà : cette sensation porte le nom de nostalgie anticipatoire. Lire plus »
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Ignorer tous ses souvenirs, c'est effacer un grand pan de sa vie. La nostalgie, c'est, entre autres, le privilège des vieux. Il ne faut pas se surprendre qu'ils aiment tant raconter des souvenirs.
La nostalgie, c'est le mal du pays de l'enfance et de la jeunesse dont on sent de plus en plus l'exil. Ce sont surtout des souvenirs joyeux.
Les décorations de Noël commencent à faire partie de notre décor. Ainsi que les chansons de circonstances. Déjà la plupart d'entre nous pensent aux festivités qui s'approchent. Tant de souvenirs agréables de Noël refont surface et nourrissent une nostalgie pleine de joie qui pavoisera cette période. Beaucoup de spectacles de Noël affichent déjà «complet». Pour d'autres, une tristesse mélancolique les emplit à cause des arrière-goûts désagréables ou de la solitude traditionnelle qui les accable.
On accole trop souvent la nostalgie à la tristesse, je lui fais plutôt flirter le mot souvenir. Car la tristesse se marie davantage au mot mélancolie. La nostalgie, c'est le mal du pays de l'enfance et de la jeunesse dont on sent de plus en plus l'exil. Ce sont surtout des souvenirs joyeux. C'est la tarte à la ferlouche de grand-maman. Quel grand moment nostalgique! Le jour d'un grand mariage réussi. Un pays visité en amoureux. Les mauvais coups d'une bande de gamins dont on faisait partie. Le parfum voluptueux que sa bien-aimée préfère depuis toujours. Une partie de pêche foisonnante avec son père. Un amour passionnel. Quel merveilleux véhicule que la mémoire!
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Voilà la nostalgie, une panoplie de souvenirs qui nous trotte dans la tête avec un plaisir renouvelé et réconfortant. Il y a de ces instants qui marquent notre vie à tout jamais. Souvent, un souvenir accompagné d'une émotion.
Qui ne se souvient pas de ce premier «slow», dansé joue contre joue, en écoutant les Platters avec la célèbre chanson Only You (1957). Quand nous l'entendons encore aujourd'hui, le souvenir de ce moment nous revient en mémoire. Et que dire de Smoke gets in your eyes, The great pretender, My prayer? Comme quoi, la musique et les paroles contribuent à la nostalgie.
Mais il a aussi les événements de la vie quotidienne comme ce qui suit:
Quand mon ami Marcel entend un petit avion voler dans le ciel, ses yeux le cherchent pour le voir. Maints souvenirs surgissent pour lui rappeler cette période de sa vie où il a appris à piloter un petit avion. Que de belles randonnées surtout durant les couleurs de l'automne! Le souvenir de la sensation de plénitude qui immergeait chaque fois! La fierté de réaliser un tel rêve! Nostalgie!
Il suffit qu'elle visionne à la télé ou dans les magazines des paysages sous-marins multicolores, Nathalie a souvenance aussitôt de cette période où la plongée sous-marine occupait ses loisirs et ses voyages. La panoplie de coraux et de poissons aux mille couleurs se déroulait à portée de mains dans un monde de silence. Nostalgie.
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Quand le cinéma situe l'histoire dans des pays exotiques et éloignés, la période de globe-trotteur de mon cousin Mario refait surface. Tant de savoir autochtone, de rencontres fortuites et de moments exceptionnels lui trottent fidèlement dans la tête, me confie-t-il. Nostalgie.
Quand un voilier strie l'écran de la télé pour représenter le rêve, je me concentre sur l'image pour revivre tant de moments emballants. Car j'ai navigué durant huit ans à bord de mon voilier. Un rêve et une aventure exceptionnels. Nostalgie.
Pendant 14 ans, j'ai été l'éditeur, le fondateur et le propriétaire de deux hebdomadaires. J'y revois constamment toutes les prouesses d'entrepreneur nécessaires à son évolution. Je repense à tous ces employés fidèles que j'ai tant aimés. Et à tous les contacts amicaux et d'affaires. C'était la période où une poignée de main tenait lieu de contrat et d'implications communautaires et sociales. Une période charnière. Une réalisation mémorable. Nostalgie.
La vie familiale et la carrière sont parsemées d'intenses événements heureux dont la souvenance remplit la tête et le cœur nourrissant la nostalgie.
Ah! Nostalgie, quand tu t'insères dans nos veines, la joie se manifeste.
Westend61 via Getty Images
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Pourquoi tant de compilations de chansons passées connaissent un tel succès?
Pourquoi le spectacle Francostalgie, qui présentera 65 chansons de 1965 à 1995, une narration anecdotique et nostalgique de Michel Drucker et une tournée du Québec à compter du 15 novembre, connait-il déjà un si grand succès pour la vente des billets? Un spectacle qui générera une tournée européenne, car là-bas aussi la chanson entretient la nostalgie.
Pourquoi le méga spectacle annuel La Tournée des idoles revient-il à Québec? D'année en année, cette revue grandit énormément. Le Centre Vidéotron sera l'hôte de ce rendez-vous unique, le 25 mai 2019, à 13h30 et 19h30. Pendant plus de deux heures, les heureux détenteurs de billets pourront chanter et même danser sur les grands succès de: Gérard Lenorman, Plastic Bertrand, Patsy Gallant, Sheila, Michèle Richard, Michel Stax, Claude Valade, Claude Barzotti et Enrico Macias. Sans compter Michel Louvain.
Plusieurs groupes musicaux formaient le paysage musical dans les années 60. C'est ainsi que seront présents Pierre Harvey qui rend hommage au groupe de son père Les Gendarmes, Gilles Girard des Classels, Eddie Roy des Bel Airs, Simon Brouillard des Lutins et André Fortin des Bel Canto. Encore une fois, la nostalgie règne. Ils sont tellement nombreux qui y succombent.
Les grandes et belles chansons ne vieillissent pas, ne se démodent pas et ne meurent pas. Elles deviennent des classiques. Comment reléguer aux oubliettes les chansons de Gilbert Bécaud et Charles Aznavour, les interprétations des Compagnons de la Chanson, d'Édith Piaf, d'Yves Montand, de Barbara ou de Léo Ferré, de Pavarotti, Michel Legrand et Luis Mariano. Et que dire de Félix Leclerc, Vigneault, Ferland, Léveillée, André Gagnon, Dumont, Beau dommage. Ajoutons les Sinatra, Bennet, Streisand, Presley et Beatles. Ce qui a été beau demeure beau et ne devient pas quétaine. Qu'une belle nostalgie et de joyeux souvenirs en émanent.
Pourquoi la musique classique demeure-t-elle toujours vivante? Les chefs-d'œuvre survivent. Comme les grands peintres.
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La nostalgie est devenue une industrie.
Ce portrait est loin d'être complet. Pour traiter ce qui précède de vieux jeu, de quétaine, il faut être jeune et sans passé. On dit qu'à partir de trente ans seulement, la nostalgie entre en scène avec les souvenirs.
Ignorer tous ces souvenirs, c'est effacer un grand pan de sa vie. C'est pourquoi plus on avance en âge, plus les années s'additionnent et plus les souvenirs augmentent. La nostalgie, c'est, entre autres, le privilège des vieux. Il ne faut pas se surprendre que les vieux aiment tant raconter des souvenirs.
Curieusement, la nostalgie exhale des souvenirs heureux. La mélancolie se complait surtout dans les souvenirs malheureux ou sans joie provoquant la tristesse. Heureusement, le temps souvent dédramatise certains événements.
Joyeux Noël et joyeuse nostalgie!
Pour accéder au blogue de Claude Bérubé, cliquez leptitvieux.com
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Nous avons tous connu la nostalgie à plusieurs reprises. C'est un sentiment qui surgit lorsque nous regardons en arrière et que nous nous souvenons de bons moments, de moments de notre vie où nous étions heureux ou, du moins, c'est ce que nous croyons maintenant.
Quand on sortait avec un copain ou une copine, quand on jouait dans le parc avec nos amis, quand on mangeait Les samedis chez notre grand-mère... il y a beaucoup de "cuandos" qui évoquent proprement nos expériences nostalgique.
Qu'est-ce que la nostalgie ? A-t-il une utilité? Cela peut-il être un problème? Ce sont quelques-unes des questions que nous allons résoudre ensuite.
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Qu'est-ce que la nostalgie ?
La nostalgie est un sentiment ancré dans le passé, en fait, elle est comprise comme le désir de toujours mieux. Cette émotion est vécue lorsque nous ressentons de la tristesse, de la tristesse et de la mélancolie envers notre patrie lorsque nous en sommes loin, nous ressentons la l'absence de nos proches, une personne décédée nous manque ou nous nous souvenons d'un objet qui nous était très précieux. C'est vouloir faire revivre un temps passé. C'est la nostalgie qui parle quand on dit que les temps passés étaient toujours meilleurs...
Son étymologie nous offre une bonne description du sentiment qu'implique la nostalgie. Il vient de la combinaison des mots grecs νόστος (nóstos), qui signifie « retour », et du suffixe -αλγία (-algia), qui signifie « douleur ». La nostalgie est donc le "retour à la douleur", une douleur résultant du souvenir des moments où nous étions plus heureux, ou du moins c'est ce que nous croyons
Bien qu'aujourd'hui nous voyions la nostalgie comme un sentiment qui surgit lorsque nous pensons à ces bons moments qui font partie du passé, il fut un temps où elle était considérée comme une pathologie mentale ou, plus dans la ligne de pensée de l'époque, une maladie de l'âme. Ce mot est apparu pour la première fois dans une thèse de médecine en 1688. Son auteur, Johannes Hofer, a décrit cette émotion comme une maladie, un tableau clinique manifesté par des étudiants qui sont allés à l'académie de Bâle et qui aspiraient à leur ville natale.
Au XIXe siècle, le terme nostalgie a cessé d'être utilisé pour désigner une prétendue maladie mentale, bien qu'il ait été considéré comme un symptôme possible d'un trouble mental. C'est en fait en partie vrai pour certains troubles comme la dépression et les troubles anxieux. Au fil du temps, le terme a été utilisé pour désigner simplement toute situation dans laquelle le passé a été manqué., d'une manière mélancolique et aspirant à revivre ces temps meilleurs, ôtant le caractère pathologique avec lequel le terme avait été conçu.
On sait aujourd'hui que la nostalgie est un état d'esprit dont l'expérience n'est pas pathologique en soi. En fait, nous pourrions le voir comme un mécanisme de défense, une échappatoire à un présent souvent complexe et troublé. Cela peut même améliorer notre humeur en nous souvenant de nos forces et de nos attitudes passées qui ont contribué à rendre cette période si heureuse. La nostalgie nous aide à comprendre qu'il y a eu un bon bilan dans notre histoire de vie, moments où nous avons appris ce qu'il faut faire pour aller de l'avant et qui nous ont aidés à grandir comme personnes.
Cependant, il a aussi son mauvais côté, car vivre cette émotion trop de fois Cela peut impliquer de naviguer dans des sentiments de solitude, de manque de sens à la vie et de déconnexion avec ceux qui nous entourent. Cela peut nous amener à rester coincé dans le passé, en oubliant ce qui existe est maintenant.
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A quoi sert la nostalgie ?
Peut-être que pour beaucoup la nostalgie n'est plus un autre élément de notre répertoire mental. Cependant, la vérité est que chaque émotion et sentiment a sa signification et son utilité, et la nostalgie ne fait pas exception à cela. Si nous le vivons de manière saine, cet état d'esprit nous captive dans le passé glorieux, nous aidant à prendre conscience du bien qui s'y trouvait et à voir ce qui se passait si bien à ce moment-là, mais sans s'y prendre et nous faire oublier que le présent, s'il n'est pas vécu, se perd.
L'utilité potentielle de la nostalgie a été abordée par la science. On en trouve un exemple dans l'étude de 2006 de Wildschut et ses collègues, publiée dans le Journal de personnalité et de psychologie sociale, dont la conclusion était que les gens ressentent généralement cet état comme une motivation, quelque chose qui nous pousse à avancer à un moment donné de notre vie. C'est une émotion qui apporte avec elle le sentiment d'une impulsion vitale qui nous dit « en avant ». Ainsi, cette émotion aurait une finalité à la fois psychologique et émotionnelle, deux aspects fondamentaux dans la motivation.
Un autre exemple d'approche de l'utilité de la nostalgie se trouve dans l'œuvre de Svetlana Boym. Dans son livre "L'avenir de la nostalgie" (2001) l'auteur expose l'existence de deux types de nostalgie: réparatrice et réflexive.
La nostalgie réparatrice aurait un but émotionnel, étant celle dans laquelle vous essayez de retourner dans le passé parce que vous y voyez un moment de bonheur et de bien-être, quelque chose à l'opposé de ce que la personne vit dans son présent le plus immédiat ou après avoir vécu de mauvaises vivre.
D'autre part, la nostalgie réflexive, dans laquelle on retourne aussi au passé, ne survient pas nécessairement après avoir avait une aversion pour le présent mais avec l'intention d'apprendre du passé pour faire du présent un moment mieux. Il regarde le passé mais valorise l'ici et maintenant.
En plus de cela, d'autres auteurs considèrent que la nostalgie pourrait avoir les trois fonctions principales suivantes.
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1. Préparation émotionnelle
La nostalgie nous prépare à de nouvelles expériences mais similaires à celles que nous avons déjà vécues dans le passé. Ici, Ce sentiment est complété par l'attente, nous remplissant d'enthousiasme et d'excitation pour ce que nous espérons., confiant qu'il ira aussi bien qu'avant.
Se souvenir des expériences passées dans lesquelles nous avons réussi et imaginer l'avenir dans lequel nous utiliserons les mêmes stratégies nous rend plus forts et plus confiants. Il est plus facile de réaliser un objectif ou un rêve si nous l'associons émotionnellement à un succès passé, voyant que nous en étions capables, qu'il y a un contexte satisfaisant dans notre histoire de vie.
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2. Activation comportementale
Tant que nous nous sentons nostalgiques de manière saine, cette expérience peut nous rendre plus actifs. Comment? Lorsque nous nous souvenons du passé, nous sentons qu'il contient des choses que nous n'avons plus dans le présent. Cette Cela peut nous motiver à y aller, essayer de faire revenir ces choses dont nous aspirons.
Nous pouvons avoir le mal du pays pour le sport, la peinture, le bowling ou toute autre activité. Ressentant cette émotion, il nous invite à reprendre nos vieilles habitudes, à ne plus laisser le temps continuer à passer sans que nous ne fassions rien. Qu'il s'agisse de quelque chose d'ancien ou de nouveau, la question est de ressentir à nouveau ce bonheur du passé en faisant quelque chose qui nous comble dans le présent.
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3. Renforcer les relations sociales
La nostalgie aide beaucoup d'amis à durer car, après avoir passé du temps séparés ou ne rien savoir de l'autre, deux amis chérissent les bons moments que vous avez passés ensemble.
Cette émotion amène les gens à se concentrer sur le bien et à minimiser le mal qui s'est produit dans le passé. Qu'il s'agisse de deux amis, de deux anciens petits amis, de membres de la famille ou de tout type de relation sociale existant entre deux personnes, se souvenir du passé aide à se connecter une fois qu'ils deviennent Voyons.
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Dangers et inconvénients de ce sentiment
Comme nous l'avons vu, la nostalgie est une émotion qui nous aide à apprécier le passé pour affronter au présent, soit en appliquant des stratégies qui fonctionnaient bien pour nous auparavant, soit pour tester des choses Nouveau.
C'est un sentiment qui nous fait du bien de voir que nous étions autrefois heureux, ce qui Cela peut nous aider à voir ce qui se passait bien dans nos vies à ce moment-là et ce que nous pouvons appliquer à notre présent pour en tirer le meilleur parti.
Cependant, il est également vrai qu'être têtu dans le passé a ses inconvénients. Si cela nous attrape, cela peut nous empêcher d'innover, saboter notre volonté de grandir en tant que personnes et d'avancer dans notre travail, notre vie sentimentale et sociale. Cela peut devenir un danger parce que nous cesserons de valoriser notre présent, nous réfugierons dans un passé que nous considérons comme glorieux en ne faisant pratiquement rien pour changer notre ici et maintenant.
Cette émotion devient un problème quand il déforme notre vision du présent et du passé, rabaissant l'un et idéalisant l'autre. En conséquence, nous abandonnons beaucoup de choses positives qui se produisent dans notre présent en nous rappelant encore et encore des moments qui, bien qu'ils étaient heureux, n'existent plus. Le passé est passé. Nous devons trouver l'équilibre, apprendre à vivre dans le présent en utilisant la nostalgie pour nous motiver à avancer vers l'avenir.
La nostalgie, ce sentiment complexe et familier. Getty Images
Elle n'est pas ce que l'on croit. Exploration d'un sentiment complexe et familier, inventé à la fin du XVIIIe siècle, avec l'historien Thomas Dodman.
Thomas Dodman n'a pas écrit Nostalgie directement en français, mais il aurait pu. Cet historien britannique qui a, depuis peu, acquis la nationalité française le parle parfaitement. Après avoir publié un ouvrage collectif sur l'histoire de la guerre, son nouveau livre, fruit d'un travail de longue haleine débuté en 2005, s'articule autour d'une notion connue de tous : la nostalgie. Pourtant, l'histoire et l'évolution de cette émotion, dont chacun use dans le langage courant, ne nous sont pas si familières. Rencontre à quelques pas du campus universitaire de Columbia, à Paris, où il dirige le programme Histoire et littérature.
Madame Figaro. – Il y a maintenant près de quinze ans, vous avez commencé à vous intéresser à la nostalgie. Pourquoi ce choix ? Thomas Dodman. – Je donnais à l'époque un cours sur la mémoire (mémoire collective, mémoire individuelle). Et vers la fin du cours, il y avait une session sur la nostalgie. J'ai découvert qu'auparavant la nostalgie était considérée comme une maladie, et même que des soldats français en mouraient. Je me suis tout de suite dit : «En fouillant un peu dans les archives militaires, je risque de tomber sur quelque chose.» Je suis alors allé au Val-de-Grâce (hôpital militaire, NDLR), à Paris, et, en effet, je suis tombé sur un trésor : des lettres, des rapports, où il était écrit noir sur blanc que des centaines de soldats mouraient de nostalgie. J'ai commencé à creuser, comme un archéologue.
Aujourd'hui, on ne meurt plus de nostalgie… Si ce n'est plus une maladie, est-ce que c'est un état d'âme ? L'évolution de la nostalgie fait qu'on peut vivre avec elle de manière saine. Son statut est passé de «médical» à «bénin». Lorsqu'en 1778 un jeune étudiant en médecine forge la notion de nostalgie, il prend les définitions de la mélancolie (qui, à l'époque, est aussi vue comme une maladie) et calque la nostalgie dessus. La nostalgie est alors une sous-forme de mélancolie, avec quelques particularités qui la distinguent : notamment l'éloignement par rapport au lieu de naissance. Ceux qui en souffrent sont éloignés dans l'espace de leur milieu d'origine, arrachés à une certaine terre de l'attachement. C'est en quelque sorte ce qu'on appellerait le «mal du pays».
La mélancolie est l'apanage de l'intellectuel, de l'être cultivé, un mal « noble ». La nostalgie, en revanche, est clairement dès le début une maladie qui s'attaque au peuple
Thomas Dodman
Quelle autre distinction peut-on faire entre la mélancolie et la nostalgie ? La mélancolie est l'apanage de l'intellectuel, de l'être cultivé, un mal «noble». La nostalgie, en revanche, est clairement dès le début une maladie qui s'attaque au peuple (des soldats, souvent issus de paysans, des travailleurs migrants, des colons qui partent travailler la terre ailleurs et aussi des esclaves). Ce sont des catégories arrachées sous contrainte, avec cette idée de coupure définitive ou quasi définitive. La distinction se fait donc en fonction de qui est le patient.
C'est ce qui se passe encore aujourd'hui : selon le milieu social, on va parler de «burn-out» ou de «dépression», par exemple. Le chanteur Serge Reggiani interprétait un morceau intitulé Madame Nostalgie, dans lequel il s'adressait à elle : «Tu confonds, pauvre imbécile, l'amour et la géographie…» Oui, c'est tout à fait ça. Au XIXe siècle, il y a tout un tas de tentatives pour clarifier cette notion. On pense que la nostalgie est dans le temps ce que le mal du pays est dans l'espace. Mais ce basculement n'est pas si facile à opérer : lorsqu'on est nostalgique du pays qu'on a quitté pour aller à l'armée, on est aussi nostalgique de notre enfance. Mais alors, Baudelaire vient brouiller davantage encore les pistes en déclarant : «J'ai la nostalgie d'une époque que je n'ai pas connue.»
Et pourtant, par rapport à sa définition originelle, ce serait un contresens… Son sens a basculé, oui. Mais il y a surtout une part de fantasme dans la nostalgie. On peut déformer, embellir le souvenir, ou partir de quelque chose qu'on n'a pas du tout vécu mais dont on a entendu parler, vu des images ou qu'on a simplement désiré, et à partir de là, le désir, le fantasme cristallisent ce qu'on n'a jamais vécu. Je pourrais tout à fait dire que j'ai la nostalgie d'un New York que je n'ai pas connu, car je suis arrivé un peu trop tard dans un New York complètement gentrifié. Je suis nostalgique de cette ville, parce que j'aurais adoré y avoir 20 ans…
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Vous avez quitté le Royaume-Uni très tôt, vécu dans plusieurs pays. Ne pensez-vous pas que ce sentiment vous est proche ? Sur le moment, je ne l'ai pas formulé comme ça. J'ai beaucoup bougé, vécu dans des valises. Ce n'est pas complètement un hasard : mes parents font partie de cette génération d'Anglais qui a souhaité aller enseigner l'anglais ailleurs, et j'ai beaucoup de nostalgie pour le lieu où j'ai grandi, en Toscane. C'est là où je me sens le plus chez moi, le pays dont il me manque le plus de choses. Quand ça fait trop longtemps que je suis loin de cette région, de son huile d'olive, je le sens dans mon corps.
La nostalgie se trouve dans plusieurs endroits de notre société actuelle… Oui, on peut se demander au début à quoi ressemblerait le monde aujourd'hui si celui qui avait créé le terme de «nostalgie» en avait choisi un autre qui était possible, comme «philopatridomanie». On se le serait sans doute moins approprié, et il y aurait beaucoup moins d'impact sur la culture populaire. Ce qu'on appelle la rétromania, par exemple. Car la nostalgie fait vendre. Que ce soit dans la mode, dans la musique ou d'autres domaines. Même chose en politique. La politique de la nostalgie est partout.
La nostalgie est une émotion qui assoit l'identité, donne un sentiment d'appartenance et même recentre le sujet. Elle a une fonction positive dans un monde en perte de repères
Thomas Dodman
Quand les politiques exposent que «c'était mieux avant», c'est elle qu'ils convoquent ? Oui, la politique de la nostalgie a pris. Certains vous disent : «Vous êtes moins bien, aujourd'hui, que l'étaient vos parents», et la façon la plus simple de l'expliquer est de pointer du doigt «ceux qui vous gouvernent» ou «ceux qui sont venus et profitent du système». C'est un phénomène qu'on retrouve dans un discours de politique, à la fois à droite et à gauche, anticapitaliste et anti-immigration. Le clivage n'est pas hermétique. C'est un phénomène qu'on observe dans beaucoup de pays (France, Royaume-Uni, Hongrie, Brésil ou Turquie) depuis la crise économique de 2008. L'effet Trump est impensable sans la nostalgie ! Elle est même au cœur de son slogan «Make America great again», qui veut redorer le blason ancien des États-Unis. Elle se trouve évidemment chez Poutine. C'est même une des raisons de la guerre à l'Ukraine. Ce sentiment de la perte de rang, suite à l'effondrement de l'URSS et au glissement de l'Europe de l'Est vers un bloc occidental, qui fait peur aux Russes nostalgiques d'une ancienne époque de gloire.
On retrouve aussi cette valeur nostalgique dans le discours écologiste, par certains aspects. Oui, à travers la démodernisation, un retour à la terre, à des habitudes de vie quotidienne anciennes que l'on souhaiterait retrouver. Il y a même un terme pour parler de nostalgie écologique : la solastalgie. C'est un néologisme créé par un philosophe australien qui s'est imposé au début du XXIe. Il définit un malaise lié aux changements climatiques, un trouble psychologique lié à un changement de lieu, non pas dans l'espace, cette fois, mais sous nos propres pieds, dans notre environnement, nos souvenirs de paysages. Au départ, il a souhaité en faire une maladie, mais il s'est rendu compte que si la définir comme une maladie a pu avoir une utilité en termes de prise de conscience, il aurait dû y voir quelque chose de sain et de raisonnable. Il a évolué de ce point de vue-là. Que l'on soit mal à l'aise de perdre un paysage aimé est normal et peut conduire à mettre en place des politiques qui empêchent le désastre. Avec le temps, il a constaté que la solastalgie pouvait être utilisée comme un terreau positif, éthique !
Récemment, le Royaume-Uni – où vous êtes né – a perdu sa reine. Les obsèques d'Élisabeth II étaient impressionnantes, et son départ a suscité une émotion absolue dans tout le pays. Au-delà de la tristesse d'une nation, n'y a-t-il pas quelque chose de nostalgique dans cet engouement ? C'est très juste : on sait déjà que le règne de Charles III ne pourra pas être aussi long que celui de sa mère. Ce qui est frappant, c'est que son départ est une façon comme une autre de découper le temps et de voir qu'une page se tourne. On reprend le fil pour voir quand cette page s'est ouverte, et on remonte soixante-dix ans en arrière. Alors, la réaction normale est : « Au secours, combien le monde a changé entre-temps ! » Ce n'est pas juste une reine, elle était parvenue à faire pivoter un peu l'image de la monarchie, à céder un petit peu à la modernité et à endosser ce rôle de grand-mère de la patrie. La reine d'Angleterre correspondait à ce versant bénin de la nostalgie : un sentiment d'identité, d'appartenance, une certaine continuité qui maintenant vient à manquer. On est, d'ores et déjà, dans un sentiment nostalgique, car on sait déjà qu'on va être nostalgique. C'est une sorte de nostalgie par anticipation.
Vous dirigez un cycle autour de la littérature au sein de l'université américaine de Columbia. Pour vous, quel est le grand écrivain de la nostalgie ? Je distinguerais deux phases : «l'avant-démédicalisation du terme» et «l'après-». Dans celle qui précède, Chateaubriand écrit ses Mémoires d'outre-tombe, et tout est dit. C'est un projet qui baigne dans une nostalgie qui n'existe à l'époque que comme terme médical, mais il est certain que tout ce qu'il a à dire sur son intérêt pour les ruines, sur l'effondrement d'un monde montre une posture nostalgique pour l'époque qui précède la révolution de 1789. En aval, évidemment, À la recherche du temps perdu s'impose. L'entreprise de Proust est foncièrement nostalgique. Ce qui est intéressant, c'est que son père est médecin, il est très proche de Théodule Ribot, grand psychologue théoricien de la mémoire affective, et, pourtant, il est emblématique de ce moment où la nostalgie n'est plus une maladie mais juste un état d'âme.
Des travaux récents de psychologie des émotions montrent qu'elle est une continuité entre le passé et le présent, et donc que nous n'avons pas à la craindre. Oui, selon les psychologues aujourd'hui, la nostalgie est une émotion qui assoit l'identité, donne un sentiment d'appartenance et même recentre le sujet. Elle a une fonction positive dans un monde en perte de repères. Certaines études montrent, par exemple, qu'elle est importante pour des étudiants américains sur des campus éloignés de chez eux, elle leur permet de garder le lien avec leur famille, avec ce qu'ils aiment. Dans un autre contexte, elle est également extrêmement importante pour les émigrés dans la création de leur identité de migrants installés.
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Elle marque la fin du voyage, mais aussi le début de l’errance, des regrets…, du temps où la vie avait un sens. Ulysse en est le plus bel exemple.
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Lorsqu’elle n’est que le mal du pays, la nostalgie paraît soluble dans l’espoir. Les larmes d’Ulysse prisonnier des sorcières sécheront avec le retour à Ithaque. Le chant du cygne est un chant de joie quand, avec la mort, on retrouve le divin natal. Le sentiment d’être déchiré s’estompe quand on rencontre sa moitié. Les gémissements de l’âme en exil, disperdue, grisée par les sortilèges de la matière, redeviennent une mélodie quand sonne l’heure du retour à l’unité. Autrement dit, tant qu’il est possible de revenir à Ithaque, tant qu’elle ne désespère pas de dissiper l’absence, la nostalgie n’est qu’un mal provisoire, une promesse de bonheur qui transforme la Bible en cadastre et la mémoire en horizon, un faux problème dont la solution revient à retrouver – ou recréer – l’endroit qu’on a perdu : vous allez voir, ce sera mieux avant.
Malheureusement, c’est impossible, ou pire, ça ne dure pas ; l’espoir est trompeur, l’extase fugace et le retour décevant. Parce qu’elle est une maladie du temps dont, à cet égard aucun lieu ni palais n’atténue l’amertume, la nostalgie a toujours un coup d’avance. Plus que la souffrance de la perte, la nostalgie – étymologiquement la « douleur du retour » – désigne la déception des retrouvailles. Qu’arrive-t-il à Ulysse, une fois qu’il est rentré chez lui après vingt ans d’absence ? Est-il enfin heureux ? Au contraire : «… il est distrait, taciturne, il ne mange plus la soupe de l’épouse, imagine Jankélévitch ; la ride de la conscience soucieuse jette une ombre sur son front et ternit l’innocence de son bonheur. […] Ulysse regrette l’instant où il a confusément entrevu Ithaque, l’instant où l’île de son espoir hésitait encore entre l’inexistence et l’existence. » Rien de nouveau sous le soleil ; tout a changé, comme d’habitude. Ithaque n’est plus ce qu’elle était, Pénélope a vieilli, le petit chien est mort et plus personne ne demande à Ulysse de raconter ses aventures… La nostalgie, c’est la fin de l’histoire.
Le nostalgique veut tellement revenir chez lui que, quand il rentre à la maison, il se demande où il est. Une fois qu’il a goûté au remède qu’il espérait, la tristesse d’avoir vécu remplace, en lui, la bonne vieille douleur d’attendre. Aux larmes du vagabond penché sur le rivage succède l’humeur noire du chef de famille qui regrette, en silence, les heures où il pleurait, mais où sa vie avait un sens. Jankélévitch encore : « La terre promise est éternellement compromise. » Il n’y a jamais de grand retour puisque nul n’est jamais vraiment parti : la patrie perdue n’est que le prête-nom d’une mémoire sans souvenirs. Quand elle arrive à son terme, la nostalgie n’en est qu’à ses débuts. La nostalgie n’est pas la peur de mourir, mais la peur de continuer à vivre. Avec la fin du voyage commence l’errance.
Quand elle accepte d’être immotivée, la nostalgie prend la forme littéraire ou musicale d’une quête dont, surmontant les disparitions, l’enjeu est d’affirmer l’éternité précaire, l’éternelle nouveauté, de ce qui a eu lieu.
À l’inverse, quand elle est sinistre, inattentive, satisfaite et non joyeuse, la sexualité masculine est l’image par excellence d’une nostalgie qui se prend pour un souvenir. À quoi jouent les hommes qui font l’amour sans amour ? À s’unir pour de faux. Que singent les grognements ? L’animal que l’homme n’est plus. Où vont les va-et-vient ? Nulle part. Avec le personnage de Josef, de retour à Prague après un exil de trente ans, qui voit « une maison vide » entre les jambes écartées d’Irena, Kundera montre, dans L’Ignorance, qu’un homme ne retourne pas davantage dans la patrie perdue qu’il n’occupe le ventre d’une femme en le pénétrant. Comme en témoigne Georges Bataille, dont l’histoire de l’œil passe de l’œil à l’œuf, puis à l’anus, puis au testicule, puis à la vulve qui, enserrant l’œil d’un prêtre, rappelle l’œil d’où nous étions partis, « l’amour physique est sans issue » : quand on baise, on tourne en rond. Si Sodome est livrée à la fornication, ce n’est pas de s’être détournée de Dieu mais, au contraire, de le chercher à l’envi dans les saccades et les hoquets de ceux qui, faute de prier, feignent sans relâche de retourner au paradis.
C’est étrange : on regrette souvent ses 20 ans, mais on n’en profite guère quand on les a. « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait », dit l’adage. Paul Nizan allait même plus loin, au début de son fameux roman Aden Arabie (1931), en dénonçant une nostalgie illusoire : « J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Pourquoi ?
L’existence, c’est le fait d’être. Elle se distingue de l’essence qui désigne ce qu’une chose est. À l’exception de Dieu dont l’existence est éternelle, le propre de l’existence est d’être finie, limitée dans le temps. L’existence s’oppose alors à la mort. Le temps, lui, désigne une période qui s’écoule entre deux événements. Il se caractérise par le changement (et c’est pourquoi Platon le définit comme une « image mobile de l’éternité ») et l’irréversibilité (on ne peut pas remonter le temps sauf dans la fiction, par exemple celle de La Machine à explorer le temps de H. G. Wells). Le fait, pour l’homme, de savoir que son existence est finie l’invite à méditer sur le sens de l’existence. Les philosophies qui centrent leur réflexion sur l’existence sont dites existentialistes. L’existentialisme chrétien (Pascal, Kierkegaard…) voit dans le tragique d’une existence perçue comme finie l’occasion d’une conversion à Dieu. L’existentialiste athée (Sartre) estime que la finitude n’est pas un obstacle à la liberté et que l’homme construit peu à peu son essence par ses choix et ses actes.
«Je n’ai pas de toit qui m’abrite, et il pleut dans mes yeux…», composé de textes de Rilke et présenté jusqu’au 25 mai au Théâtre du Lucernaire, suit les errances d’un jeune poète déchiré entre les sollicitations de la vie urbaine et ses errances rêveuses. Où l'on explore le phénomène de la perception.
Avatar de la mythique Avalon, l’île vers laquelle cingle Frodo à la fin du Seigneur des anneaux est pour le philosophe Tristan Garcia la métaphore de ce que nos sociétés ont le sentiment d’avoir perdu en accédant à la modernité : un monde d’avant (la révolution industrielle, la laïcisation et l’individualisme), d’où la nostalgie d’une société « enchantée » et fantasmée. Mais de quoi cette nostalgie est-elle le nom ?
À 85 ans, lors d’une conférence émouvante, l’écrivain Michel Butor médite sur la nature du temps : celui qu’il a vécu et celui qui lui reste à vivre.
Nous ne sommes pas seulement serviteurs ou victimes du temps, mais aussi ses créateurs. Voilà la grande leçon de l’œuvre de Michel Butor. L’auteur de La Modification et de L’Emploi du temps était l’invité d’honneur du dernier festival Philosophia consacré au temps (à Saint-Émilion du 27 au 29 mai 2011). Au cœur de la salle des Dominicains, ex-cloître des Jacobins, dans ce lieu où se recoupent histoire religieuse, révolutionnaire, et culture du vin, il a livré avec le philologue Carlo Ossola, professeur au Collège de France, pendant près de deux heures, une éblouissante conférence sur notre capacité, nous qui sommes dans le temps, à répliquer par des actes de création. Jeux avec la mémoire et avec le récit, improvisation musicale, anticipation de l’avenir, modification de nos calendriers ou prophétie de la fin des temps, nous ne cessons de jouer avec chronos et d’inventer des outils qui nous permettent d’arrêter le flux en l’attachant à de l’espace – ce qu’il appelle à la suite du critique russe Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) des « chronotopes ». Envisageant la perspective de la fin des temps, l’écrivain-philosophe a conclu par un témoignage sur sa propre expérience de l’accélération et son espoir de survivre, dans et par les autres. Voici en guise de conclusion les temps forts de cette « leçon ». En partenariat avec le Festival Philosophia.
L’une des ambitions affichées du quinquennat d’Emmanuel Macron est d’amender la loi sur la fin de vie pour aller vers une plus grande liberté du patient. Le chef de l’État doit donner le détail, mardi 13 septembre prochain, de la convention citoyenne qui se tiendra sur ce sujet délicat. Comment expliquer que la loi ne cesse d’être assouplie depuis 1999 ?
Michel Serres projetait de consacrer un grand ouvrage aux Fables de La Fontaine. Sa mort en 2019 l’en aura empêché. Les éditions Le Pommier ont toutefois pu rassembler les textes qu’il avait consacrés à l’auteur du XVIIe siècle, à partir des notes trouvées dans son ordinateur, et en faire un livre posthume, La Fontaine (Le Pommier, 2021). Nous vous proposons une première lecture du fabuliste par le philosophe : Les Compagnons d’Ulysse, fable où des humains changés en bête refusent de reprendre leur forme originelle.
Le classique de la littérature anglophone Ulysse, écrit par James Joyce, fête ses cent ans. De Derrida à Martha Nussbaum, nombreux sont les philosophes qui ont été séduits, voire fascinés, par cette œuvre monumentale et déboussolante. Retour sur un classique inclassable.
C’est drôle ce que l’on retient de sa vie, des souvenirs passent, comme s’ils rendaient visite. Des détails que l’on n’avait donc pas oubliés. C’est pour moi une des bonnes choses de l’âge, comme un voyage d’un instant sur une autre planète. Il s’y mêle un brin de nostalgie, c’est un sentiment que j’ai plaisir à éprouver ; son charme réside dans sa fugacité, autrement ce serait amer.
Mon très cher plus vieil ami,
Tout ça pour dire que je pense à toi tous les jours. Je sais que tu es fatigué, le Pitchoun me donne des nouvelles. Je crois que ta douce compagne est arrivée près de toi, cela rassure toute la famille. Je t’écris à l’heure exquise où le soleil illumine la falaise, le Luberon lui est comme une brume dorée, on dirait une aquarelle. C’est un tableau variant chaque jour et chaque heure. Cela me rappelle que tu m’avais promis un tableau à la naissance du Pitchoun, tu m’avais dit qu’un jour tu peindrais un tableau pour moi, cela fait quarante ans, je l’attends toujours et je ne désespère pas du tout. Depuis que je t’écris beaucoup de souvenir surgissent de nulle part. Tu me dis que cela te fait voyager, celui-là va t’emmener, je le sais. Je te le raconte avec les bribes qui me reviennent, tu me diras comment toi tu t’en souviens. Nous habitions rue des Orphelins à Mulhouse, rien qu’écrire cela fait remonter une multitude d’images, c’était aussi l’époque Grishka, est-ce que tu as son vrai nom en mémoire ? J’aimerais la retrouver sur les réseaux. Mais ce n’est pas d’elle dont je veux te parler, c’est des petits gitans. Je crois qu’ils étaient nos voisins, il y avait une tribu d’enfants, quelques-uns venaient chez nous et ont continué à venir quand nous avons déménagé rue du Sauvage. Ils étaient trois ou quatre mais je me souviens surtout d’une petite à grande personnalité, peut-être as-tu aussi son nom. Ils devaient avoir entre dix et douze ans, moi j’en avais dix-huit ou dix-neuf, j’étais dans une période rouge-à-lèvres, voilette, talons hauts, ils m’appelaient Madame ou ils disaient la Dame, quelque chose comme ça. Nous les aimions beaucoup, tu les gâtais, ils étaient francs et sauvages, libres, pour eux nous étions un autre continent. Il y avait une complicité entre nous, peut-être celle des vies un peu à l’écart. Pour ce qui suit, je suis autant qu’on peut l’être sûre des faits, mais ils me paraissent si romanesques que je doute presque de leur véracité, c’était il y a très longtemps… Nous avions déjà déménagé dans cet immense appartement rue du Sauvage, avec ses grandes fenêtres, ses moulures au plafond, la moquette violette dans le couloir de quinze mètres. Au rez-de-chaussée il y avait le magasin de chaussures Bata, et entre le magasin et nous les gérants du magasin. Là aussi beaucoup d’images reviennent, c’était de fréquentes fêtes, l’image du gamin des gérants qui vient nous prévenir que ses parents ont averti les flics parce que nous faisons trop de bruit. Ils les appelaient souvent mais ça amusait les flics de venir nous voir, cela devait les distraire, c’était toujours les filles qui ouvraient la porte, on baissait la musique et ça s’arrangeait. L’image des fréquentes visites du syndic et sa crise d’apoplexie dans notre cuisine quand mon frère, que nous hébergions après son divorce, dans une crise qui ne lui ressemblait pas avait mis la musique à fond en plein après-midi toutes fenêtres ouvertes. Je me rappelle que les voisins se plaignaient car ils pensaient que nous vivions en fait très nombreux dans cet appartement et que la répartition des charges était injuste et à revoir, pour les embêter nous avions ajouté une dizaine de noms sur la sonnette : Patti Smith, David Bowie, Antonin Artaud… Nous étions dans le salon, il y avait une belle lumière, on reçoit un coup de téléphone, c’était le commissariat qui nous prévenait que nos petits gitans avaient été arrêtés pour vol à l’étalage, ils avaient donné notre numéro. Je suis allée au commissariat, je m’étais habillée et maquillée avec soin, je leur ai dit que j’étais la mère des gamins, je les ai ramenés à la maison. Je n’ai aucun souvenir du commissariat, je me demande comment une gamine de dix-neuf ans peut faire croire à des policiers qu’elle est la mère d’enfants de dix ans et surtout je me demande ce que je connaissais de la vie pour être juste dans mon rôle. J’ai une image de moi à cet âge très naïve et très ignorante mais peut-être est-ce simplement vu d’ici, quarante cinq ans d’expérience plus tard. Je sais que j’étais belle, jeune et belle, c’est peut-être un pouvoir absolu dans un commissariat. Ou alors, à y réfléchir, les flics n’étaient pas dupes mais voulaient se débarrasser des minots. Cela restera un mystère. On a une photo quelque part de ces enfants, j’essayerai de la retrouver. Est-ce que je t’ai bien fait voyager ? Tu me donneras ta version des faits et comment tu l’as perçu ?
Ce matin à la radio, il y avait une émission sur Hergé, avec des angles de vue intéressants, encore un clin d’œil pour une pensée vers toi. D’ailleurs, où est passé toute notre collection (complète) de Tintin ? C’est toi qui l’as ou elle est dans mes cartons ? J’ai l’image dans ma mémoire, toi et le Pitchoun penchés sur un album, tu as commencé à lui lire Tintin très tôt. En fait, c’était ton patrimoine, tu l’as élevé dans l’apprentissage et la transmission de ta belgitude. Ça a marché, ce pays, sa culture, ses bonnes choses, son humour et son esprit décalé font partie de lui. Bien joué. Cela dit, il a pris aussi de mon côté, il aime écrire et la cancoillotte. J’espère que cette lettre te trouvera moins fatigué, j’espère que tu ne souffres pas, j’espère avoir de tes nouvelles par toi. Nous sommes avec toi. Force amour et douceur.
P.S. Si tu veux écouter l’émission sur Hergé, c’est par ICI.
La nostalgie est-elle un poison? Dangers et ouvertures psychologiques
31 Octobre 2016, par Pierre-André Bizien | Société
L’opinion médiatique dominante assimile la nostalgie à un état d’esprit négatif, immobiliste, sinon suspect. Est-ce justifié ? Cette question n’est pas simple à résoudre. Ce qui relève du tréfonds occulte de la sensibilité ne se dissèque pas comme le ventre d’une grenouille ou un quelconque fait social.
En premier lieu, il convient de définir la nostalgie, et c’est dès ce moment que la procédure déraille. Il s’avère en effet que le terme n’a jamais été clairement "domestiqué" par la langue française. La nostalgie est un mot gras, spongieux, composé de mille états de langueur mélancolique. D’étymologie grecque, la notion est traditionnellement associée au mal du pays, à un exil affectif, aux réminiscences ondulantes d’un agrément révolu. Immédiatement, nous pressentons ici la menace d’une paralysie psychologique, d’un renoncement ontologique face à la force des choses, aux défis mouvants du devenir.
A l’état brut et sans mélange, la nostalgie peut s’avérer le pire opium qui soit : une dose de douceur artificielle qui vous transporte dans un arrière-monde recomposé par la conjonction du souvenir et du désir. Le syndrome du fétichisme affleure alors, bientôt suivi par le vertige idolâtre. La nostalgie peut dès lors déboucher sur le passéisme, le traditionalisme, la réaction. Présent et futur sont disloqués sous le socle d’un passé perpétuel ; les symptômes du pourrissement organique apparaissent alors sur l’appareil mental de l’individu concerné. Comprise dans ce cadre, la nostalgie peut être qualifiée de faute morale majeure, puisqu’elle brise le devoir d’enthousiasme et de responsabilité requis de la nature humaine face à l’avenir. Elle est une fuite, une lâcheté métaphysique.
Première objection
La ruse de l’illusion, c’est de nous mystifier au moment-même où les faux-semblants se dissolvent. Les crevasses intellectuelles s’approfondissent aux environs de la lucidité, lorsque les premiers pièges ont été dépassés. Une question n’est jamais résolue parce qu’on l’a mise en perspective. La nostalgie est une réalité plus complexe et plus vaste que sa contexture mondaine.
En France, elle est avant tout dépréciée pour des raisons politico-symboliques séculaires, qui n’ont rien à voir avec la recherche du vrai. La guerre intellectuelle est structurée par le label du progressisme, enjeu narcissique par excellence. Dans ces conditions, la voie souterraine qu’offre la nostalgie pour rallier la dimension charnelle de notre histoire est obstruée. Ici, Régis Debray nous avertit justement :
«Aujourd’hui, si la nostalgie est moquée, elle l’est par des gens qui n’aspirent qu’à changer un peu les choses pour que rien ne change. La nostalgie, c’est le grand coup de pied au cul des amnésiques» (Marianne, 17 octobre 2015)
En effet, la nostalgie a cette vertu paradoxale de nous extraire de la mêlée aveugle du momentané par le biais romantique ; dès lors, elle est potentiellement porteuse de lucidité, en ce sens qu’elle permet « d’élargir la focale » du quotidien, de contextuer, de comparer. Maintenue dans de strictes limites, elle offre l’occasion d’une remise en cause permanente et permet à la filiation spirituelle de se concrétiser. Ecoutons encore Régis Debray :
«Ce que l'on appelle vulgairement nostalgie n'est pas ce qui tire en arrière, mais ce qui pousse en avant les hommes d'action, et en particulier les révolutionnaires. (…) Par chance pour notre pays, les révolutionnaires de 1789 ont eu la " nostalgie " de la République romaine» (Message à François Hollande, 0ctobre 2016)
Ce qui est "moderne" n’est pas ce qui vient chronologiquement "après", mais plutôt ce qui tranche avec le ronronnement du prévisible.
«La révolution est la vacance du déterminisme au profit de l’Idée, avec, pour cette dernière, une marge de manœuvre que le commun des jours ne lui reconnaît pas» (Jacques Julliard, La faute aux élites)
La nostalgie offre la possibilité de mobiliser une mystique, pétrie de sang et de héros idéalistes qui ont jadis déclaré la guerre au fatum. Elle est force d’avenir comme elle peut demeurer ombre du passé. La nostalgie oscille toujours entre résistance et réaction : c’est à ceci que l’on devine sa dimension dramatique, son ambiguïté éthique.
Deuxième objection
Les opposants déclarés à la nostalgie oublient généralement que l’humanité ne vit pas que de pain et de jeux. L’identité lui est une préoccupation vitale, dont dépendent les "repères" structurants pour les générations en formation. On ne dépasse utilement que ce qui est déjà imposant, intimidant : sans humilité préalable, le progrès mute en enfer déshumanisant. Les ressources spirituelles de la nostalgie permettent à l’âme humaine de s’éduquer, de dégrossir ses aspirations spontanées. Une autre ligne de partage apparaît au cœur de la nostalgie. Il s’agit de l’opposition entre la solitude et l’isolement, deux manières inverses de vivre sa nostalgie :
«Il y a une extraordinaire grandeur dans ce mot solitude qui implique non pas que je suis séparé du monde, mais qu’étant séparé des objets ou des êtres particuliers qui m’aveuglent et me retiennent, l’univers entier est déployé devant moi. La solitude agrandit l’âme jusqu’à la mesure du tout et fait naître en elle une incomparable émotion religieuse» (Louis Lavelle, Solitude, destinée de tous les êtres)
Le problème du "temps réel"
Il est d’usage, dans le langage courant, d’utiliser l’expression : « en temps réel ». Cet usage généralisé sous-entend trompeusement que seule l’immédiateté est réelle. Or, le passé comme le futur sont des temps réels. Le rapport que la sphère intellectuelle entretient avec la nostalgie est spécieux dans cette même mesure. Plutôt que d’utiliser mécaniquement l’expression « en temps réel », nous pourrions avantageusement corriger : « en temps direct ». Cette option semble plus justifiée, car elle exprime plus clairement le message : ce qui se passe est « en direct » et pas simplement « réel ».
Parallèlement, la nostalgie n’est pas nécessairement ce qui est "mort", froid, révolu, enterré. Elle est une dimension profonde de la solidarité humaine au travers des âges, une fraternité noble qui dépasse les outrages du temps. Nos prédécesseurs en humanité peuvent encore nous parler, nous n’avons pas à leur tourner le dos par principe. Leur ménager une part de présence au cœur de notre quotidien, c’est un devoir qui ne saurait muter en servitude. Le passé a le droit de vote, mais pas le droit de veto.
Toute société en mutation a structurellement besoin de freins académiques aptes à ralentir les ruades incontrôlées du nouveau. Toute jeune garde affamée de "progrès" et de changements est susceptible de commettre de lourds impairs par excès d’enthousiasme : dans ce contexte, le vieille garde académique et son magistère symbolique permettent de contenir la course, de la ralentir suffisamment pour que le temps de la réflexion puisse faire son œuvre. C’est lorsque la tradition et l’académisme immobilisent le progrès, ou l’abattent comme un chien, que nous sombrons dans les ténèbres.
Dans la pratique, malheureusement, le corps intellectuel jouit de re-mimer sans cesse la querelle des Anciens et des Modernes… des passéistes et des "progressistes"… (voire, quelque part, de la droite et de la gauche). En vérité, il s’agit d’un vaste jeu de dupes qui épuise les intelligences et les cœurs. Anciens et Modernes, passéistes et "progressistes" sont conjointement légitimes ; l’équilibre de l’avenir dépend d’un progrès dont la gestation a été suffisante, dont la maturation a été possible.
Il ne s’agit pas de faire le choix du fameux "juste milieu", mais de bâtir l’avenir avec la solidité de l’expérience. Il n’y a rien de plus niais que de faire remarquer d’un ton blasé que de tous temps, des hommes ont dit : « c’était mieux avant ». A chaque époque, structurellement, il est nécessaire que des hommes le disent. L’important est de ne pas déifier leur parole.
Couturière, prostituée, espionne, aviatrice, grande bourgeoise, femme politique, féministe ambigüe ... Est-il possible d ' agréger autant de vies en une seule existence ?
Les Pères de l'Eglise étaient-ils de parfaits chrétiens? Loin de là. Leurs théologies comportent de nombreux points faibles (antisémitisme, misogynie, etc).
La nostalgie à petite dose, ce n’est pas grave… Mais quand ça devient la raison de vivre d’une personne, cela peut finir par faire du mal. Témoignage d’Anouk, qui est passée par là, et qui s’en est sortie !
Petite, à la fin de chaque année scolaire, je voyais ma mère ranger mes cahiers dans un placard. Un jour, à l’âge de huit ou neuf ans, j’ai voulu relire mes carnets de CP. Ça a été impossible pour une raison simple : on les avait jetés.
Ce qui aurait pu être anecdotique m’a totalement chamboulée. Je me suis questionnée : que restait-il du passé, de mes souvenirs qui s’effilochaient déjà ? J’ai trouvé ça profondément injuste. Je voulais me rappeler de tout, garder une trace de ce qu’il s’était passé.
J’ai beaucoup pleuré et je me suis fait cette promesse : je devais à partir de maintenant conserver le maximum de choses, pour perdre le moins possible.
La nostalgie peut grandir, et puis disparaître
Petit à petit, le passé s’est mis à encombrer sans cesse mes pensées. Je pouvais passer des heures à me réjouir des bons moments que j’avais vécus pour pleurer ensuite telle ou telle autre situation triste qui m’était arrivée.
J’étais comme accro à la nostalgie. Ce n’était pas tant que je me disais que c’était mieux avant, plutôt que je n’arrivais pas à décrocher de mes souvenirs pour m’engager dans le futur ou même dans le présent.
Je regardais en boucle les photos d’antan et, avec Internet, je réécoutais les chansons que j’aimais trois ou quatre ans plus tôt par désir de revivre les mêmes moments.
Et puis, à la fin de mon adolescence, mon ordinateur a planté et j’ai perdu tout ce qui était dessus. C’était au tout début des clouds et des réseaux sociaux, je n’avais pas pensé à y stocker les dossiers qui m’étaient chers.
Étonnamment, je n’ai pas paniqué comme le jour où j’avais découvert que ma mère avait jeté mes vieux cahiers d’écolière. Au contraire, c’est comme si le bouton ON qui s’était allumé à l’époque était soudainement passé sur OFF.
J’ai décidé d’agir contre la nostalgie
Soudainement, j’ai réalisé à quel point la nostalgie m’avait bouffée. Jusque-là, je vivais énormément dans le passé, mais j’avais du mal à me voir dans le futur, ou même à prendre place dans le présent.
Je me suis rendu compte à quel point tout cela était plus devenu un fardeau qu’un cocon agréable.
Ma décision était prise : je voulais en arrêter avec cette mauvaise habitude de toujours regarder vers le passé. Alors j’ai simplement…
Arrêté.
Ma nostalgie VS… moi-même
J’ai fait preuve d’observation et d’auto-discipline. Quand je sentais que je partais dans une nouvelle phase nostalgique, je me raisonnais : pourquoi voulais-je faire ça ? Quel intérêt y trouvais-je ? À la place, que pouvais-je faire pour profiter du moment présent ?
J’ai aussi décidé de jeter tout ce que je stockais pour rien.
Ça n’a bien entendu pas marché du jour au lendemain, mais je me suis rapidement transformée. Et je me suis sentie bien plus en paix.
J’ai fait la paix avec l’idée d’oublier
Je crois que toutes ces années, je me suis retrouvée dans cette peur du passé qui s’échappe et sur lequel on n’a plus d’emprise. Sauf que c’est vain, ça ne servait à rien sinon à me faire du mal.
Aujourd’hui, j’ai développé une capacité à me laisser lâcher prise. Je sais que parfois je merde, je dis des choses que je n’aurais pas dû dire. Je sais aussi que les bons moments passés ne font partie que du passé. Ce qui m’effrayait est juste ce qui fait à mes yeux la beauté de la vie.
Bien entendu, je sais que par moment, se remémorer rapidement un moment fait du bien. C’est comme un plaid dans lequel on s’enroule un soir d’hiver, c’est tout doux, tout chaud.
Mais le truc c’est que tous les soirs ne sont pas des soirs d’hiver. S’enrouler dans une couverture une chaude journée d’été étouffe. Au printemps, je suis aussi mieux sans.
Et même en hiver, des fois, j’ai juste envie de me promener à poil.
Voilà, je dis souvent en blaguant que je suis YOLO. Sauf que ce n’est en fait pas vraiment une blague. Je sais qu’on ne vit qu’une fois et j’ai envie d’en profiter, pas d’avoir des regrets. Alors je cours vers le futur et la vie !
Dissertation : La nostalgie est-elle un danger ?. Recherche parmi 280 000+ dissertations
Par Marion Selassed • 21 Août 2016 • Dissertation • 689 Mots (3 Pages) • 2 911 Vues
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La nostalgie du grec notos- qui signifie « retour » et- algie qui signifie « une souffrance » est par définition le mal du passé. Cependant dès sa découverte (XVIIème siècle), la nostalgie était assimilée à une maladie telle que la mélancolie où l’humaine désirait retourner dans le passé, retourner dans un milieu qui lui était familier, et le plus souvent dans son enfance. La question de cette étude met en avant que la nostalgie serait nécessairement un danger. C’est la raison pour laquelle nous étudierons la question suivante : La nostalgie a-t-elle des vertus? Nous verrons dans un premier temps que la nostalgie est une ressource utile au bonheur des hommes. Nous étudierons dans un deuxième temps les limites de cette nostalgie qui peut nuire à l’Homme.
Dans cette première partie, nous verrons que la nostalgie peut permettre à l’homme de trouver un refuge quand le présent et l’avenir sont compliqués.
Saint-Exupéry disait : « la nostalgie, c’est le désir dont on ne sait quoi ». Que se cache derrière la volonté de revivre certain souvenir ? Il est vrai que la nostalgie permet aux hommes d’utiliser les souvenirs pour les aider à affronter le présent et le futur, c’est en ce sens que la nostalgie est un refuge. Nos expériences passées doivent nécessairement nous aider à trouver des solutions aux difficultés du présent. Elles peuvent également être utilisées pour ne pas refaire les mêmes erreurs.
La nostalgie est un moyen de se replier sur soi-même mais c’est également un moyen de prendre du recul sur sa vie pour revenir à notre propre essence. C’est un moyen de donner un sens au passé, pour optimiser le présent et anticiper l’avenir. Se souvenir, ne fait pas nécessairement mal. En effet, chaque être que nous sommes a en lui, des souvenirs aussi bien bons que mauvais. Aujourd’hui, les bons souvenirs, ceux qui nous font sourire quand nous y pensons ne sont pas néfastes à l’Homme. Ainsi la nostalgie, n’est pas indubitablement une souffrance mais peut-être source de bonheur.
Nous avons vu dans cette partie que la nostalgie avait des vertus pour le bonheur de l’Homme mais nous verrons dans la partie suivante, qu’elle possède également ces limites.
Même si précédemment nous avons vu que la nostalgie pouvait aider l’homme a retrouvé le bonheur, il ne faut pas oublier qu’elle est par définition une névrose du passé, c’est ce que nous allons voir dans la partie qui va suivre.
Chaque être que nous sommes souffres de nostalgie et le plus souvent, c’est la nostalgie de l’enfance qui est la plus douloureuse. Neil Bissondath déclare que « la nostalgie, vient quand le présent n’est pas à la hauteur des promesses du passé. » En effet, dans cette phrase se situe tout l’enjeu de la nostalgie. L’Homme est destiné à être heureux, c’est la raison pour laquelle, il est sans cesse à la recherche de ce bonheur. C’est à cet instant que la nostalgie peut-être destructrice :
Quand le présent ne nous rends pas à heureux, l’Homme a pour ultime recours son passé, son enfance auprès de sa mère notamment. C’est ce concept que Freud développe dans « Inhibition, symptôme et angoisse », la mère est le premier objet de la nostalgie car le névrosé se rends compte tardivement de l’importance qu’avait la mère durant son enfance. Comme si la mère était la seule source de bonheur. Nous pouvons illustrer ces propos par le biais de Marcel Proust, et de sa « petite madeleine » : Proust, très vite déçu de sa vie mondaine se tourna sur lui-même et sur le souvenir de sa mère a telle point que la madeleine qu’il dégusté au goûter lui rappelait sa mère. Le jour où le présent n’est que passé, la nostalgie devient un danger.
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Essai de restitution du débat. Café-philo de Chevilly-Larue 23 avril 2007
(L’enregistrement du débat ayant été perdu il ne reste que les notes et interventions de l’animateur)
Introduction : Le mot nostalgie évoque dans son sens premier : « le mal du pays ». Dans la question posée, nostalgie, est à prendre sous la forme de : manque de quelque chose, manque d’une chose que l’on a connu et qui n’est plus, ou encore, qui n’est plus dans sa forme initiale et qui a été détérioré, déprécié. La nostalgie qui est le fait d’insatisfaction : « La nostalgie ça vient quand le présent n’est pas à la hauteur du passé ». On est n’est pas nostalgique à 20 ans, on prend tout de la vie sans s’interroger si c’est modernité ou pas, si c’est mieux ou pas, la nostalgie viendra plus tard ; il faut des années de référence pour pouvoir commencer à comparer….. Faut-il considérer toutes les innovations comme suspectes, les contester, mesurer comme nous disent les Ecritures : « Qu’on fasse une pause sur la route et qu’on regarde autour de soi, pour discerner quelle est la bonne et juste voie… ». Les nostalgiques sont souvent considérés comme : passéistes, retardataires, comme boulets de la modernité, voire, « réacs » ; Alors : 1° Faut-il condamner la nostalgie ? 2° En quoi la nostalgie serait-elle utile ? 3° S’agit-il de l’éternelle querelle des anciens contre les modernes ? 4° La nostalgie traduit-elle la peur du futur ? Et enfin, la nostalgie est-elle un frein au progrès ?
A ceux qui n’ont rien connu, on peut vendre, on peut faire avaler beaucoup de choses. Un bon battage médiatique et ce sera un succès commercial assuré. Mais il reste parfois des empêcheurs de tourner en rond, ceux qui ont connu autre chose, ceux qui ont des références. Si ce qui est proposé est nettement mieux, alors à part d’éternels grincheux, les récitants du « c’était mieux avant » la nouveauté sera acceptée. Mais si cela n’apporte pas d’amélioration, voire même si cela est inférieur à ce qui a existé, il y aura refus d’une partie des gens…Cette référence nommée par certains : nostalgie est alors une part de notre libre arbitre, il nous appartient à tous, consommateurs, que tel ou tel produit réussisse…, que de lancements de produits soit disant révolutionnaires et qui ont connu des échecs…Mais, si une majorité accepte, soyons Stoïciens, on n’y peut rien et ont n’est pas responsable de ce qui ne dépend pas de nous. Mais malgré certaines nostalgies, bien peu sont ceux qui voudraient revenir en arrière, tourner une manivelle de voiture, monter cinq étages avec des seaux de charbon, être opéré dans les conditions d’il y a cinquante ans….
Nostalgie du futur : Le progrès peu nous apporter quelque chose de tout à fait contraire, ou en décalage avec ce que nous avions espéré, ce que nous avions rêvé. Alors vient ce futur que nous avions imaginé autrement. Et ce futur qui enfin arrive, nous déçoit, il n’est pas à la hauteur de nos espérances. Nous voilà dans le paradoxe de la nostalgie du futur : Un futur rêvé au passé, un futur qui devient présent ; présent, et à la fois imparfait.
Ce monde qui n’existait pas, qui contenait tous les posssibles, où tout enfin serait mieux, où le désir de progrès de l’homme et son désir de perfectibilité porteraient enfin ses fruits. Ce monde, ce pays, d’« Utopia » cette île, dont on a la nostalgie, non pas de ne plus y être, mais de ne pas encore y être parvenu, c’est la nostalgie du futur. Mais voilà qu’abordant cette île, où étaient tous nos rêves, nos espoirs, avec tous ces efforts, toutes ces luttes pour en arriver là, et tous ces appels de l’histoire…. ! « En dépit de ses charmes, l’île est toujours déserte,/ et les traces des pas qu’on trouve sur le rivage / se dirigent tous sans exception, vers le large. /Comme si l’on ne faisait que repartir d’ici » . (Wislawa Szymborska).
« Lorsque vous avez chaussé vos pantoufles, que vous rêvez d’aventures. En pleine aventure vous avez la nostalgie de vos pantoufles ». (Thortnon Wilder)
Nostalgie. C’est au nom du progrès qu’on a mis l’orang-outan dans une cage. Prisonnier, enfermé, expatrié, Il regarde ces singes en souliers qui viennent promener leurs enfants devant lui. Dans sa tête confusément, Des bruits, des nostalgies de la forêt, hantent son esprit ; Les cris dans les arbres.., les senteurs.., les jeux des jeunes de la tribu…
Ces singes devenus hommes ne sont-ils descendus de l’arbre que pour mon malheur ? Comment peuvent-ils se sentir évolués, et être si mauvais dans leur cœur ? S’ils voulaient seulement réfléchir à leur passé. De nostalgies en nostalgies, ils se souviendraient alors que nous étions frères. Ils auraient peut-être honte de que souvent, ils appellent progrès. Ils comprendraient qu’en chemin, ils ont oublié le principe qui devait les faire progresser : l’humanité !
Ceux qui sont capables de nostalgies ne sont-ils pas ceux qui apprécieraient le mieux le progrès. Il faut avoir connu les progrès, reconnaître « connaître à nouveau », apprécier le progrès, celui qui mérite d’être reconnu pour tel, celui qui nous aide à mieux vivre, à vivre plus longtemps, en meilleure santé. Mais il nous est bien difficile de dire j’accepte tel progrès et je refuse celui-ci, tant il peut y avoir une imbrication entre les progrès, celui de la médecine par exemple, et les progrès technologiques ; lorsque nous voyons un médecin canadien opérer à distance une petite fille en Afrique, la nostalgie, le regret c’est que cela ne puisse pas se faire plus souvent.
Conclusion : Plus que frein au progrès la nostalgie ne joue t-elle pas le rôle modérateur ? D’ailleurs l’expression frein n’est pas péjorative. Aussi moderne, aussi performant que soit un véhicule, on ne le conçoit pas sans frein. C’est parce que nous savons qu’il y a des « docteur Mabuse » que le progrès, les technologies peuvent échapper à la raison, qu’il faut des sécurités, des freins, un signal de sécurité, on pense à Hiroshima, à Tchernobyl, au sang contaminé, à la vache folle, à l’hybridation, au clonage, peut-être demain aux OGM…Ce qui est passé est dépassé, il faut s’adapter au progrès entendons-nous, il vaut mieux nous disait Descartes, imitant en cela les Stoïciens « Accepter le monde comme il est, et changer ses désirs plutôt que de vouloir changer le monde », mais c’est là un comportement bien conformiste, voire de soumission, qui nous abaisse… Notre vie est faite tout autant de bonheurs passés, comme des promesses du futur. L’aptitude à la nostalgie est un bien, elle est notre capacité de mémoriser le passé avec son positif. Capacité de conserver, voire même créer des paradis au passé, elle doit nous dire, nous avertir que le futur lui aussi peut être porteur d’autres paradis. « S’il peut y avoir un progrès moral, ce qui n’est pas sûr, il est fait comme tous les progrès, en même temps de pertes, auxquelles ont est pour des raisons évidentes, particulièrement sensibles, et de gains que l’on aperçoit peut-être pas encore ». Robert Musil.
Qu'est-ce qui rend un film nostalgique ? La possibilité de se déplacer dans des lieux communs ? Jouer avec des éléments que nous connaissions tous ? Pour le savoir, jetons un coup d'œil à ces films célèbres et nostalgiques.
Un film est-il susceptible de devenir nostalgique ? Comme vous l’imaginez, c’est évidemment possible, tout comme une chanson. Nous pouvons toujours nous souvenir de ce film de science-fiction que nous avons vu avec notre père ou de celui retransmit la première fois que nous allâmes au cinéma. Cependant, il y a des films qui évoquent la nostalgie elle-même. Ils cherchent à éveiller ces sentiments en nous. On peut dire que dans ces films l’intrigue importe moins que la force des émotions, l’impact du ressenti sur notre mémoire.
Les couleurs, la musique, les amours brisées, les histoires qui allient fantaisie et réalité qui enveloppent notre âme, faisant de la nostalgie non seulement une intrigue ou un sentiment cinématographique, mais un sentiment personnel.
Before Sunrise (1995), de Richard Linklater
Before Sunrise est le premier volet d’une trilogie sur l’amour et les relations qui se complète de deux autres films : Before Sunset (2004) et Before Nightfall (Before Midnight, 2013). L’idée du film naquit d’une expérience de son réalisateur qui, lors d’un voyage, rencontra une femme avec qui il eut une conversation profonde toute la nuit, et qu’il ne revit jamais.
Le film commence lorsque Jesse (Ethan Hawke), un jeune américain voyageant à travers l’Europe, rencontre Céline, une étudiante française, dans le train Budapest-Paris. Attiré par leur conversation, il lui propose de descendre avec lui à la gare de Vienne pour continuer à faire connaissance jusqu’au départ de son vol de retour aux États-Unis le lendemain matin. La jeune fille accepte et ils déambulent tous les deux dans la ville pendant quelques heures qui marqueront sa vie à jamais.
Before Sunrise dissèque la première phase de l’amour. Comment nous nous découvrons devant l’autre qui nous attire. A partir de cette idée, Linklater créa une histoire sur deux jeunes qui tombent éperdument amoureux dans un train. Le film se clôt sur les images d’une ville solitaire où subsistent les traces des amants, ces bouteilles dans le parc comme « produits de comportement » d’une observation comportementale. La nostalgie apparaît avec l’aube.
Le film propose une narration sur le temps de l’amour qui défend que les émotions ne sont pas rationnelles et que la logique de la pensée ne peut leur être imposée.
Les lois de la frontière (2021), de Daniel Monzón
Les lois de la frontière est une adaptation du roman de Javier Cercas, réalisant un film divertissant sans détails particulièrement remarquables au début, qui gagne en profondeur à mesure que l’on approche de la fin. Le film se déroule à Gérone en 1978, alors que l’Espagne vient de se réveiller d’une dictature de 40 ans.
Dans les premières scènes apparaît Nacho (Marco Ruiz), un jeune homme au caractère calme qui se fait agresser et insulter par des voyous. Au début du film, on voit déjà comment le garçon ne peut échapper à cette souffrance. La vie de Nacho aurait pu être marquée par un traumatisme s’il n’avait pas été curieusement “sauvé” par de petits “défoncés et voleurs”.
En effet, tout le monde ne parvient pas à se trouver dans un cours de “coaching”. Ainsi, Nacho rencontrera un groupe dans lequel pour la première fois il saura ce que sont l’action, l’humour, la nuit, les danses ou le sexe. Ses amis sont de jeunes acteurs qui remplissent l’écran de leur forte présence et de leur charisme. Deux exemples sont Begoña Vargas et Chechu Salgado, comme Tere et Zarco. Ces deux personnages sauvent Nacho de son existence solitaire et dure.
Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) de Jean-Pierre Jeunet
Le fabuleux destin d’Amélie Poulain sonne comme un disque d’Edith Piaf. Il vous effleure comme une brise fraîche de mi-octobre. Les couleurs rouges et vertes de Bruno Delbonnel offrent une photo parfaite pour les nostalgiques. Amélie se vit comme une expérience synesthésique.
Il se peut que Le fabuleux destin d’Amélie Poulain soit l’une des dernières œuvres que nous ayons vues avant d’entrer dans la sphère du frénétique et de l’immédiat. Mobile, réseaux sociaux. Beaucoup de monde et très peu d’amis. Manque de contact réel et intime avec les autres.
Amélie est une comédie fantastique sur une jeune femme qui orchestre discrètement la vie des gens qui l’entourent, créant un monde créé exclusivement pour elle. Tourné dans plus de 80 lieux parisiens, le film a séduit critiques et public.
C’est un film de gestes, d’art et d’expérimentation cinématographique. Tout tourne autour de la protagoniste. Sa façon d’appliquer du parfum ou d’enlever la saleté d’un trésor caché (ce qui rendit beaucoup d’entre nous nerveux de ne pas nettoyer immédiatement). Le fabuleux destin d’Amélie Poulain a été la première et la dernière influenceuse capable de créer de la mode et de l’art avec sa façon de marcher, de regarder et de faire rebondir les pierres.
Joué par Audrey Tautou, qui dégage une ambiance bon enfant, mais a une séquence espiègle très en phase avec son sourire narquois qui empêche le film d’être trop léger.
Des milliers de filles copièrent son style, non pas à cause des vêtements, mais à cause de sa manière lente et mystérieuse. C’était définitivement quelqu’un d’original. Cependant, ce qui est original, c’est d’être soi-même, pas de copier une autre personne (bien qu’étant jeune, ces audaces sont excusées). Voir le spectacle du monde dans les petits détails, dans la gentillesse, dans les liens forts.
Aussi fantastique que soit le monde d’Amélie, le film raconte comment deux cœurs battant aux extrémités opposées de la ville peuvent se rencontrer et battre à l’unisson. Seulement 21 ans se sont écoulés, et la nostalgie de retrouver quelqu’un comme Amélie, si occupée avec elle-même et son entourage, grandit plus que jamais.
Edward aux mains d’argent (1990) de Tim Burton
Première collaboration entre Johnny Depp et Tim Burton, Edward aux mains d’argent est un conte de fées moderne et magique aux accents gothiques et une banlieue de costumes et de murs pastel. Un autre monde créé pour stimuler notre imagination, avec une histoire qui nourrit les sentiments les plus forts de la mémoire de cet amour perdu et frustré.
Avec l’esprit illustratif surréaliste de Burton, les performances déterminantes de la carrière de Depp et Ryder et une histoire pleine de simplicité, de complexité et de magie intangible qui résiste à l’épreuve du temps, Edward aux mains d’argent est l’un des plus grands films jamais réalisés. Un vrai classique.
L’histoire raconte l’histoire d’un scientifique (Vincent Price), qui construit un être humain animé. C’est son chef-d’œuvre : l’incroyable Edward (Johnny Depp). Cependant, le scientifique meurt avant de finir d’assembler Edward. Malheureusement, il ne lui donne pas de membres humains.
Le résultat est qu’Edward vivra toujours avec des ciseaux au bout des bras, au lieu des mains. Peg ( Dianne Wiest ), vendeuse de banlieue aimante, découvre Edward et le ramène à la maison, où il tombe amoureux de la fille adolescente de Peg ( Winona Ryder ). Cependant, malgré sa gentillesse et son talent artistique, les mains d’Edward font de lui un paria de la société.
Cinéma Paradiso (1989) de Giuseppe Tornatore
S’il y a un film sur la nostalgie, c’est Cinema Paradiso. L’hommage au cinéma sous forme de film est une pure nostalgie de l’ancien écran. A cause de la nécessité de se déplacer pour aller au cinéma du coin, pour regarder une histoire pendant qu’une autre se déroule probablement. Une image parfaite d’une époque où le cinéma était la seule source de rire et de joie.
La scène des “baisers censurés” est peut-être l’une des scènes qui capture le mieux la nostalgie d’un temps révolu. On dit que le monde ne se regarde qu’une seule fois, dans l’enfance, et que le reste n’est que mémoire. Et cela arrive au protagoniste.
“Cinema Paradiso” de Giuseppe Tornatore se déroule en Sicile dans les dernières années avant la télévision. Il a deux personnages principaux : le vieil Alfredo (Philippe Noiret), qui dirige la cabine de projection, et le jeune Salvatore (Salvatore Cascio), qui fait de la pirogue sa maison loin d’un foyer sans amour.
Le garçon regarde avec étonnement alors qu’Alfredo se débat avec la machine qui projette les images de ses rêves sur l’écran. Au début, Alfredo essaie de chasser Salvatore. Mais finalement il le considère presque comme son fils. Salvatore considère certainement le vieil homme comme son père et le cinéma comme sa mère.
L’histoire est racontée comme un flashback. Cela commence avec un réalisateur de premier plan (Jacques Perrin) apprenant à Rome que le vieil Alfred est mort et entreprend un voyage sentimental vers sa ville natale. Là, il se souviendra de son premier et grand amour. Il verra le film que le vieil Alfredo lui laissa en cadeau posthume et qui constitue la scène la plus nostalgique que l’on puisse voir au cinéma.
Le contenu de Nos Pensées est uniquement destiné à des fins informatives et éducatives. Il ne remplace pas un diagnostic, un conseil ou un traitement professionnel. Si vous avez le moindre doute, il est conseillé de consulter un spécialiste de confiance.
l'essentiel
Encore une journée pour découvrir à l’Hôtel-Dieu, le Salon Toulouse Vintage ou comment se replonger dans le quotidien des années 70-80.
Dès l’entrée, l’ambiance est donnée avec "Just an Ilusion" du groupe electro soul Imagination. Au fil des allées, un pan de la société française, se dévoile : "C’est cela que j’aime, avoue un visiteur. Cette parenthèse d’une époque où le made in France était signe de qualité. Regardez ce pantalon en velours signé Courrèges, une pure merveille !" Côté mobilier, Arnaud, la vingtaine, se laisse séduire par un portemanteau mythique aux boules de trois couleurs (vert, jaune et rouge), "joli et fonctionnel. J’aime aussi cette bouteille au goulot effilé, réputée dans les foires pour recueillir les lots au tir et qui fera une très jolie lampe pour mon studio. Sabine, vient d’acquérir un pouf orange des années 70, dessiné par le designer Mora, "une référence", rappelle-t-elle.
"Ce salon à un côté nostalgie qui fait son succès, assurent Mathieu et Audrey, exposants. L’envie aussi d’être éco responsable à une époque ou la sur consommation n’est plus d’actualité. Et puis certaines pièces conçues par des designers alors débutants, sont désormais cultes". Martin a choisi des verres à moutarde : "J’aime leur forme simple. Elle me rappelle des années où tout était plus facile."
Le Salon Toulouse Vintage pense aussi à Noël et donc aux jouets. Ainsi en bonne place, la peluche Kiki, ravi le public : "Kiki est né en 1974 au Japon et a fait un malheur en France, se souvient Nicole, grand-mère. Aujourd’hui j’ai envie de faire découvrir ce jouet à mes petits-enfants pour changer des tablettes et autres écrans."
Vinyles, affiches, postes de radio, bijoux, etc, sont aussi à découvrir dans le décor somptueux de l’Hôtel-Dieu.
L’éveil n’est pas l’acquisition de quelque chose de nouveau ; c’est plutôt la redécouverte d’une expérience oubliée, d’une connaissance ancienne recouverte par de fausses identifications : avec le corps, avec les pensées…
C’est pourquoi, dans de nombreuses traditions, on compare l’éveil à un « retour à la maison », comme si on rentrait chez soi après un long exil, après un douloureux oubli. C’est le retour d’Ulysse à Ithaque, ou celui du fils prodigue qui rentre chez son père…
Mais ce retour est paradoxal, car en réalité, nous ne sommes jamais partis, sinon en imagination : nous sommes toujours demeurés nous-mêmes. Dirait-on du rêveur qui a rêvé qu’il allait à Venise qu’il y est vraiment allé ? Et qu’au matin, il est revenu dans son lit ?
Douglas Harding disait de même : « Il s’agit de revenir à un endroit que nous n’avons en réalité jamais quitté, sinon en imagination. »
Mais l’oubli et l’exil furent vécus comme réels. D’où la nostalgie d’un retour chez soi, d’un appel profond à se réveiller d’un songe…
par Yvan Poirier Salutations Chers Frères et Sœurs en Éternité, Dans le domaine de la spiritualité individuelle ou collective, on parle abondamment de l’amour et des relations entre personnes qui ouvrent leur conscience. On essaie Lire la suite…
par Jérôme et ses Anges Hello à tous, au plaisir de vous partager cette vidéo. Découvrir 22 clés vibratoires : ➡️ https://bit.ly/22cles-pdv1 YOUTUBE : Jérôme et ses Anges MESSAGES DE VOS ANGES : ➡️ Lire la suite…
par Yvan Poirier Comme nous sommes tous porteurs de la Lumière Authentique, nous n’avons plus besoin de croire en des voies extérieures, parce que l’Intelligence du Coeur aligne la conscience en ce QUI nous sommes Lire la suite…
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Les acteurs de la série les Frères Scott se sont retrouvés et le moment était rempli d'émotions. Les détails !
Depuis la diffusion du premier épisode, on a su que Les Frères Scott allaient connaître un grand succès. Et c’était le cas ! En effet, il a été diffusé de 2003 à 2012. Et même, maintenant en 2022, il fait toujours sensation sur nos écrans.
Par ailleurs, les acteurs de la série se sont retrouvés durant un événement dernièrement. En effet, même après ce long moment où ils ne se sont pas vus, leur relation reste toujours la même.
Les Frères Scott se revoient durant un événement caritatif
Le 12 et 13 novembre derniers, un événement caritatif a eu lieu dans la ville de Wilmington. Une grosse surprise puisque c’est la même ville ou la série a été tournée. Coïncidence ? Peut-être ou c’est le destin ! De ce fait, une grande partie des acteurs a alors décidé de se retrouver dans ce lieu mémorable. Ils se sont remémorés les moments qu’ils ont passés à tourner dans cette ville. Durant cet événement, on a pu voir que leurs relations n’avaient pas changé.
Même les images nous font revenir dans les années 2000, lors des tournages. Ces moments ont rappelé à tous les admirateurs chacun des épisodes de la série riche en émotion. D’ailleurs, après 9 saisons, une forme d’amitié a commencé à se créer entre eux. Et 10 ans après, on ressent les mêmes sentiments.
Suite à cet événement, des photos et des vidéos ont alors commencé à être publiées sur les réseaux sociaux que ce soit sur Instagram, Facebook ou Twitter. Et cela avec le compte des fans ou des acteurs. Et la génération de l’époque a commencé à ressentir de la nostalgie face à tous ces souvenirs. Ces derniers ont alors commencé à partager les photos.
Suite à cela, plus d’une personne s’est retrouvée à vouloir de nouveau regarder la série. De cette façon, ils peuvent ressentir de nouveau les sentiments ressentis lors du premier visionnage.
Des photos et des vidéos pour se remémorer le bon vieux temps !
Durant l’événement, les Ravens, l’équipe de basketball dans la série, se sont de nouveau retrouvés sur le terrain. Nathan (James Lafferty) et Lucas Scott (Chad Michael Murray) ont enfilé les maillots faits spécialement pour le moment. Ils sont de plus accompagnés de leur coach Whitney Durham. Des pom pom girls ont aussi été présentes sur le terrain. Tout cela comme en 2003.
Et d’ailleurs, les images de cette partie de basket défilent avec la chanson : « I don’t want to be » de Gavin DeGraw. Cette dernière étant le générique de la série. Elle a été utilisée pour beaucoup de vidéos des internautes et des fans. En outre, toute la bande était présente. À savoir : Beatriz Joy Lenz, Hailey James Scott, et Hilary Burton, interprète de Peyton Sawyer, étaient à leurs côtés. Il y avait également Jana Kramer (Alex), Austin Nichols (Julian), Antwon Tanner (Skills), Stephen Colletti (Chase), Bryan Greenberg (Jake)… Certains d’entre eux ont d’ailleurs publié des photos ensemble ou seul. Et des fois avec les deux acteurs principaux.
Malheureusement, l’interprète de Brooke Davis n’était pas présente. Effectivement, Sophia Bush affirmait être malade et n’a pas pu se retrouver avec les autres et ses fans. Elle s’est excusée devant ses admirateurs et devant les acteurs sur son compte Instagram. D’ailleurs, beaucoup de fans ont voulu la voir avec les autres.
Durant cet événement, ils n’ont pas juste joué au basket, mais ils avaient aussi consacré un moment de dédicace pour les fans. Et des séances photos pour les admirateurs. Certes, pour le plaisir de toutes les personnes, les couples se sont aussi reformés et ont pris des photos ensemble. À préciser que ces derniers sont : Peyton\lucas et Nathan/hailey.
Les Frères Scott dans un podcast ?
Par ailleurs, les acteurs des Frères Scott essayent de toujours recréer les souvenirs de cette série. En effet, ils tentent d’émettre aux spectateurs les sentiments ressentis lors des tournages. Cela grâce à un podcast appelé « Drama Queen ». Les participantes de ce dernier sont : Sophia Bush, Hilary Burton et Beatriz Joy Lenz. Ces dernières sont en effet des amies et des ennemis dans la série. Et à travers le podcast, on peut voir que la série n’est pas sortie du cœur de ces acteurs.
Durant chaque épisode, elles sont d’ailleurs revenues dans les coulisses du tournage et partagent leur expérience et leur ressenti. Et des fois avec des invités de marque. D’un autre côté, Sophia Bush s’est vu le plaisir de célébrer son mariage il y a quelques semaines. Et ces trois actrices et participantes au podcast se sont réunies durant ce grand jour. À préciser que Sophia a épousé l’homme d’affaires Grant Huges. Un homme adapté pour l’actrice des Frères Scott.
Passionnée de mode et de sport, c’est avec un grand plaisir que je participe au magazine Culturefemme.com comme rédactrice amateur à côté de mes différentes activités.
La nostalgie semble être indissociable de notre époque. En Occident, un engouement nostalgique glorifiant les pratiques et les objets d’antan est omniprésent dans des domaines aussi divers que le nationalisme, les politiques patrimoniales, le consumérisme, l’industrie du tourisme, la culture populaire et les mouvements religieux ou écologiques. Ce dossier de Terrain examine les expressions contemporaines multiples de la nostalgie dans divers environnements sociaux et culturels.
Why nostalgia? Nostalgia seems characteristic of our times. In the West, we find an all embracing nostalgic glorification of the way things were done in the past; it is omnipresent in as varied domains as nationalism, heritage policies, consumerism, tourist industry, popular culture and religious and ecological campaigns. This issue of Terrain examines the multiple contemporaries manifestations of nostalgia in a variety of social and cultural contexts.
* Nous dédions cette introduction et ce volume à Christine Langlois, directrice de rédaction de la re (...)
Il y a dans le sentiment nostalgique une mélancolie dont la spécificité est d’être orientée vers le passé. Les objets de l’enfance peuvent constituer des déclencheurs nostalgiques. Simon Moorhouse, Nostalgia Exhibition, Écosse, 2015 (Deadline News /Rex, Shutt / Sipa)
Les nuages orangés du couchant éclairent toute chose du charme de la nostalgie ; même la guillotine. » (Kundera 1991.)
1« Réaction contre l’irréversible » (Jankélévitch 1983 : 299), la nostalgie semble être indissociable de notre époque. En Occident, un engouement nostalgique glorifiant les pratiques et les objets d’antan est omniprésent dans des domaines aussi divers que le nationalisme, les politiques patrimoniales, le consumérisme, l’industrie du tourisme, la culture populaire et les mouvements religieux ou écologiques. Plus concrètement, cette rétromania se manifeste dans le succès croissant des marchés aux puces et des antiquités, des aliments biologiques, du vintage, des techniques d’accouchement dites « naturelles », des écomusées, et se retrouve au coeur même des nouvelles technologies, tel Instagram, qui confère instantanément à vos photos un cachet « passé » (Bartholeyns 2014).
2Du désir d’Ulysse de retrouver son Ithaque natale à la médicalisation de la nostalgie (en tant que trouble physique) par Johannes Hofer au xviie siècle, le long parcours de cette notion a été abondamment étudié, tant par les psychiatres et les psychanalystes que par les historiens, les critiques littéraires et les philosophes (Starobinski 1966). Sans retracer ici cette histoire bien connue, il est important de souligner que le xixe siècle a vu la nostalgie perdre ses connotations cliniques pour prendre le sens métaphorique du regret pour un endroit perdu et, surtout désormais, pour un temps révolu. En Europe, à partir des évolutions massives induites par la Révolution française, puis par l’industrialisation et l’urbanisation, un sentiment d’accélération temporelle accompagné, chez certains, du désir de retrouver l’ordre social d’autrefois fait naître un lamento sur la disparition des formes passées et les méfaits du présent. Ce sentiment de perte a d’ailleurs nourri un élan de patrimonialisation et de muséification parmi les élites européennes, tout en stimulant un intérêt scientifique et littéraire pour la mémoire et le patrimoine. Le large déploiement d’une conscience patrimoniale a été brillamment analysé par l’historien Pierre Nora (1984-1996) dans ses volumineux Lieux de mémoire par lesquels il rend compte de l’émergence en France d’une posture moderniste nostalgique vis-à-vis du passé. Cependant, le terme « nostalgie » n’entre dans le vocabulaire populaire que durant la seconde moitié du xxe siècle. Comme le remarque Fred Davis, une culture de la nostalgie est née dans les années 1960 et 1970 aux États-Unis, une époque de grands bouleversements sociaux étayés par la diffusion massive de la culture des médias et de la commercialisation du passé. Parmi ces ruptures, l’auteur insiste sur les dislocations identitaires provoquées par la défense de l’égalité des races et des sexes, l’apologie des drogues, la libération de la sexualité et la dénonciation d’institutions politiques, religieuses et éducatives (Davis 1979 : 106). Aujourd’hui, nombreuses sont les sociétés qui, à travers le monde, sont marquées par la nostalgie, souvent en réaction à l’accélération produite par les effets de la mondialisation.
3À bien y regarder, les sciences sociales, en tant que disciplines académiques, se sont érigées sur un discours moderniste structuré par la nostalgie. Comme le montre Aurélien Berlan (2012), les théories d’Émile Durkheim, de Max Weber, de Ferdinand Tönnies et de Georg Simmel proposent une critique de la société industrielle émergente en dénonçant une évolution négative de la tradition vers la modernité. Une telle idéalisation primitiviste a également joué un rôle crucial dans la fondation de l’anthropologie. Ainsi, les premières ethnographies de Franz Boas, de Bronislaw Malinowski, d’Edward Evans-Pritchard et de Marcel Griaule, parmi tant d’autres, ont été alimentées par une fascination pour ces sociétés « primitives » authentiques et en voie de disparition (Rosaldo 1989). David Berliner (2014) a identifié cette posture disciplinaire comme relevant de l’exonostalgie des ethnologues, ce répertoire de discours et d’affects regrettant la perte culturelle des autres, et qui persiste jusqu’à nos jours, sous différentes modalités.
4Longtemps considérée comme l’expression d’un malaise, la nostalgie a souvent été critiquée pour son sentimentalisme et sa propension à falsifier les récits historiques. L’historien David Lowenthal (1989) y voit le vecteur d’une idéalisation déformatrice du passé, généralisée dans la société occidentale contemporaine. Pourtant, peu à peu, notamment à la suite de la redécouverte de la mémoire par les sciences sociales (Berliner 2010a), les anthropologues ont développé une approche phénoménologique visant à saisir la façon dont les acteurs se souviennent de, oublient et réinterprètent leur passé. Trouvant sa place dans ce domaine émergent, la nostalgie est devenue un objet de recherche à part entière. Des qualificatifs tels que « structurelle » (Herzfeld 2005), « en pantoufle » (Appadurai 1996), « coloniale » (Bissell 2005), « impérialiste » (Rosaldo 1989) ou « résistante » (Stewart 1988), pour n’en citer que quelques-uns, lui ont été apposés pour appréhender la complexité de ses manifestations, au croisement de l’individuel, du social et du politique. Bien que la plupart des travaux portent sur les sociétés postsocialistes (Berdahl 1999 ; Boyer 2012 ; Todorova & Gille 2012), les chercheurs ont compris que la nostalgie constitue un point d’entrée fascinant pour approcher des questions historiques, politiques et identitaires contemporaines.
5D’un point de vue anthropologique, étudier la nostalgie soulève des questions épistémologiques et théoriques importantes. Quelles formes diverses peut-elle revêtir ? S’agit-il d’un affect (positif ou négatif), d’une pratique sociale ou d’une rhétorique ? Comment la distinguer d’autres modes d’appréhension du passé (telles les réminiscences non nostalgiques) ? La nostalgie suppose-t-elle une temporalité qui lui est propre ? Enfin et surtout, comment la saisir par la description ethnographique ?
6D’abord, il faut clarifier la confusion théorique régnant autour du concept même de nostalgie par un examen minutieux des investissements cognitifs et émotionnels qui la sous-tendent. Craignant qu’elle ne fasse office de notion « fourretout », Gediminas Lankauskas (2015) regrette le flou notionnel résultant de ce qu’il nomme « nostalgification » des mémoires postsocialistes. Aussi, il établit une distinction entre les souvenirs nostalgiques et les souvenirs d’époques révolues dans lesquels la relation au passé s’instaure sur le mode d’une dissociation plutôt que sur celui d’une continuité affective. Dans un article plus ancien, Kathleen Stewart (1988 : 227) insistait déjà sur le fait que la nostalgie constitue avant tout « une pratique culturelle, pas un contenu donné ; ses formes, significations et effets évoluent avec le contexte – en fonction de la perspective du locuteur dans le panorama présent ». Dans la même veine, Dominic Boyer (2012 : 20) souligne que la nostalgie est « indexicale » et « hétéroglossique ». Elle regroupe un ensemble disparate « de références idiosyncrasiques, d’intérêts, et d’affects ».
7Tous s’accordent pourtant à remarquer que l’environnement matériel offre des prises indispensables à l’expression de cet affect. À l’instar de la célèbre madeleine de Proust, les objets peuvent déclencher de fortes réponses mnémoniques, et interviennent à ce titre comme des médiateurs privilégiés dans la relation que les individus établissent avec leur passé. Dans ce volume, l’article d’Olivia Angé sur les attachements nostalgiques construits autour de la consommation du pain révèle les diverses temporalités et les affects éveillés par la manipulation d’objets quotidiens. De même, la contribution de Patrizia Ciambelli et Claudine Vassas portant sur le Musée de l’innocence d’Orhan Pamuk, celle de Gil Bartholeyns à propos de la photographie « rétro » et celle de Sophie Moiroux et Emmanuel de Vienne sur les tableaux d’Amatiwana Trumai explorent la capacité des objets et des pratiques esthétiques à exprimer la nostalgie dans ses formes multiples, le plus souvent inscrites dans des préoccupations sociopolitiques contemporaines.
8Ensuite, la nostalgie constitue une force sociale, un affect qui met en jeu des dimensions performatives et pragmatiques. Publié en 1979, Yearning for yesterday de Fred Davis (1979) est le premier ouvrage à traiter des aspects sociaux de la nostalgie. Prenant à rebours l’idée que les aspirations rétrospectives seraient politiquement régressives et émotionnellement perturbées, Davis révèle le rôle crucial de la nostalgie pour « construire, entretenir et reconstruire nos identités » (ibid. : 31). La littérature récente a effectivement montré que la nostalgie, qu’elle prenne la forme d’affect, de rhétorique ou de pratique, participe à la construction des identités collectives sociales, ethniques et nationales (Bissell 2005 ; Bryant 2008 ; Herzfeld 2005). Dans ce volume, Michèle Baussant analyse le rôle du langage dans l’efficacité sociale des gloses nostalgiques. À partir d’une étude des échanges linguistiques parmi les juifs d’Égypte en exil, elle met en relief l’importance de l’usage de l’arabe dans la formation d’une communauté religieuse fondée sur un lien partagé avec une patrie perdue et idéalisée.
9Dans certains cas, la nostalgie peut alimenter des phénomènes de convergence mémorielle. Cette convergence reste relativement peu étudiée par les anthropologues. Par exemple, à Luang Prabang (rdp Laos), David Berliner a observé la constitution d’une « communauté de perte » à partir de la commémoration du passé indochinois qui réunit les experts occidentaux, les expatriés, les touristes et certains Laotiens de la diaspora, alors que des tensions concernant les politiques de patrimonialisation opposent les experts de l’Unesco et les habitants du lieu (Berliner 2010b). L’expression d’un discours nostalgique dans le contexte de politiques patrimoniales est également illustrée par le texte de Ruy Llera Blanes et d’Abel Paxe portant sur l’impérialisation de la nostalgie dans le nord de l’Angola. Loin de n’être qu’une évasion « politiquement non subversive » (Rethmann 2008) vers un passé révolu, de tels regrets rendent possible une critique morale du présent et proposent des alternatives pour faire face aux changements sociaux. Comme l’écrit Daphne Berdahl (1999 : 201), la nostalgie devient alors une « arme ». De fait, mobilisés pour répondre à des préoccupations sociales et politiques, les discours et les pratiques nostalgiques n’impliquent pas nécessairement le sentiment de mélancolie auquel ils sont habituellement associés. C’est ce que montre Olivia Angé (2012) dans les Andes argentines quand elle examine l’instrumentalisation d’une rhétorique regrettant l’effritement de réciprocités passées dans le cadre du marchandage et des équivalences de troc. Révélant le processus de transmission culturelle en jeu dans ces lamentations, Angé invite à établir une distinction entre les « dispositions nostalgiques » impliquant un investissement émotionnel, et les « dispositifs discursifs nostalgiques » dont l’énonciation stratégique sert les intérêts du locuteur.
10Enfin, l’anthropologie éclaire les relations complexes qui existent entre le passé, le présent et l’avenir. Comme l’écrit Svetlana Boym (2001 : xvi), la nostalgie « ne porte pas toujours sur le passé. Elle peut avoir une portée rétroactive ou prospective ». En comparant les récits par lesquels les communautés grecques et turques relatent la division de Chypre, Rebecca Bryant (2008 : 399) a brillamment montré que la peine provoquée par la perte de leur terre natale s’accompagne de « visions de patries à venir ». Souvent, la nostalgie se déploie dans ces horizons d’attentes et d’inquiétudes à l’égard de l’avenir, si bien qu’espoir et utopies apparaissent dans son sillage. Force est de constater que l’espérance n’est jamais bien loin du lamento sur la perte. D’ailleurs, s’il est une question fondamentale soulevée par le présent volume, c’est bien celle de la temporalité. Depuis la fondation de la discipline, les anthropologues se sont intéressés aux dimensions culturelles de la perception du temps. Si la nostalgie implique une posture spécifique envers le passé considéré comme irréversible, il convient de s’interroger sur son universalité. Sans avoir de réponse définitive à cette énigme, nous pouvons néanmoins avancer que toutes les sociétés humaines ont été confrontées à des ruptures et qu’elles ont, dès lors, fait l’expérience d’une distanciation réflexive à l’égard de leur passé, souvent sous la forme d’un regret pour un ordre social perdu. Bien entendu, la nostalgie s’inscrit toujours dans des ontologies temporelles spécifiques et culturellement situées. En tant qu’anthropologues, notre tâche consiste justement à saisir les expressions multiples du regret dans le flux des contingences historiques. Mais l’analyse de ces expressions mémorielles ne nous invite pas seulement à affiner notre compréhension de la temporalité. Alors que les représentations et les pratiques sociales subissent des mutations constantes tout en persistant à travers le temps, l’étude de la nostalgie éclaire également les opérations de continuité et de discontinuité par lesquelles les sociétés se reproduisent et évoluent. Pour l’anthropologue, cet incorrigible nostalgique, examiner cet affect offre un angle de vue privilégié sur la persistance créatrice et la disparition des formes culturelles. Ce regard sur la nostalgie incite de surcroît à dépasser les clivages traditionnels : entre les approches anthropologiques, historiques et psychologiques, entre le continu et le discontinu, entre la persistance et le changement, et surtout, entre le passé, le présent et l’avenir.
* Nous dédions cette introduction et ce volume à Christine Langlois, directrice de rédaction de la revue Terrain depuis 1983. Merci à toi, Christine, d’avoir fait de Terrain un périodique prestigieux et singulier, une référence indispensable pour les anthropologues en France et ailleurs. La communauté des anthropologues sera désormais nostalgique de Terrain.
* Nous dédions cette introduction et ce volume à Christine Langlois, directrice de rédaction de la revue Terrain depuis 1983. Merci à toi, Christine, d’avoir fait de Terrain un périodique prestigieux et singulier, une référence indispensable pour les anthropologues en France et ailleurs. La communauté des anthropologues sera désormais nostalgique de Terrain.
Olivia Angé et David Berliner, « Pourquoi la nostalgie ? »,Terrain, 65 | 2015, 4-11.
Référence électronique
Olivia Angé et David Berliner, « Pourquoi la nostalgie ? », Terrain [En ligne], 65 | septembre 2015, mis en ligne le 15 septembre 2015, consulté le 07 décembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/terrain/15801 ; DOI : https://doi.org/10.4000/terrain.15801
On connaît l'image romantique du voyageur à la recherche d'une terre d'accueil ; et l'on sait déjà que le mirage du port s'évanouira au fur et à mesure que le voyageur s'en approchera. Rappelons à ce propos l'importance des cycles musicaux de Schubert, qui, sur les poèmes de Wilhelm Müller dans le Voyage d'hiver, condamnera le voyageur à l'errance sans fin sur la ritournelle répétitive d'un violoneux. La marche ne s'arrête jamais et son but semble se perdre dans un perpétuel ailleurs, à moins qu'il ne soit déjà perdu dans un passé révolu. Telle s'énonce la problématique romantique de la nostalgie, si bien exaltée par un nouveau genre de « littérature éthique » que préparaient déjà de longue date des penseurs tels que Kant, Jacobi et Hegel.
C'est le philosophe de Königsberg qui le premier dépasse la seule question du retour pour interroger le lieu même de l'aspiration dans ce qu'il présente de psychologiquement illusoire et, par conséquent, décevant : « Les Suisses ainsi que les Westphaliens et les Poméraniens de certaines régions, à ce que m'a raconté un général expérimenté, sont saisis du mal du pays [Heimweh], surtout quand on les transplante dans d'autres contrées ; c'est par le retour des images de l'insouciance et de la vie de bon voisinage, du temps de leur jeunesse, l'effet de la nostalgie [Sehnsucht] pour les lieux où ils ont connu les joies de l'existence ; revenus plus tard chez eux, ils sont très déçus [getauscht] dans leur attente, et se trouvent ainsi guéris ; sans doute pensent-ils que tout s'est transformé ; mais, en fait, c'est qu'ils n'ont pu y ramener leur jeunesse... » Kant révèle donc l'aspect trompeur de la croyance en un temps passé de la jeunesse caractérisé principalement par l'insouciance, entendue comme la mise à l'écart des contraintes de la réalité ; et, plutôt que d'insister sur l'aspect héraclitéen d'une telle situation qui va contre le souhait des retrouvailles, il réinterroge les transformations psychiques du sujet lui-même dont ce dernier ne se doutait pas. Or, du principe de réalité rendu manifeste dans la déception à la persistance du souhait fantasmatique, la question se déplace qui nous fait douter de cette aspiration à retrouver un état de bonheur perdu, dans la mesure où la réalité (Wirklichkeit) de celui-ci se voit dorénavant remise en cause.
Une réponse à cet ébranlement de la certitude du bonheur originel prend forme, dès lors, chez Jacobi, qui, dans la même orientation de pensée que Kant et Fichte, affirme les limites de la raison devant le sentiment d'infinitude absolue qu'elle ne pourra jamais résoudre. Aussi bien, la nostalgie, qui tend vers l'éternité de l'objet au sens où celui-ci, pour Jacobi, garantirait la valeur et la pérennité de l'identité du sujet, posséderait-elle déjà cet objet même par les seules douleur et tension qui animent son mouvement. Mais la doctrine du philosophe s'oriente bientôt vers une sorte de subjectivisme religieux que la nostalgie contribuera précisément à circonscrire dans le sensible et le fini, ce à quoi ne cessera de s'opposer un penseur comme Hegel. Et c'est ce dernier qui semble le mieux exprimer tout à la fois la force et la douleur de l'âme emplie de nostalgie sous la figure de la « conscience malheureuse », qui s'offre comme une conscience dédoublée. En effet, tendue vers l'aspiration d'un retour en soi-même, d'une « réconciliation » (Versöhnung) avec soi, la conscience pressent bien un objet, celui-là même qui lui accordera sa singularité ; mais cet objet, en tant qu'essence de l'au-delà inaccessible, ne cesse de s'enfuir à l'approche du geste qui veut le saisir et abandonne alors la conscience à sa quête douloureuse qu'accompagne le sentiment de sa propre scission. « Ce pur tâtonnement intérieur sans terme trouvera bien son objet, écrit Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit, mais cet objet ne se présentera pas comme un objet conçu [nicht als begriffner] et restera ainsi quelque chose d'étranger. Ainsi se présente le mouvement intérieur de la pure âme sentante [Gemüt] ; elle se sent bie [...]
Affirmant être venu « pour construire l'avenir » et non pour la « nostalgie », le président français annonce la signature de contrats industriels pour un montant de quelque 5 milliards d'euros, qui doivent conduire à la création de « plusieurs milliers d'emplois » en Algérie, ainsi que la conclusion d'un accord pour le développement du nucléaire civil. […]
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Le président Eltsine qualifie de « déstabilisant » ce vote sans portée juridique qui, en période de campagne présidentielle, exploite la nostalgie de la majorité des Russes pour l'ère soviétique.
Le 29, les chefs d'État de Russie, de Biélorussie, du Kazakhstan et du Kirghizstan signent, à Moscou, un accord de principe sur « l'approfondissement de l'intégration dans les domaines économiques et sociaux » qui ne contient aucune mesure concrète. […]
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Le 19, Pierre Alberti, créateur de Radio-Nostalgie, est inculpé et écroué à Lyon pour malversations financières.
Le 20, Yvon Deschamps, premier secrétaire de la fédération socialiste du Rhône, est entendu comme témoin dans cette affaire.
Les 2 et 3 décembre, Yvon Deschamps, François Diaz, président de la commission de contrôle financier de la fédération du P. […]
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LA NOSTALGIE DANS TOUS SES ETATS - Université de Lorraine (Nancy) - 30 novembre, 1er et 2 décembre 2017
« La nostalgie est, elle aussi [comme Ulysse], rusée et polytrope, aux mille tours. » (B. Cassin)
Bien que le mot lui-même soit assez tardif (1688), il semble néanmoins que le sentiment nostalgique ait déjà imprégné sociétés et cultures depuis l’Antiquité. Ainsi la nostalgie, « virtualité anthropologique fondamentale » (J. Starobinski), est-elle une attitude humaine abondamment exploitée par la littérature avant d’être qualifiée par un nom savant, passé ensuite dans la langue commune.
Origine de la nostalgie entre médecine et littérature
La diachronie nostalgique fait apparaître deux moments, deux orientations liées à deux champs sémantiques. D’une part, quelques grands textes épiques qui, en fondant une poétique de la nostalgie dont se nourrissent très vite la mémoire littéraire et la tradition intellectuelle occidentales, délimitent et organisent un usage littéraire et connotatif de la nostalgie. D’autre part, avec la naissance du mot par le médecin mulhousien Johannes Hofer (1688), le sentiment nostalgique devient une attitude pathologique, une maladie de l’imagination naissant d’un « dérèglement de l’imagination » (Hofer) — la douleur dont souffraient les soldats suisses lorsqu’ils avaient « perdu la douceur de leur patrie [...] depuis longtemps dénommée Heimweh dans leur langue » (Hofer), et que les Français appelaient le « mal du pays » — et étudiée de façon descriptive. La tradition médicale a entretenu un temps cette démarche descriptive fondée sur la recherche des causes morales d’un mal physique — à l’origine d’une abondante biographie — avant que la psychiatrie ne s’en empare pour décrire, après 1945, les conditions des réfugiés et des exilés. La tradition artistique, une fois que l’état affectif a été nommé, s’est enrichie de certaines correspondances, superpositions que la phénoménologie médicale avait suggérées. Aussi le mot nouveau devient-il concept réévaluant les contours définitoires et drainant avec lui tout ce qui était resté diffus dans un « surcroît de définition » (Starobinski) et entre dans le champ des sentiments pour devenir un terme de la littérature et de moins en moins un terme scientifique. L’accélération de sa diffusion littéraire, nous le savons, eut lieu à l’époque romantique. Soumise au traitement des poètes et des écrivains, « la nostalgie s’ouvre dans un éventail de sentiments [...] se contamine avec toutes les formes d’une sensibilité qui connaît l’abandon à la rêverie et la blanche torpeur du spleen, elle devient en somme le rivage sensible, dentelé et irrésolu de la mémoire » (A. Prete).
Une affection de l'ailleurs et du jadis
La nostalgie est étymologiquement et littérairement évoquée comme une émotion du retour, de la remontée vers les origines. Kant — dans son Anthropologie du point de vue pragmatique (1798) — fut parmi les premiers à souligner que le désir nostalgique ne veut pas retourner à un lieu mais à un temps où il y a de la place pour la reconstruction d’un passé personnel. Le « mal du pays », la « douleur du retour » s’imposent comme le regret du pays perdu se combinant avec l’idée d’un retour possible vers ce pays et donc aussi d’un retour dans le temps. Associant patrie, retour, avenir, l’arc temporel se dialectise entre le passé-éden, la complainte du présent et le chant de l’avenir. La dimension spatiale s’enrichit d’une dimension temporelle : la nostalgie est donc une maladie de l’espace et du temps qui concerne le jadis et l'ailleurs. Il y aurait la nostalgie du temps, d’un temps révolu, irréversible, qui plus jamais ne sera celui qui a été vécu, et celle du lieu qui serait a priori un mal plus curable, une nostalgie plus guérissable dès lors que le retour est un horizon (V. Jankélévitch). On passe alors d’une pathologie objective (mal du pays - affection du corps) à une métaphore qui densifie et alourdit le présent du regret de ce qu’il n’est pas, ce qu’il n’est plus ou ce qu’il ne sera jamais. Ainsi trois dimensions temporelles alimentent-elles la nostalgie : le regret du passé, l’insatisfaction du présent, et le désespoir de l’avenir. La nostalgie se situe à la croisée entre passé et futur, entre regret du pays et du temps perdus et désespoir d’être dans un autre pays et un autre temps (P. Dandrey). C’est en cela et pour cela que la nostalgie est décentrement, spatial et temporel.
Nostalgie, imagination et mémoire
Dans la représentation nostalgique de la vie antérieure, la conscience imageante prend toute sa place et se projette vers le lieu et surtout le moment du passé pour se les présentifier dans une déformation rétrospective du présent disparu qui participe amplement de la souffrance nostalgique. L’imagination créatrice est fille de la mémoire ; aussi parler de la nostalgie est-ce parler de mémoire, de temps et de narration (C. Mirabelli).
Nostalgie et exil, souffrance et bonheur
Le travail de construction mémorielle fantasmée se heurte irrémédiablement et irrévocablement à la marque du temps : il y a une souffrance inconsolable de prendre conscience que le paradis, l’éden reconstruits par le souvenir recèlent en eux la promesse de leur évolution, de s’apercevoir que, comme tout a changé, le pays n’est pas aussi beau qu’on l’imaginait dans sa mémoire et que la tristesse de la perte était inutile. Au centre de la nostalgie point l’idée métaphysique que le retour ne préservera pas du fait que, même dans les lieux qui sont les lieux du passé et figés par la mémoire, le temps a continué d’exister. Le nostalgique est un étranger, un exilé, « [il] est en même temps ici et là-bas, ni ici ni là-bas, présent et absent, deux fois présent et deux fois absent » (V. Jankélévitch), distrait au monde, « envoûté par l’alibi du passé », dans une espèce d’ubiquité construite, absente et présente. Se pose donc la question de l’état du retour qui est une confrontation avec l’espace et l’écoulement du temps : comment retourner là-bas après avoir été ici ? Comment vivre ici après avoir été là-bas ? Si les exilés qui retournent dans leur pays souvent le perdent deux fois, pour certains — exilés politiques, particulièrement — l’exil est libérateur.
Nostalgie héroïque/ les héros nostalgiques
La tradition littéraire a consacré Ulysse comme le héros du no sto s et Y Odyssée comme « l’épopée fondatrice de la nostalgie » (M. Kundera). Chez Ulysse, se concentrent à la fois le regret d’Ithaque, l’insatisfaction de ne pas pouvoir y revenir et le désespoir de ne jamais y parvenir. Mais le retour n’est pas sans mal ; c’est pourquoi Jankélévitch considère que Ulysse a certes eu la nostalgie d’Ithaque mais aussi peut-être la nostalgie de la nostalgie une fois revenu à Ithaque, la nostalgie du voyage, de l’aventure, de « l’exploration passionnée de l’inconnu » (M. Kundera). Et Barbara Cassin, repérant « les deux faces » de la nostalgie, celle de l’« enracinement » et celle de « l’errance », reconnaît en Ulysse « l’aventurier, le nomade, citoyen du monde jusqu’en ses confins, chez lui partout et nulle part ». Que reste-t-il de la nostalgie une fois que l’on a retrouvé l’endroit dont on avait la nostalgie ? Par ailleurs, le mythe d’Orphée et celui d’Aristophane dans le Banquet renvoyant tous deux à la séparation, à la déchirure et à une souffrance ontologique (surtout pour le mythe d’Aristophane) ne seraient-ils pas par excellence le mythe de la nostalgie ?
Axes de recherche
Il importera tout d’abord de mieux cerner l’ontologie nostalgique qui ne trouve de réalité et d’existence linguistique qu’avec la construction néologique de Johannes Hofer (1688). Cette question philosophique — savoir si l’on peut dire qu’un sentiment existe dans sa nuance tant qu’il n’est pas nommé — permettra, d’une part, de préciser les proximités et les différences entre le nostos, et d’autres notions et d’autres sentiments auxquels il est associé. D’autre part, il sera opportun de s’attacher à préciser les liens thématiques et conceptuels qui associent la nostalgie à la mélancolie, à l’exil, à la déchirure et au décentrement, au voyage et à la migration. Enfin, il restera à prendre en considération les modalités de la rhétorique et de l’esthétique nostalgiques qui témoignent du passage de la pathologie objective à la métaphore de celle-ci.
Le colloque se tiendra en français et il est ouvert à toutes les aires linguistiques et culturelles. Les objets d’étude seront pluridisciplinaires (textes littéraires ou non, cinéma, théâtre, beaux-arts, musique, philosophie, phénomènes sociaux, médicaux) et les approches pourront être théoriques ou analytiques. Le type d’approche choisi, le corpus d’étude ainsi que les notions utilisées devront cependant être clairement indiqués et définis dans les résumés comme dans les présentations.
Responsables scientifiques : Estelle Zunino et Patrizia Gasparini Équipe de Recherche : LIS (EA 7305) — Littératures, Imaginaire, Sociétés
Modalités de soumission des propositions de communication : Date limite de réception des propositions : 30/04/2017 Notification d’acceptation aux auteurs après examen par le comité scientifique : 31/05/2017
Format des propositions : a) 1 page isolée comportant le nom, l’appartenance institutionnelle, le grade, le titre de la communication et les coordonnées de l’auteur (adresse professionnelle, adresse personnelle, adresse électronique et téléphone) b) Sur 1 autre page : un résumé de 15 à 20 lignes en français ou en anglais (Word, Times 12, interligne 1,5) présentant le corpus étudié, les idées principales, le raisonnement et les conclusions générales, et précisant le cadre et les notions. 3 mots-clés devront également être mentionnés.
Langue du colloque : français. Les communications seront de 20 minutes, suivies de 10 minutes de questions. Les actes du colloque (avec comité de lecture) seront publiés à l’issue de la manifestation. Les consignes éditoriales seront envoyées avec la réponse.
Les propositions de communication seront adressées à : colloque.nostalgie.nancy.2017@gmail.com
Frais d’inscription pour les intervenants : 20 €. Les versements seront à effectuer sur place. Les frais de déplacement et d’hébergement ne sont pas pris en charge. Les déjeuners seront offerts aux intervenants.
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Par eliottdhyne.s5 • 7 Juin 2015 • 5 660 Mots (23 Pages) • 1 704 Vues
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Sommaire:
Introduction
1. Le romantisme
1.1 Biographie
1.2 Choix du poème
1.3 Premiers effets de la lecture
1.4 Analyse formelle
1.5 Analyse linéaire
1.6 Caractéristiques du courant
1.7 Choix du tableau
1.8 Liens avec le poème
2. Le parnasse
2.1 Biographie
2.2 Choix du poème
2.3 Premiers effets de la lecture
2.4 Analyse formelle
2.5 Analyse linéaire
2.6 Caractéristiques du courant
2.7 Choix du tableau
2.8 Liens avec le poème
3. Le symbolisme
3.1 Paul Verlaine
3.1.1 Biographie
3.1.2 Choix du poème
3.1.3 Premiers effets de la lecture
3.1.4 Analyse formelle
3.1.5 Analyse linéaire
3.1.6 Caractéristiques du courant
3.1.7 Choix du tableau
3.1.8 Liens avec le poème
3.2 Albert Samain
3.2.1 Biographie
3.2.2 Choix du poème
3.2.3 Premiers effets de la lecture
3.2.4 Analyse formelle
3.2.5 Analyse linéaire
3.2.6 Caractéristiques du courant
3.2.7 Choix du tableau
3.2.8 Liens avec le poème
4. Le surréalisme
4.1 Biographie
4.2 Choix du poème
4.3 Premiers effets de la lecture
4.4 Analyse formelle
4.5 Analyse linéaire
4.6 Caractéristiques du courant
4.7 Choix du tableau
4.8 Liens avec le poème
Conclusion
Bibliographie
Introduction
La nostalgie, tout le monde croit que ce n'est que se remémorer son passé, mais saviez-vous qu'elle a divers impacts sur notre vie actuelle ? Et qu'elle s'adapte a divers domaines ? Elle peut toucher l'enfance, l'amitié, l'amour ou même l'argent. C'est pourquoi nous allons analyser différents poèmes, dans différents courants. Nous allons aborder la nostalgie dans ses moindres recoins de De Nerval jusqu'à Eluard en passant par Coppée et Verlaine sans oublier Samain. Pour chaque poème nous procéderons de la manière suivante c’est-à-dire que nous dirons nos premiers effets de la lecture, ensuite nous ferons l’analyse formelle et l’analyse linéaire , après effectuerons une analyse d'un tableau correspondant au poème analysé auparavant, enfin nous cloturerons cette anthologie par une conclusion
Choix du thème
Le domaine de la poésie est comparable à la littérature du point de vue de sa diversité dans la mesure où il peut aborder une multitude de sujets. Et plus, en l'abordant différemment ce qui s'avère être plaisant pour ce thème car la nostalgie est un sentiment que tout le monde a déjà éprouvé à un moment de sa vie, elle touche chacun d'entre nous que nous soyons adolescents, adultes, seniors, riches ou bien pauvres. C'est un sentiment complexe qui mélange non seulement regret, souvenir mais aussi bonheur ou tristesse, souffrance, haine ou encore amour. C'est la raison pour laquelle le choix du thème s'est orienté vers la nostalgie.
Choix littéraires
Nous recherchions une diversité poétique où la nostalgie pourrait s'associer à différentes situations telles que la nostalgie de l'amour ou celle de l'enfance grâce à De Nerval mais également la nostalgie patriotiste grâce à Coppée qui nous ont tous deux permis d'aboutir à cette recherche. Pour nous, Verlaine devait faire partie de notre anthologie étant donné qu'il est le prince des poètes. Quant aux autres poètes, ils correspondaient au thème et répondaient à nos attentes. Samain fût particulièrement notre coup de coeur pour son poème "Blotti comme un oiseau".
Organisation du travail
Pour ce qui est de la répartition du travail, nous avons discuté du choix du thème ensemble ainsi que du choix de nos poèmes. Nous avons ensuite analysé ces derniers individuellement. Par la suite nous avons pris contact pour permettre un mise en commun de nos travaux. Fort bien heureusement, nos idées étaient compatibles ce qui, par conséquent, a été un gain de temps et nous a facilité le travail.
1. Le romantisme
1.1 Biographie de Gérard de Nerval
Gérard de Nerval est né sous le nom de Gérard Labrunie le 22 mai 1808 à Paris. Il n’a jamais connu sa mère, décédée en Allemagne deux ans après sa naissance. Il fait des études à Paris et se lie d’amitié avec Théophile Gautier. Tout deux participe à la bataille d’Hernani. De Nerval a commencé l’écriture en réalisant une traduction réussie de Faust de Goethe tiré de l’allemand. En même temps il commença le journalisme et rencontre Victor Hugo. En 1837, Gérard tombe amoureux de Jenny Colon. Celle-ci lui inspirera beaucoup d’œuvres dans laquelle le poète parle de figures féminines inaccessibles. Jenny ne l’aime pas en retour et se marie avec un autre. C’est en 1841 qu’apparait ses premières crises de folies dont il a dû être
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L'ECRITURE DE LA NOSTALGIE DANS LA LITTERATURE ARABE
Colloque organisé dans le cadre du CARMA/CERMOM (30 et 31 Mars 2010)
Responsables scientifiques : Brigitte Foulon et Kadhim Jihad Hassan
La mémoire, en particulier dans sa dimension nostalgique,constitue sans aucun doute l'une des thématiques majeures de la poésie arabe,depuis son origine. Dans la poésie archaïque, c'est dans le nasīb que secristallise l'expression de ce sentiment de perte, ainsi que celui del'impuissance humaine face à l'entropie, figurativisés par les motifs desvestiges, al-aṭlāl, omniprésents . Si l'on note la survivance de ces motifsdans la poésie classique, comme si les Arabes, dispersés et mêlés à d'autrespeuples, d'autres cultures, avaient ressenti le besoin de réaffirmer ainsi enpermanence le lien les unissant à leur lieu premier, il ne faut pas oublier qued'autres lieux, associés quant à eux à l'urbanité, et situés en-dehors de laPéninsule arabique, s'imposèrent très tôt dans la poésie élégiaque: nouspensons notamment aux palais lakhmides de Ḥīra, Ḫawarnaq et Sadīr, évoqués parles poètes dès la fin du VIe siècle, et à la ville palatiale sassanide d'al-Madā՚in (Ctésiphon). Les trois sites seront mis en scène par Abū al-ՙAtāhiya, et le Īwān de Kisrā, vestige sisà al-Madā՚in,figurera en bonne place dans les descriptions d'al-Buḥturī, et, un siècle plustard, dans celles d'al-Šarīf al-Murtaḍā. C'est également l'Orient qui donneranaissance aux premiers poèmes de déploration sur les villes, connus sous le nomde marṯiyya-s, dont les plus célèbres sont sans doute celle d'Abū Yaՙqūbal-Ḫuraymī, décrivant Bagdad détruite par la guerre civile, et celle d'Ibn Rūmī,évoquant la mise à sac d'al-Baṣra par les Zanğ.
La nostalgie entretenant un lien étroit avec la temporalité,il serait fructueux d'observer le statut de cette dernière dans les textes. Ilconviendrait également de s'interroger sur le statut du sujet, de voir comments'articulent l'expression d'une nostalgie individuelle avec celle d'unenostalgie collective.
C'est sur cette longue tradition orientale que s'appuiel'écriture de la nostalgie dans la production d'al-Andalus, où elle s'impose àla fois dans la prose, la poésie et l'historiographie. Et c'est justementl'attachement des Andalous à la tradition littéraire orientale, qui expliqueque cette thématique ait fait son apparition dans leur production littérairebien avant que le contexte politique puisse expliquer et justifier cephénomène, et avant que se profile la moindre menace de démantèlement ou dedépècement. En réalité, l'écriture de la nostalgie y connut ses premiersbalbutiements dès l'installation des premiers immigrants arabes sur le territoireibérique, lesquels dédièrent leurs compositions poétiques à l'expression deleur puissant sentiment d'exil envers leur Orient d'origine.
Ce constat nous amène à nous interroger sur l'objet de lanostalgie andalouse : al-Andalus n'est-il pas qu'un objet de nostalgie secondpar rapport à un objet originel, et, dans l'affirmative, comment définircelui-ci ? Il nous semble nécessaire, au préalable, de disjoindre la thématiquede la nostalgie et la représentation paradisiaque du territoire andalou. On saitque l'objet de la nostalgie n'est pas nécessairement un objet doté d'une valeurintrinsèque (cf. Jankelevitch, 1974, L'irréversible et la nostalgie), ce que,déjà, al-Ğāhiz constatait dans son épître intitulée : Risāla fī-al-ḥanīnilā-al-awṭān. Le fait qu'al-Andalus, avec ses villes, sa nature, ses courssomptueuses, son art de vivre, ait cristallisé la nostalgie de ses lettrés, nesignifie pas nécessairement qu'elle ait été réellement regardée comme un lieu ànul autre pareil.
Les Andalous parvinrent-ils à renouveler cette thématique ?Comment les matériaux anciens furent-ils réorganisés, remaniés, redistribués,de façon à rendre compte,- ou non-, d'une expérience historique unique ?Observe-t-on une rupture entre le traitement de la temporalité dans les oeuvresde l'Orient arabe, et celui qui lui est conféré dans les oeuvres andalouses ?
Le mythe andalou prit corps dès la dislocation du Califat deCordoue. Dès lors, le regard porté par les habitants du territoire sur leurpassé récent évolua, et annihila progressivement toute distance critique àl'égard de princes dont l'échec politique était pourtant patent. Plus lasuperficie du territoire se réduisit, plus ce mythe grandit, effaçant, dans lamémoire collective, le souvenir de la violence politique, des dissensions etsoulèvements incessants formant la trame de l'histoire andalouse.
Depuis sa naissance au XIXe siècle, la littérature arabemoderne, prose et poésie confondues, ne cesse d'interroger ce mythe, véritableparadigme de la nostalgie, et de le relayer . Dans le contexte de l'essor, dutriomphe puis des revers du nationalisme arabe, ce questionnement prend laforme d'un périple conduisant du présent vers le passé, de l'Est vers l'Ouest,du « Je » vers l'Autre, de l'Histoire vers le mythe, à la croisée des cheminsentre l'exaltation d'un passé glorieux et parfait, duquel toute ambivalence aété éliminée, et la prise de conscience aigüe d'un présent dévasté. Il serait sansdoute intéressant d'observer quels sont les traits d'al-Andalus les plussouvent retenus par les auteurs. Privilégient-ils une période en particulier,parmi ces huit siècles de présence musulmane ? Une région, une ville ? Un règne? Une dynastie ? Quelles sont les figures retenues le plus volontiers parmi lessouverains, les lettrés, les savants d'al-Andalus ? Voici quelques pistessusceptibles d'orienter le dernier volet de nos rencontres, dédié au traitementde ce mythe dans l'écriture arabe moderne et contemporaine.
Sommaire :
Première Journée :
Matin : Genèse de l'écriture de la nostalgie dans laproduction littéraire arabe
Président de séance : M. Kadhim Jihad Hassan
9h 00 : Accueil des participants
9h30-10h : Allocation de Monsieur Jacques Legrand, Présidentde l'Inalco.
10h-10h30 : Mohamed Bakhouch (Aix) : La nostalgie dans lapoésie omeyyade
14h30- 15h : Mary Bonnaud : L'écriture de la nostalgie chezAbû Nuwâs.
15h-15h30 : Abdallah Bounfour (INALCO) : La nostalgie de l'origine.
15h30-16h : Eve Feuillebois (Paris III) : Nostalgie etabsence de Dieu : évolution de la notion et de son expression dans le ghazalpersan du 11e au 13e siècle (Sanâ'î, ‘Attâr, ‘Irâqi et Rûmî).
16h-16h30 : Discussion
Deuxième journée :
Matin : L'écriture de la nostalgie dans la productiond'al-Andalus
Président de séance : M. Sobhi Boustani
9h30-10h : Emmanuelle Tixier Du Mesnil (Paris OuestNanterre) : Histoire de la nostalgie andalouse.
10h-10h30 : Brigitte Foulon (INALCO) : Paysage et nostalgiedans la poésie andalouse.
10h30-11h : Slim Ridène (Manouba, Tunis) : Les toponymesdans la poésie de la nostalgie en Ifrīqiya et en Andalousie à partir du V/XIesiècle.
11h-11h30 : Pause et discussion
11h30-12h : Fatima Tahtah (Université Mohamed V, Rabat) : Lanostalgie dans la poésie d'Ibn al-Khatîb.
12h-12h30 : Abdelghani Benali (INALCO) : Les Aftasides deBadajoz : une dynastie arabe ?
12h30- 13h : Discussion
Après-midi : Ruptures /continuités à l'époque moderne
Président de séance : Mme Georgine Ayoub
14h30-15h : Zaïneb Benlagha (Paris III) : Nostalgie etécriture de l'histoire : le roman historique chez Zaydan.
15h-15h30 : Sobhi Boustani (INALCO) : De l'Andalousie àBeyrouth, nostalgie ou colère : essai sur la poésie de Mahmoud Darwich.
15h30-16h : pause et discussion
16h- 16h30 : William Granara (Harvard) : Al-Andalus inmodern Arabic Culture : a Lingering Obsession.
16h30-17h -Rima Sleimane (INALCO) : Exil et nostalgie dansla poésie de Badr Châkir al-Sayyâb : écriture d'une perte multiple.
A l'heure où l'Europe doute, tremble et semble s'interroger sur son projet et ce qui la fonde, la littérature peut apporter un éclairage, car les deux ont en commun d'être un doute et une espérance, une angoisse et un élan.
Aujourd'hui je voudrais vous parler de l’Europe des écrivains, de l’Europe littéraire, et même de l’Europe comme littérature. Pour amener cette idée, je voudrais faire un détour, citer un texte qui en est apparemment assez éloigné, mais que je lui associe spontanément, à cette idée de l’Europe-littérature, et surtout que j’ai tout le temps envie de citer, alors j’en profite…
C’est une conférence prononcée par Michel Foucault, à Bruxelles, en 1964, une intervention orale, donc, au cours de laquelle le philosophe définissait la littérature comme un espace vide, et, je cite, « une blancheur essentielle où naît la question ‘Qu’est-ce que la littérature ?’, une blancheur essentielle qui est cette question même ».
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Ainsi, la littérature serait un vide, une perpétuelle absence, un espace impossible à circonscrire, un trou à l’intérieur du langage, une béance qui crée le désir, aimante la phrase et allume les mots, bref on pourrait dire qu’être écrivain c’est avoir la nostalgie de la littérature, mais en disant cela, justement, je convoque déjà l’Europe, puisque je paraphrase une formule de Kundera qui propose la définition suivante : l’Européen, c’est celui qui a la nostalgie de l’Europe.
L'Europe, le nom d'une crise de conscience
Et de fait, si l’Europe a partie liée avec la littérature, ce n’est pas seulement parce que le Vieux continent en a été le terreau historique, le berceau de Dante, de Cervantes, de Shakespeare ou de Molière, c’est aussi et peut-être surtout, plus profondément, plus spirituellement, parce que l’Europe a en commun avec la littérature d’être avant tout un doute et une espérance, une angoisse et un élan qui se résument finalement à cette question encore et toujours relancée : « qu’est-ce que l’Europe ? »
Comme en témoigne d’emblée la mythologie grecque, l’histoire de l’Europe se confond avec celle d’un arrachement, d’un décentrement, sa trajectoire n’est qu’un perpétuel changement de cap, son unité tient à son morcellement, son esprit même implique une dissidence à soi, son identité réside dans le refus de voir son identité se refermer sur elle-même. Depuis toujours Europe est le nom d’une crise de conscience, le spectacle d’une vaine union, la scène d’une identité introuvable et, nous y revoilà, d’une rêverie partagée, d’un imaginaire commun, d’un récit collectif qui est à la fois inaccessible et nécessaire à sa survie. Etre européen, en ce sens, ce ne serait pas seulement se demander sans cesse, avec angoisse et exaltation, « Qu’est-ce que l’Europe ? ». Etre européen, ce serait avoir la nostalgie de la littérature.
Ho tsara mandroso, ho tsara miverina (« Faites bon voyage et revenez-nous bien »)
1Ce souhait prodigué à quelqu’un qui va voyager exprime bien l’idée que le Malgache se fait de l’exil. Nous avons écrit ailleurs que le Malgache est un homme de groupe et n’apprécie pleinement son existence qu’au milieu des siens et sur sa terre natale. Il est si enraciné à sa terre, à sa famille et à ses amis qu’avant même d’être parti, il s’inquiète déjà du retour. La période passée au loin est vécue sans plaisir et teintée de nostalgie. Il n’est donc pas étonnant de rencontrer dans la littérature malgache, non seulement dans la poésie, mais aussi dans les romans, le thème de l’exil. Toutefois, il convient de dissocier l’exil imaginé de l’exil vécu. Nous constatons ce distinguo surtout dans le cadre de la poésie. Dans le premier cas, que nous pouvons appeler exil sans déplacement hors du territoire, le poète n’est pas dans une situation d’exil physique : il est toujours parmi les siens, il est toujours sur sa terre, mais certaines conditions le tiennent à l’écart de la vie sociale du groupe, le privent de sa liberté. Dans le deuxième cas, il y a exil effectif, une séparation de corps, une distanciation.
2Dans cette catégorie, nous avons retenu trois cas : l’influence de la Bible, l’emprisonnement pour des raisons diverses de certains poètes et écrivains pendant la période coloniale et la dévalorisation, voire l’interdiction d’user la langue maternelle.
3Du recensement des écrivains de la première génération, c’est-à-dire de ceux nés au commencement de la colonisation, il apparaît que la plupart d’entre eux ont été formés par les écoles confessionnelles surtout protestantes. L’influence de la Bible paraît donc indéniable à travers l’enseignement professé par les missionnaires. Beaucoup d’expressions opposent la vie terrestre éphémère à la vie céleste éternelle. Nous ne retiendrons que la notion « vallée de larmes » avec ses épreuves opposées à « maison de mon Père »où l’on goûtera à un bonheur infini. Ainsi, quand nous lisons certains poèmes de cette époque, nous ne manquons pas de constater une similarité avec les cantiques traduits ou composés par les missionnaires. Mais, même quand la poésie s’était plus ou moins démarquée de l’influence de la religion chrétienne pour traiter des thèmes profanes, elle a toujours gardé certains thèmes comme celui qui nous intéresse ici, l’exil. L’homme n’est qu’un passant sur terre, sa vraie patrie est ailleurs, auprès de son Créateur. Ce qui va en quelque sorte à l’encontre de la pensée du Malgache qui croit qu’un double du monde terrestre l’attend à sa mort, où il sera accueilli par ceux qui l’avaient précédé, les ancêtres.
1 Dox, Folihala, Antananarivo, Tranom-printim-pirenena, 1968, p. 194.
2Ibid., p. 193.
4L’homme sur terre est donc en condition d’exil. Ainsi, Dox (1913-1978), nom de plume de Jean Verdi Salomon Razakandrainy, dans son poème intitulé « Izaho » (Moi)1, se demande : « Nahoana aho no voafantsika eto antany tsy ho taniko ? »(Pourquoi suis-je cloué à ce monde qui n’est pas le mien ?). Et il répond dans un autre poème, « Sambo ho aiza ?… ” (Où va ce navire ?…)2 :
Misy angamba any tany Ho fonenan’ny vinany… Ho tany hafa voninkazo Sy hafa vorona mivazo !
Quelque part, peut-être, une terre Où s’abritent les songes… Une terre avec des fleurs inconnues Et d’autres chants d’oiseaux !
3 Extrait du poème de Ny Avana Ramanantoanina intitulé « Eritreritra » (Méditations), publié dans le (...)
5Pour terminer, nous pouvons citer ces deux extraits de poèmes. Le premier de Ny Avana Ramanantoanina (1891-1940)3:
Toa sompatra, ho’aho, itony vintana Nametraka antsika eto an-tany! Nahoana raha teny amin’ny kintana ? Izay sambatra hihoatra an’izany ? Nahoana raha teny amin’ny rahona ?
Que le destin est cruel De nous avoir installés sur cette terre ! Pourquoi pas sur une étoile ? Nul bonheur n’en serait comparable Pourquoi par sur un nuage ?
4 Extrait du poème « Izay ho feoko eo am-pialana aina » (Ce que sera ma voix au moment de l’agonie), (...)
Et le second du poète Samuel Ratany (1901-1926)4 :
Fa any no misy an’ilay Paradisa, Ary tsy misy mahory na sento Miesora e ! ry hany minitrako sisa, Fa ny any toerana solon’ny eto.
Là-bas est le Paradis, Là-bas ne sont connus ni les souffrances ni les pleurs Passez ô mes ultimes minutes, Là-bas remplacera ce qui est ici
6Mais cette forme d’exil, comme nous l’avons dit, n’est pas réelle. Elle n’est que le fruit de l’imagination ou de la conviction philosophico-religieuse de l’homme, car elle n’empêche pas l’homme de vivre sa vie dans sa quotidienneté. Pour certains poètes, l’exil imaginé n’est que la transcription de l’eschatologie décrite par la Bible. Ainsi, ils souscrivent volontiers à l’idée que l’homme n’est qu’un étranger sur terre, un passant, et que la vraie Patrie est ailleurs.
5 Il s’agit de l’insurrection anticoloniale qui a éclaté dans la nuit du 29 au 30 mars 1947. Pour l’a (...)
7L’emprisonnement nous offre un autre aspect de l’exil imaginé. Lorsque le poète Jacques Rabemananjara (1914-2005) (Taurand 1999) fut arrêté à la suite de l’affaire de 19475, il fut d’abord enfermé à la prison d’Antanimora à Tananarive, où il composa son célèbre poème « Antsa », avant d’être transféré à la maison de force de Nosy-Lava puis en métropole. Le poète était coupé de ses racines, isolé de ses compatriotes. L’exil, pour le Malgache, est d’être séparé de son groupe, quelle que soit la distance. On interprète « Antsa » comme le testament politique de Jacques Rabemananjara, mais il est avant tout, à notre avis, le cri de détresse de l’exilé qui veut à tout prix maintenir le contact avec sa terre bien-aimée. L’exil est solitude et, dans « Antsa », tout évoque la solitude : « le cercle étroit de la prison », « les murs et toutes les barrières et toutes les consignes », « la vaine étreinte des horizons », « les confins des tourments » ; « Et sur la piste des savanes, / Nul, nul pâtre à l’œil du voyant / ne vous mènera boire / à la fontaine de mille ans. »
8Nous ne nous étendrons pas sur ce cas, car d’autres poètes comme lui ont fait par la suite l’expérience de l’emprisonnement pour diverses raisons. À titre d’exemple, Rado (1923), de son vrai nom Georges Andriamanantena, parce qu’il a osé, avec son frère Célestin Andriamanantena, par le biais de leur journal Hehy (Rire), tenir tête à l’administration et, avant lui, le poète et journaliste Ralaiarijaona, auteur du recueil intitulé Kalo-tany (Chants de là-bas), c’est-à-dire de la prison d’Antanimora où il fut incarcéré en 1953.
9Dans ces différents cas, il n’y a donc pas d’exil physique parce que les intéressés étaient toujours sur leur sol natal ; pourtant, les poètes vivaient ces isolements comme un véritable exil.
6 La société secrète VVS ou Vy, Vato, Sakelika, (Fer, Pierre, Ramification) se proposait de préparer (...)
10Mais dans l’emprisonnement, il existe aussi un exil effectif comme le cas de Ny Avana Ramanantoanina. En 1913, il adhéra à la société fondée par des intellectuels, la VVS6, et fut arrêté avec d’autres écrivains, comme Ratsimiseta, Ramangamalefaka et Rodlish, et exilé à Mayotte puis aux Comores. L’exil imaginé de Rabemananjara qui a donné lieu à l’écriture de « Antsa » et d’un autre poème « Antidote » devint exil effectif par son transfert au bagne de Nosilava et dans la prison des Baumettes à Marseille. Quant à Ny Avana, son séjour à Mayotte lui a inspiré des poèmes d’une sensibilité presque inégalée dans la littérature malgache.
7 Dans Dinitra (Sueurs), Antananarivo, Impr. Spéciale Hehy, 1973, p. 143.
11D’une certaine manière, l’obligation d’adopter une autre langue, en l’occurrence le français pour le cas malgache, dans l’expression de ses désirs, de ses pensées et de ses sentiments, est perçue comme une façon d’écarter l’homme de sa terre, de rompre le lien qui l’y attache, en créant une distance. Et le fait d’en user contre les interdictions apparaît comme l’expression d’une révolte en imposant son identité. La langue est la seule « chose » que la colonisation n’a pu aliéner. Dans son poème, dont le titre est déjà suffisamment explicite, « Vahiny » (Étranger), Rado écrit7 :
F’eto an-tanindrazako aho, nefa tenin’olon-kafa no takina mba ho haiko vao mahazo anjara asa hamelomako ankohonana … …
Je suis au pays de mes ancêtres et pourtant on exige de moi, si je veux trouver un emploi pour subvenir aux besoins de ma famille, de connaître la langue d’autrui… …
12Certains écrivains optent pourtant pour la langue française au motif, entre autres, que cette langue leur permette de s’épancher et d’exprimer ce qui n’est pas possible en malgache. Or, les oeuvres de grands poètes et écrivains malgaches prouvent le contraire : elles témoignent de la capacité de la langue malgache à exprimer même ce que d’aucuns considèrent comme « inexprimable ». En ce qui concerne les romans, les oeuvres d’Emilson Daniel Andriamalala (1918-1979) ou de Maurice Rasamuel (1886-1954) ne peuvent que confirmer cet état de fait.
13Sur ce dernier point, le débat reste ouvert. Il y a beaucoup plus de subjectivité que de raisons vraiment fondées.
14À côté de cet exil imaginé existe un exil vécu. La raison en est multiple. Nous nous contenterons ici d’en survoler deux : la quête de subsistance et de savoir et la fuite.
15Si dans la littérature en général, on parle d’exil quand un homme quitte son pays d’origine pour s’installer ailleurs, le sentiment d’exil étreint le Malgache même quand il ne se rend que dans une autre région plus ou moins éloignée de la sienne. Ainsi, un Merina qui est obligé de s’installer hors de sa région, et quelle que soit la douceur du pays qui l’accueille, est sujet à la nostalgie de sa terre natale.
16Les romans nous font rencontrer ces Merina qui, pour des raisons liées à la recherche de subsistance (dans la plupart des œuvres du romancier Emilson D. Andriamalala), ont quitté leur Imerina natale pour s’installer définitivement dans les contrées lointaines. Après quelques années, ils sont alors appelés valovotaka. Mais où qu’ils se trouvent, ils gardent toujours leurs traditions et leur parler.
8 Paru en feuilleton dans le journal officiel Vaovao Frantsay-Malagasy, à partir du 30 novembre 1906. (...)
9 Tananarive, Bibliothèque nationale, 1967.
10 Antananarivo, Libr. Mixte, 1972.
11 Écrit en 1928, le roman L’Interférence est publié par Hatier, lors de la commémoration du cinquante (...)
17Dans le roman d’Alphonse Ravoajanahary, Andraozikely (Au-petit-rosier)8, Ravoninjatovo, ne supportant pas de ne pas pouvoir se marier avec celle qu’il aime, décide de tout quitter, son village et ses parents. De même, dans un autre roman du même auteur, Tao anatin’ny sarotra (Au cœur de l’adversité)9, Rafakatro, originaire de l’Imerina, condamné pour un délit dont il n’était pas coupable, décida de se retirer aux confins de la région tanala. Le père de Rivo, dans Taolambalo (Huit os) de Emilson D. Andriamalala10, opta pour l’exil afin de sauvegarder l’existence de son fils et de sa femme. Enfin, dans le roman de Jean-Joseph Rabearivelo, L’Interférence, c’est un conflit politique qui a été la cause de l’exil d’Andriantsitoha11.
18Mais, voulu ou non, l’exil s’accompagne toujours d’un fond de regret comme l’exprime ce dernier personnage :
— Que n’ai-je pu emporter jusqu’au tombeau de mes parents et jusqu’à la maison qu’ils m’ont laissée ! Ces liens, en laissant leur bout, m’attachent encore à cette terre !
12 Antananarivo, Libr. Mixte, 1972.
19La fuite n’est pas toujours une solution au problème qui se pose. L’appel du pays natal reste vivace dans le cœur de chaque exilé. Certains finissent par réintégrer leur pays d’origine, d’autres pas. Le souhait des parents et amis ne se réalise pas toujours, l’exilé peut mourir au cours de son voyage. S’ils ne sont pas en mesure de faire le chemin du retour, la famille s’évertue à les rapatrier afin de les inhumer dans la tombe ancestrale. C’est le thème principal de Taolambalo d’Emilson D. Andriamalala, mais nous voyons aussi transparaître, dans la description faite d’une cérémonie d’exhumation dans Zazavavindrano (La naïade), du même auteur12, la volonté qu’ont les Malgaches de ramener dans son pays natal un parent mort au loin. Dans Andraozikely, c’est le père de Ravoninjatovo qui fait le voyage afin de ramener les corps de son fils et de la fiancée de ce dernier.
20En guise de conclusion à ce court propos, il convient de souligner que l’exil en tant que tel n’est pas ouvertement décrit par le poète. Il s’attache surtout à en exprimer les effets, les sentiments qu’il ressent au moment précis où il est assailli par les souvenirs. Un « rien » suffit à éveiller en lui la nostalgie : la couleur du temps, un vol d’oiseaux, un voyageur de passage… Tout s’efface alors devant lui, il se remémore son village, sa famille et ses amis. Il se lamente ou égrène un collier de questions auxquelles pourtant il n’attend pas de réponses. Comme ce sublime questionnement de l’exilé dans ces vers de Jacques Rabemananjara :
« Quel temps fait-il là-bas en amont de l’Ivoundre où j’ai planté des flamboyants Et de quel gazouillis bercent-elles le soir les bergers du Kamour, Les sarcelles des mois votifs ! »
21où il se lance dans une évocation qui, parfois, ne correspond plus à la réalité sur place comme, du même poète, dans Lyre à sept cordes :
Là-bas, c’est le soleil ! C’est le bel été, caressant et tropique !
…………………………………………………………………
Tu t’émerveilleras de voir des oiseaux blancs, plus blancs que neige et nacre, escorter, vigilants, des berges de l’Alaotre aux rives de l’Ikoupe, la génisse nomade aux yeux de pleine lune aussi beaux qu’une coupe. Et vois-tu le long des buissons, les fiers taureaux aux lentes marches graves comme des rois vénérés comme des patriarches ! …………………………………………………………..……….. »
22L’exil peut être bénéfique à la création comme, il peut, vécu longtemps, couper l’écrivain de ses racines. Ses œuvres, dans ce dernier cas, n’ont plus ces particularités qui les identifient au pays d’origine. Le ressourcement est donc une nécessité pour un écrivain qui veut être le porte-parole de sa Patrie.
23L’étude thématique des œuvres poétiques d’un pays permet de mettre en évidence les problèmes spécifiques à son type de société ainsi que la façon dont ils sont appréhendés ou vécus, de tracer une esquisse de l’identité non seulement des poètes qui produisent ces œuvres, mais aussi du peuple auxquels ils appartiennent.
24Nostalgie signifie en malgache embona et/ou hanina. Synonymes, ces termes sont utilisés séparément ou liés sous forme de métabole. Bien qu’il n’y ait pas de gradation, ils ont la même valeur notamment dans le domaine poétique. Toutefois, les poètes malgaches se servent plus souvent du mot hanina comme titre de leurs poèmes. À cette notion de nostalgie vient se confondre parfois celle du souvenir (fahatsiarovana, tsiaro ou tsiahy). Les poèmes intitulés « Tsiahy » ou « Tsiaro » sont relatifs aux embona et hanina, et inversement. En effet, dans la nostalgie, il y a au départ ou quelque part le souvenir et la réminiscence.
25Le peuple malgache est un peuple, dans sa grande majorité, venu d’ailleurs. L’historien et linguiste Dama-Ntsoha (1885-1963), dans son article intitulé « Signification de l’histoire malgache » (1962), écrit : « Les ancêtres des Malgaches actuels ne rencontrèrent pas dans l’Ile une opposition d’autochtones, l’Ile leur a été donnée comme une Terre promise. »De son côté, le poète Jean-Joseph Rabearivelo écrit dans un de ses premiers recueils, Volumes13 :
Une légende obscure est vaine nous rallie Race éteinte d’Emyrne au bois découronné A l’archipel lointain de la Polynésie.
14 Extrait du poème, sélectionné par Régis Rajemisa-Raolison et Flavien Ranaivo (1948 : 14-15).
26Au lieu de reprendre les éléments de l’histoire du peuplement de l’île, nous nous contenterons de citer un poème de Jacques Rabemananjara intitulé « Paysage »14 :
Alors, ô paysage aride d’Iarive, Un transport nostalgique attise mes ardeurs ; Je sens m’envelopper le charme d’une rive Où les oiseaux marins, poursuivants des splendeurs, Élèvent leur essor pour des îles de rêve Et laissant derrière eux comme des souvenirs Tomber des sables blancs que leurs pieds sur la grève Ont cueillis le matin avant de partir… Des brises de chez nous mon âme en feu s’imprègne, Les multiples regrets des féeriques tableaux, Des couchants solennels, qui dans l’onde se baignent, Réveillent dans mon coeur le mirage des flots… Je réentends les chants d’adieu sur les carènes, Les vains bruits des mouchoirs agités sur les ports, L’espace frémissant de sanglots des sirènes Et les derniers baisers que l’on échange au bord…
27Bien actuel ce poème. Pourtant, les mêmes sentiments avaient, sans aucun doute, remué ceux qui, partis des côtes de l’Indonésie, de Malaisie, de l’Inde ou d’une rive inconnue d’Asie, foulèrent un jour lointain le sol malgache. Nous ne pouvons pas dire exactement à quelle époque les Protomalgaches ont mis les pieds sur l’île, mais nous pouvons ressentir les sentiments divers qui les avaient certainement secoués en arrivant : ce qu’ils laissaient derrière eux, un pays qu’ils ne retrouveront plus, les êtres chers, un passé définitivement révolu, une partie d’eux-mêmes. Mais ils étaient encore là-bas bien que leur coeur se fût déjà attaché à la beauté sauvage du nouveau rivage foulé par leurs pieds. Le professeur Prosper Rajaobelina (1913-1975), dans son article sur « La nostalgie dans la poésie malgache » (1948), écrivait : « Les Malgaches sont des déracinés ; leurs ancêtres ont quitté la Malaisie il y a des siècles et l’âme malgache en peine se souvient de ces terres lointaines qui avaient jadis nourri ses aspirations et ses aspirations. »Dédoublés, tiraillés entre les souvenirs de ce qu’ils ont laissé et ce qui les appelle, nous imaginons que, malgré tout, c’est la nostalgie qui, pendant longtemps, va les habiter, un mélange doux amer de regret et de contentement. C’est ce paradoxe qui a donné naissance à ce que nous appelons actuellement la nostalgie, à travers les notions aussi abstraites que any ho any (aux confins, ailleurs, quelque part), any am-pitan-dranomasina any (par-delà la mer), any ambadika any (loin là-bas, de l’autre côté), c’est la mémoire qui s’emballe.
15 Paris, Présence africaine, 1956, p. 74-75.
28La nostalgie pourrait donc être considérée, au départ, comme l’expression d’un attachement à un pays perdu — irrémédiablement perdu —, mais non effacé de la mémoire, idéalisé, devenu un pays des souvenirs, des rêves, et, par voie de conséquence, un pays mythique. C’est ce pays, dorénavant situé loin dans l’espace et dans le temps, qui fera l’objet de cet attachement, de l’expression de l’exil, volontairement ou non. Toutefois, très peu de poèmes parlent de cette époque. Les seules références poétiques que nous pouvons évoquer sont dans la tragédie de Jacques Rabemananjara, Les boutriers de l’aurore, qui retrace l’arrivée des boutriers à Madagascar venant du Sud-Est asiatique, peut-être des côtes indiennes. Du même poète, nous lisons dans son recueil Lamba les vers suivants15 :
La voile de mon boutre hanté par le regret des lointaines genèses… O pirogue toi-même et chargée à craquer au milieu de la baie, porteuse du trésor péremptoire des dieux qu’on embarqua jadis d’un atoll antarctique ma cargaison d’amour glacé d’encens et de gingembre sidéral fleurant l’odeur du pôle et des algues étranges, toute une somme de richesse inconnue encore des mortels !
16 Massif central dominant l’Imerina à 60 km au sud-ouest de Tananarive. Dans la littérature, les Malg (...)
17 Massif du sud de Fianarantsoa, le second sommet de l’île après le Tsaratanàna, dont le point culmin (...)
18 Grand village à 20 km au nord de Tananarive, célèbre pour avoir été, depuis le règne du roi Andrian (...)
19 Lac pittoresque à 18 km à l’ouest d’Antsirabe, constitué par un ancien cratère de volcan. C’est un (...)
29Bien que « le regret des lointaines genèses », du « boutre obsédé du retour aux pays d’origine » soit atténué, la nostalgie d’un ailleurs s’est accrochée à l’âme malgache, mais orientée vers d’autres lieux devenus plus ou moins mythiques : Ankaratra16, Andringitra17, Ambohimanga18, Tritriva19, par les légendes qui s’y rattachent ou par leurs histoires.
30Les hain-teny nous en donnent déjà de multiples exemples :
Midona ny orana any Ankaratra aky tsipelana ny any Anjafy Tomanitomany Razanaboromanga Mitokaka Ratsimatahotody Raha todim-paty koa aza manody Fa raha todim-pitia manodiava Fendrofendron’antitra : Ankaratra ihany ; Sentosenton’ny manina : Ankaratra ihany !
(Tononkiran’ny Ntaolo) Il tonne dans l’Ankaratra L’orchidée fleurit à Anjafy Pleure, pleure le petit de l’oiseau bleu Ricane qui ne craint le châtiment Châtiment de mort qu’il en soit épargné Châtiment d’amour qu’il soit exécuté Complainte de l’ancien : c’est Ankaratra Soupirs du nostalgique : c’est Ankaratra (Chanson des Anciens)
31Dans la plupart des hain-teny, Andringitra est associé à Ankaratra. Nous pouvons y trouver le symbole du pays lointain abandonné et du pays habité, séparés par l’océan (ici le vaste marais de Betsimihafa) qui empêche tout rapprochement (Dahle 1962 : 288) :
Ô ! Andringitra ô ! Andringitra anie ka saro-javatra, Tsy Andringitra re no saro-javatra, Fa hianao no tia katsakatsaka. Raha ampanga diso an’Andringitra, Herintaona manakana hianao, Ka tovi-tanana ihany ! Ny ranomason’Andringitra, Sy ny ranomason’Ankaratra, Malahelo mba te hihaona, Kanjo eferan’i Betsimihafa. Voatsiary ilaiko aminao izany ; Mananasy tsy mihoatra an’Andringitra.
O ! Andringitra, Andringitra est redoutable, Ce n’est point Andringitra qui est redoutable, C’est toi qui est trop curieux. Une fougère égarée loin d’Andringitra, Une année entière tu te battras, Les larmes d’Andringitra, Et les pleurs d’Ankaratra, Tristes ils veulent se rencontrer, Mais sont empêchés par Betsimihafa. Ce sont là des graines qui n’existent pas que je cherche auprès de toi ; Un ananas ne dépasse pas Andringitra.
32Ce désir d’Andringitra et d’Ankaratra de se rencontrer contient l’essentiel de la nostalgie malgache. Sans doute parce que ces deux massifs limitent la vue et éveillent le désir de voir ce qu’il y a au-delà. Mais il est évident que ce n’est pas la seule cause. Dans la mesure où la nostalgie est un sentiment universel, comment peut-elle être affublée de l’adjectif malgache ? Ou, tout au moins, quelle est sa spécificité à travers l’âme malgache ? C’est la question à laquelle il faut répondre. La difficulté réside dans le fait que la nostalgie se définit, d’une manière générale, à travers ses manifestations, ses expressions. Dans son anthologie Takelaka notsongaina (Pages choisies), le professeur Siméon Rajaona nous présente une étude assez complète du embona et du hanina en tant que thèmes récurrents de la poésie malgache. Toutefois, il n’en donne pas une définition précise. Est-ce à dire que la nostalgie est indéfinissable ?
33Dans son livre Mythologie de la saudade (1997), Eduardo Lourenço écrit : « Les Portugais sont tellement habités par le sentiment de la saudade qu’ils ont renoncé à la définir ». Cette constatation peut aussi s’appliquer au rapport qu’ont les Malgaches avec le embona et le hanina. Le professeur Pierre Vérin (1990) a fait, à juste titre, un rapprochement des deux formes de nostalgie, mais il aurait été tout aussi possible de rapprocher la nostalgie malgache du blues noir américain ou de la sehnsucht (nostalgie en allemand) que Jacques Taurand (1997 : 25), dans son livre sur Michel Manoll, traduit par « désir de revoir ». Les analogies sont dans la forme, dans l’expression de ce frémissement de l’âme. Elles sont distinctes quand on en recherche les origines, lorsque l’on tente de capter les teneurs respectives des nostalgies, ainsi que leur enracinement dans le vécu historique des peuples concernés.
34Sur le plan historique, la nostalgie malgache se nourrit des événements qui ont brutalement marqué l’histoire de la Grande Ile : les expéditions merina à travers l’île, le choc de l’annexion française en 1896 et les changements imposés par la colonisation, la répression de 1915 dans l’affaire de la VVS, les massacres lors de l’insurrection de 1947, les périodes de grandes épidémies comme la peste, la fièvre jaune, etc. La plupart de ces événements avaient entraîné la séparation des êtres : déportations, exils, fuites, quarantaines, décès et éloignement de la terre natale et de la tombe des ancêtres.
35La nostalgie peut donc être perçue comme une réaction à ces événements, comme une manière de supporter la fatalité, l’inexorable, l’irréversible. L’un des plus anciens chants sur la nostalgie est sans doute celui dédié à Ratsida. Ratsida était un soldat qui avait participé à l’annexion de l’Ikongo sous le règne du roi Radama I (1810-1828) ou de la reine Ranavalona Ire (1828-1861). Ces deux monarques avaient essayé vainement de conquérir le village de l’Ikongo. Ratsida y avait péri. Son corps ne fut pas retrouvé. Une chanson populaire a été composée en sa mémoire et une stèle dressée à Isoanierana, comme dit la chanson, au sud d’Itsimbazaza. Ce qui est inconcevable pour un Malgache n’est pas de mourir, mais de ne pas intégrer la tombe familiale. La tombe, dans cette chanson, est classée parmi les êtres attachés à Ratsida, comme sa famille, ses amis, ses terres :
Manao ahoana ny fasany? Ny fasan-dRasida Very fanantenana. Tsy nidiran’ny efa sahirana ……………………………….
Comment est sa tombe ? La tombe de Ratsida A perdu tout espoir De voir entrer celui qui avait sué eau et sang Pour la bâtir. ……………………………….
36La plupart des poètes ont chanté, à un moment ou à un autre, l’emprise de la nostalgie. Les situations historiques permettent parfois d’expliquer certains poèmes qui n’avouent pas ouvertement l’objet précis de la nostalgie. Le poète Ny Avana Ramanantoanina peut être considéré comme le chef de file de ceux qui ont manifesté avec beaucoup de passion et de conviction l’attachement au pays des ancêtres. Il a su donner à la nostalgie une valeur de contestation, en y intégrant des messages d’espoir, et en faire un chant d’action. La langue malgache se prête d’ailleurs admirablement à l’expression des sens cachés : double sens, faux sens, contre sens ou mots codés. D’autres poètes excellent dans l’exploration des sources où s’abreuve la nostalgie et pour exprimer le frémissement de l’âme du nostalgique.
37Comme dans ce poème de Ny Avana intitulé : « Midona moramora » (Il tonne doucement) :
Midona moramora Ny any Ankaratra any ; Manembona isan’ora Izay mandre izany.
Manombana ho avy Ny any Ambohimanoa; Ny ranomasoko avy No indray mirotsa-droa.
Maneri-takariva Ny eny Andringitra eny; Ka dia « Mahatsiahiva » No voalohan-teny.
Tataovan-draho-manga iarivo indraindray; Ireny miampanga Fa manina izahay
Il tonne doucement dans l’Ankaratra ; soupire à chaque instant celui qui l’entend.
Il menace de pleuvoir là-bas à Ambohimanoa ; mes larmes sans le vouloir coulent de mes yeux.
Il bruine dans le soir là-haut dans l’Andringitra ; « Souviens-toi » est le premier cri d’émoi.
Des nuages bleus planent sur Iarive parfois ce qui révèle que nous sommes nostalgiques.
20 Dans : Terre promise, Antananarivo, éd. Revue de l’océan Indien, 1988, p. 87-88.
Ou encore, plus récent, ce poème d’Andrianarahinjaka, « Nostalgie »20 :
Nostalgie ! Nostalgie ma demeure et mon voyage.
Nostalgie, mon voyage, mon beau voyage triste, ma randonnée sans fin vers la contrée d’enfance.
C’est le royaume enchanté par où rôdent nos songes, pris au renom d’un bonheur toujours à portée de rêve.
Nostalgie, mon beau navire, ma nef toute flamme, mon long courrier tout feu croisant sur la route du Destin.
Nostalgie, mon repaysement, mon voyage merveilleux jamais achevé. Nostalgie mon mal à l’âme.
38Sur le plan psychosociologique, l’enracinement de la nostalgie dans l’âme malgache peut être étudié à partir de la conception malgache de l’attachement à la terre des ancêtres, à la famille et au groupe, ainsi que de la notion de la mort et de l’au-delà.
39L’homme malgache est un sédentaire dans l’âme, par atavisme, un homme fixé sur la terre qui lui a été promise. Le lien existant entre cette terre et la tombe familiale est mémorisé par l’importance de la généalogie. Chaque enfant devrait connaître le lien qui l’attache à ses ascendants, d’où l’obligation pour chacun de revenir sur la terre des ancêtres, où que le hasard l’ait conduit et les impératifs de l’existence, pour se ressourcer. Quand on demande à un Malgache d’où il vient, il donne automatiquement le nom du lieu où se trouve le tombeau de ses ancêtres (Molet 1979). La connaissance de l’emplacement du tombeau permet de situer socialement l’interlocuteur à qui l’on a affaire et de savoir comment se comporter vis-à-vis de lui. Le tombeau est considéré comme une seconde résidence où l’on passera l’éternité. Ne pas avoir une maison est supportable, ne pas avoir une tombe est inimaginable. Il n’y a pas de confusion possible entre la terre des ancêtres et la terre natale, il y a une dizaine d’années encore. Nous pouvons étudier ce problème notamment sur la situation de certaines grandes familles aristocratiques malgaches. Le lieu où s’était installé l’ancêtre devient, au fur et à mesure, que se développe la famille, un village composé de personnes issues de la même souche ancestrale. La tombe des ancêtres est située au milieu du village, comme un centre autour duquel tout doit tourner. Tous les membres de la famille essaient autant que possible de ne pas s’en éloigner. Une famille au moins devrait y rester pour la garder et l’entretenir, afin qu’elle ne devienne comme celle de Ratsida, abandonnée et couverte d’herbes folles :
Manao ahoana ny taniny ? Ny tanindrazan-dRatsida Lava vero amana ahitra, Ary foana olom-pivory, Fa izy maty nanafika re !
Comment sont ses terres ? Les terres des ancêtres de Ratsida Sont couvertes d’herbes folles Personne ne s’y rassemble, Car il est mort au combat !
21 Sylvia Hanitra Andriamampianina, Miangaly ou l’Ile en plainte, Tananarive, Foi et Justice, 1994.
22 Tananarive, Libr. Mixte, 1999.
40Comme la tombe, la terre a une sensibilité qui l’attache à l’homme. Une jeune romancière21 a donné comme sous-titre de son premier roman Ile en plainte, et pour l’écrivain Andry Andraina, un titre significatif : Mitaraina ny tany (La terre se plaint)22. La terre souffre autant que l’homme de la séparation et des mauvais traitements qui lui sont infligés. La terre est vivante et c’est en tant que telle qu’elle peut susciter la nostalgie. Une réciprocité de sentiments s’impose dans la nostalgie. Il y a dans cette référence à la terre une corrélation avec ce que Lacan appelle « matrice symbolique ». La terre mère, la seule et l’unique, bien qu’on ait suggéré aux Malgaches comme aux autres peuples colonisés de considérer la France comme la mère bien-aimée (reny malala). Esprit de Du Bellay récupéré par la politique.
41Durant l’époque coloniale, cet attachement à la terre natale s’exaltait à travers l’idéalisation de l’ancienne monarchie ou, pour être plus juste, du temps des ancêtres. C’est le sentiment de se sentir étranger dans son propre pays qui nourrit la nostalgie du poète malgache. Rien ne prouve que le passé est meilleur par rapport au présent, mais ce qui a été enlevé par la force prend une valeur particulière. Le fait est que le présent imposé n’est pas satisfaisant, car, comme dit l’adage : « Le lait qu’on emprunte n’est jamais assez crémeux ». Le pays est bien là sans être là, car on y vit d’une manière différente de celle qu’on aurait voulu. On doit se conformer à des règles nouvelles. L’autochtone se sent étranger dans son propre pays. Le poète Rado, dans son poème intitulé « Vahiny » (Etranger) cité plus haut, l’exprime clairement. Bien que maîtrisant le français, comme tous ceux de son époque, Rado n’écrit que des poèmes dans sa langue natale. Ainsi, comme le pense Ny Avana, la nostalgie n’est pas une vaine contemplation d’un ailleurs, d’un passé révolu, elle est l’expression d’une contestation de la situation présente.
42Que représente effectivement ce passé ? Nous devons distinguer le sentiment individuel du sentiment collectif. Dans le premier cas, l’homme ressent la nostalgie de son enfance, du bonheur vécu auprès des siens (grands-parents, parents et amis, etc.), de la vie sans tracas. Les moments parfaits comme le chante Rabearivelo :
Nankaiza hianao, ry lasa, nankaiza no antsoina nefa ako iray malemy no sisa mba mamaly sy manoina ?… — Manoina sy mitondra ny hiranay omaly efa zary sentosento, mifangaro ranomaso. ………………………………………………… O ry lasa, ô ry lasa, ô ry lasa mba andraso : Henoy ny manjo ! O ! ny hiranay fahiny, sambo feno voninkazo, nampamerovero saina, nanamanitra ny dia… Dia halazo ? Hery feno namakiana ny onjan-drano izay maria, toky sady niankinana ary koa mba nantenaina fa hampita hatraminao, ry helo-dranom-pifaliana…
Où tu es, ô passé, où tu es, je t’appelle et seul un faible écho me répond et me revient ? — Me revient en rapportant notre chant d’hier devenu soupir, mouillé de larmes ! …………………………………… Ô passé, ô passé, ô passé, attends Comprends ma peine. Oh ! notre chant d’autrefois, un navire orné de fleurs, parfumant l’âme, embaumant le chemin… Va-t-il se faner ? Force intacte après une longue traversée, assurance et soutien, mais sur qui on espérait mener jusqu’à toi, ô baie de bonheur.
43Ce qui importe le plus c’est que ce passé avait vu tous les membres de la famille encore présents, épargnés par les décès successifs et les départs. Et c’est l’écrivain Rodlish qui nous le rappelle :
Tsarovana manko ny andro fahiny, niaraha-nifaly sy feno korana ………………………………….
Je me souviens des jours anciens Quand ensemble nous partagions joies et bonheurs.
vers auxquels répond le poète Eliza Freda dans « Vetsovetso takariva » (Méditations du soir) :
O ! ry Kintana, ombay manatrika aho, mila tsy ho very dia, ka iresaho! hianareo no solon-kava-mahatratra hilazako ‘zay mba zavatra mihatra.
Ô Étoiles, accompagnez-moi J’ai du mal à me distraire, parlez-moi Vous remplacez les parents À qui je racontais mes tourments.
44Ce dernier vers nous rappelle que ce ne sont pas uniquement les jours heureux qui sont source de nostalgie, mais même les malheurs, les souffrances, rendent douce la nostalgie. La nostalgie de la maisonnée qui réunissait tous les membres de la famille et qui n’est plus que ruine ou abandonnée :
Le village où l’on s’était réjoui Est las et silencieux. Les bruits des charrettes Seuls quelque part… S’entendent dans le silence.
45Et avec les années viennent aussi les tracas, les malheurs, les séparations. Le poète se penche sur son passé pour y trouver un semblant de réconfort, y puiser l’énergie nécessaire pour faire face aux problèmes du quotidien. Rien ne ramène plus à ces moments bénis. La nostalgie est le fruit de cette désespérance.
46Sur un plan plus général, après 60 ans de colonisation, l’homme malgache se réveille et se retrouve dans un monde différent auquel il a du mal à s’adapter, ayant été obligé de porter des vêtements qui ne lui seyaient pas et dont il a pourtant du mal à se défaire. Sur ce point, la nostalgie malgache est plus temporelle que spatiale.
47Les 60 ans de colonisation semblent être un intermède qui n’a pas vraiment coupé la société nouvelle de l’ancienne. Le retour des exilés de l’affaire de la VVS de Comores, le retour des cendres de la dernière reine Ranavalona iii, le 31 octobre 1938, le retour des parlementaires inculpés à la suite de l’insurrection anticoloniale de 1947, libérés en 1960, pour ne citer que ces quelques dates, ont, à chaque fois, réveillé les souvenirs des anciens temps. La notion de retour revient bien souvent dans l’histoire de Madagascar comme des blessures qui incitent à remémorer le passé. Tout change : le mode de vie, les modèles ; la société s’organise autrement, mais le sentiment d’appartenance au monde du passé reste intact.
48Pendant cette période, l’homme malgache avait caressé l’espoir d’un avenir meilleur, mais la réalité a coupé court à cet espoir. Il doute sur ce que sera son avenir, et, sans avenir, on se raccroche aux souvenirs de son passé. Cet attachement du malgache au passé sera récupéré par les hommes politiques d’une manière ou d’une autre.
23 Extrait de la préface du recueil de poèmes Presque songes, par Jacques Rabemananjara (Tananarive, I (...)
49L’organisation de la société malgache est telle que l’individu n’existe vraiment qu’à travers le groupe. Il est avant tout homme de groupe. Tout ce qu’il entreprend confirme sa place au sein de la société, mais peut aussi l’en exclure ou nuire à la communauté. La nostalgie comme la mélancolie coupe l’individu de cette réalité. Plusieurs expressions synonymes sont utilisées par les Malgache pour désigner le nostalgique : lasam-borona, lasa ambiroa, lasa eritreritra, lasa vinany, (avoir le coeur et l’esprit au loin). Hors du cadre de la société, le Malgache se sent perdu et nostalgique, et éprouve le besoin de retourner auprès des siens ou de revoir son pays. Il lui est difficile de sortir du cercle archétypiquement clos de la famille, du village où se trouve le tombeau familial et, pour certains, de la nation, de l’île dans sa totalité. L’étendue du domaine dans lequel agit la nostalgie est équivalente à la capacité de l’homme à tendre vers l’universel. Pourtant, certains, même avec les contacts qu’ils ont réussi à établir avec le monde extérieur, restent prisonniers de la limite de la terre natale. Nous constatons, par exemple, chez Rabearivelo cet ethnocentrisme qui tend à limiter la nation, le monde, au strict territoire imernien et ne considérer dans ce cadre que ceux qui sont du même groupe statutaire que lui. Même son ami très proche Jacques Rabemananjara est contraint de le reconnaître23 :
C’est que dans sa ferveur régionaliste, Rabearivelo a pris soin de ne jamais tomber dans le borné ni l’étriqué du folklorisme : si sa passion de la terre merina enferme quelque peu ses créations et les situe dans des frontières précises, il a toujours su, par-delà les barrières, enrichir sa quête d’une chaleur humaine qui traverse et rompt les digues pour s’apparenter au rythme chaud des énergies cosmiques.
50Les critiques s’adressent à l’homme universel et non à l’individu. Car l’attitude de Rabearivelo vis-à-vis de son groupe statutaire d’origine est celle de la plupart des Malgaches. Quel que soit le sentiment qui le porte à l’universel, de par son éducation et son ouverture d’esprit, il n’en reste pas moins que ce qui importe avant tout pour le Malgache, c’est ce lien qui l’attache, dans le fihavanana (parenté), non seulement aux vivants, mais aussi et surtout aux ancêtres. Sous cet angle, la nostalgie est une expression plus ou moins négative du fihavanana : l’impression d’être tenu à l’écart pour une raison ou une autre.
51Dans son livre Le sacré et le profane, Mircea Eliade écrit :
La nostalgie des origines est donc une nostalgie religieuse. L’homme désire retrouver la présence active des dieux, il désire également vivre dans le Monde frais, pur et “fort”, tel qu’il sortit des mains du Créateur… … C’est la nostalgie de la perfection des commencements.
52Chez le Malgache, ce qui nous semble le plus important dans cette nostalgie des origines, ce n’est pas tellement de retrouver le Créateur, mais de rejoindre les ancêtres, de devenir un « saint » ou plutôt un « sage » parmi ceux qui l’ont précédé dans l’au-delà. Pour le Malgache, il y a une âme qui reste sur terre.
53Le roi Andrianampoinimerina avait dit avant de mourir : « C’est ma chair qui va être ensevelie, mais mon âme et mon esprit resteront auprès de vous et de Damalahy » (son fils). De quelle âme s’agit-il ici ? Soulignons que le Malgache distingue trois sortes d’âmes, celle qui s’attache à l’être vivant, celle qui est liée directement au mort (ancien ou récent) et, enfin, celle qui s’est libérée du corps et est devenue un être divin. Dans l’expression d’Andrianampoinimerina, nous opterons pour cette dernière définition. Les premiers missionnaires chargés de la traduction de la Bible avaient d’ailleurs eu quelques difficultés à choisir le terme exact qui exprimerait l’âme dans le sens biblique du terme. En effet, comme le Français, le Malgache dispose d’un lexique très étendu pour désigner ces éléments immatériels qui s’attachent à l’être humain. C’est vers cette âme que tend la nostalgie. Le mot « âme » se rencontre souvent dans la poésie malgache ; elle établit ou rétablit le lien avec les ancêtres. Dans son poème dédié à son amie et poétesse Esther Razanadrasoa, Rabearivelo écrit :
Dors-tu, ou parles-tu avec nos amis qui t’avaient devancée dans l’Inconnu ? Que divine a dû être votre nouvelle rencontre Au bord du fleuve que nous n’avons pas encore passé !…
54La nostalgie des origines est plus flagrante chez Rabearivelo bien qu’on la rencontre aussi chez beaucoup de poètes malgaches. Il s’agit d’affirmer la filiation, de perpétuer le souvenir des ancêtres.
55Les origines ne vont pas plus loin que le temps des ancêtres, au-delà elles plongent dans les mythes.
24 « Misy… », Folihala, Antananarivo, Tranom-printim-pirenena, 1968, p. 187.
56Il ne s’agit pas dans la nostalgie d’évoquer la mort comme la destruction du corps, la limite de l’être, mais comme destruction de l’ordre social établi par le manque ou la fêlure qu’elle crée au sein de la société ou chez l’individu. Le poète exprime, en communion avec les autres membres de la société (parents ou amis), le regret du défunt. L’on peut citer, par conséquent, de nombreux poèmes en souvenir des décédés, comme celui de Rabearivelo, « Thrènes », ou de Ny Avana Ramanantoanina, « Ilay fasantsakaiza tiana » (La tombe d’un ami cher), jusqu’aux poètes contemporains comme Rado ou Dox. Voici de Dox un exemple de recueillement sur la tombe des êtres chers24 :
Misy takariva miavaka Noho ny alahelo aminy… Mampanainga tonom-bavaka, Vetsovetso tsy hita laniny… Izay jinery amin’iny Malava ny fisainana… Mahatsiaro ho mpivahiny Ny fo lanaky ny fiainana. Toa satry hahay miteny Mbamin’ireny bainga ireny Hitafana alahelo… Mandalo fasana ianao : Ny maro tahaka anao ao, Nody vovoka sy avelo…
Il est d’étranges soirs Par leur mélancolie… Invitant aux prières, À de longues rêveries… Ce qu’on voit à ces instants Éveille des pensées infinies… Le cœur las de la vie Se prend pour un passant. On souhaite que sachent parler Jusqu’à ces mottes de terre Pour échanger les tristesses… Parmi les tombes tu erres : Là sont nombre de tes frères, Devenus ombres et poussières…
57Même ceux qui n’attachent plus beaucoup d’importance aux rites du famadihana (exhumation, traduit littéralement en français par « retournement des morts ») semblent être encore liés aux traditions. Dans le roman Taolambalo, cité plus haut, E. D. Andriamalala fait dire à son héros (pp. 126-127) :
Nankahala ny famadihan’ny razana aho, sady sorena tamin’ireny !… Ary dia nanafatrafatra ny fianakaviana, mba hamela ahy hatory amim-piadanana eo amin’izay toerana hahalavoako, fa tsy hovilavilaina atsy, hasitrika aroa… Kanjo, nony maty Idada, tsy haiko ny hamela azy hitsingidina tao anatu fasika nianjerany, ary dia nanjary hetaheta zary filàna tato anatiko ny hitondra ny taolambalony ho ao am-pasandrazana.
Fifohazan’ny razambe mandry tsy lavo loha ato amiko nandritra ny arivo taona ve ? Fipoiran’ny maha- Malagasy sisa tsy matin’ny “fandrosoana” tandrefana va ?…
Asa!… fa nampiraisiko lamba izysy Itompokovavy Ineny, ary teo, ryJoely no nahatsapako fa IRAY Idadasy Ineny. Iray teo amin’ny Fitiavanaizy. Iray teo amin’ny fahavelomany. Iray hatramin’ny fahafatesana!… Ary ho iray mandrakizay…
Fahendrena kidaladala nipoitra tamin’ny tanintsika, tahaka ny nipoiran’ny zava-maniry eo aminy izany, ka izay hafa rehetra mifanohitra aminy, ampidirina ankeriny na an-kafetsena, dia voaozonko faty, na ho ela na ho haingana !
Je détestais le retournement des morts pratiqué par nos ancêtres, ça m’exaspérait… Aussi, j’ai bien recommandé à ma famille de me laisser dormir en paix là où je m’écroulerai, et ne pas me trimbaler à gauche et à droite pour m’enfouir ailleurs… Cependant, quand mon père mourut, je ne pouvais pas m’imaginer le laisser rouler dans le sable où il était tombé, et c’est devenu une soif, une obsession pour moi que de vouloir ramener ses os dans la tombe familiale.
Est-ce le réveil de l’ancêtre qui sommeillait depuis des milliers d’années en moi ? Résurgence de ce qui fait de moi un Malgache et que le progrès n’a pas effacé ?…
Je ne le sais !… En tout cas, je l’ai enveloppé dans le même linceul que feue ma mère, et c’est là, mon cher Joël, que j’ai pris conscience que Père et Mère ne font qu’UN. Un, dans leur Amour. Un dans leur existence. Un jusqu’à la mort !… Et seront Un à jamais…
C’est une sagesse un peu folle qui a surgi de notre terre, comme les plantes qu’elle recèle, et qui fait que tout ce qu’on impose par la force ou par la ruse, est destiné à disparaître, tôt ou tard !
58Cette « sagesse » n’est donc pas foncièrement fondée sur des principes raisonnés, mais est en l’homme, sans qu’il ait le pouvoir de la renier. Une tendresse indéfectible relie les vivants aux morts, à tous les morts, récents et anciens, précise Rabearivelo dans l’un de ses poèmes.
59Il ne s’agit pas uniquement d’évoquer les morts, ceux qui sont devenus des ancêtres, mais aussi de leur demander aide et protection. Vus sous cet angle, les poètes sont par-devers eux des possédés, c’est-à-dire ceux qui peuvent s’adresser directement aux ancêtres et rapporter leurs paroles. Mais une différence est à souligner. Les possédés des cultes ancestraux ne sont que les porte-parole des esprits et, de ce fait, ne s’engagent pas dans ce que dit l’esprit. Ils précisent souvent « hoy izy » (dit-il ou dit-elle), tandis que dans la poésie malgache, on rencontre souvent la formule « hoy aho, ho’aho » (dis-je). Il y a donc une reconnaissance pour soi de ce qui est « dit » ou « écrit ». le possédant ou la possédante (la déesse de la Poésie ou du chant, comme le désigne le poète Randza Zanamihoatra) se confond avec le possédé, le poète. Le présent du poète se confond avec le passé de l’esprit qui l’inspire.
60La notion de paradis est arrivée avec le christianisme. Il ne s’agit pas ici du paradis perdu, mais d’un paradis dont nul n’a encore goûté la perfection et qui existerait. À force d’en entendre parler, l’homme malgache a fini par y croire et créer pour soi une représentation plus vraie que la réalité, que le monde ici-bas. Ainsi deux au-delà se superposent ou se confondent souvent dans la poésie malgache : l’au-delà « païen » et l’au-delà éclairé par la lecture de la Bible et des livres religieux. Ce dernier semble avoir supplanté le premier, sauf dans des cas rares comme chez Rabearivelo qui écoute l’appel du Néant, de l’Inconnu. La nostalgie émaille même les cantiques religieux et plus précisément ceux qui sont écrits pendant la persécution des chrétiens, entre 1836 et 1861, sous la reine Ranavalona I. La plupart des poètes, en parlant pourtant de l’au-delà, ne font pas forcément référence au paradis des chrétiens. Ils évoquent l’inconnu au-delà des nuages.
61Ny Avana donne une dimension cosmique à la nostalgie par un dépassement de soi, pour l’intégrer dans le tout et par la divinisation ou, pour être dans la conceptualisation malgache, dans l’ancestralisation de l’être.
62Vue sous cet angle, la nostalgie est dans l’essence même de l’homme malgache. Elle ne peut donc se définir qu’à partir de l’expérience de l’homme. À partir du moment où il s’est rendu compte que la vie après la mort est plus importante (car étant plus longue) que la vie sur terre, il trouve normal que le lieu où se passera cette autre vie future soit le plus confortable
63possible et pouvant réunir la famille dans l’au-delà. La nostalgie procède donc de la peur de ne pas trouver sa place auprès des siens après la mort, dans l’au-delà et du questionnement sur place de l’homme dans l’univers, comme dans le poème « Izaho » de Dox déjà cité :
Inona eto an-tany aho, avy aiza no niaviako? ………………………………………………… Inona eto an-tany aho? Nofo fotsiny miaina Ka ny fifalian’ny nofo no hazaina dia hazaina ? Kanefa raha ho lo ny nofo, inona no sisa ho amiko ? Moa tsy mahalala aho fa ny nofoko hiraraka… Izaho Nofo… Izaho Fanahy : roa loha tsy mahay misaraka Nahoana aho no voafantsika eto an-tany tsy ho taniko?
Que suis-je sur cette terre, et d’où je suis venu ? …………………………………………………. Que suis-je sur cette terre ? Un simple corps qui vit N’aspirant qu’à la seule satisfaction de la chair ? Mais quand le corps viendrait à pourrir, que restera-t-il de moi ? Ne sais-je que le corps va tomber en poussière… Moi en tant que Corps… Moi en tant qu’Âme : deux entités inséparables Pourquoi suis-je cloué à ce monde qui n’est pas le mien ?
64Cet ailleurs peut donc s’imaginer comme un autre monde, celui que le même poète définit dans le poème « Sambo ho aiza », cité plus haut.
65Pour terminer, parlons des symboles de la nostalgie chez les Malgaches. L’importance donnée à la nostalgie se manifeste dans la multiplicité des symboles y afférant. Le plus courant, le valiha, une sorte de cithare tubulaire, fabriqué à partir d’un morceau de bambou, est l’instrument de prédilection du nostalgique. L’écrivain Flavien Ranaivo (1914-1999) le dit si bien dans le poème « Vêpres imeriniennes » :
Dans l’ombre s’élèvent Les accords magiques D’un valiha qui s’épanche Nostalgique.
66Par extension, le bambou d’où est extrait le valiha devient symbole. Rabearivelo le signale par le biais de son poème intitulé « Valiha » : « Ces bambous ne seront plus que des choses chantantes entre les mains des amoureux. »
67Mais d’autres arbres, propres à la terre malgache sont parfois pris en considération et utilisés par les poètes pour symboliser leur nostalgie. Par exemple, l’arbre voara (figuier), chanté par F.-M. Razanakoto dont la « vue inspire, aux rares passants / de ce lieu plein de mélancolie, / le regret d’une époque abolie. »De même que le ravinala, connu sous le nom évocateur d’« arbre de voyageur »… Aux arbres cités, nous pouvons ajouter certaines plantes qui, par leur discrétion dans la nature, leur fragilité, sont attachées à la nostalgie.
68De par leur capacité à se déplacer, des animaux entrent dans le bestiaire de la nostalgie, comme les ombimanga (zébus sauvages) : « Zébu perdu loin de la forêt je suis / J’ai la nostalgie des êtres aimés et je soupire. »
69Il en va de même pour l’arosy (oie de la côte de Coromandel), l’akanga (pintade) et le tsiriry. Ce dernier désigne à la fois une herbe et un petit oiseau (sarcelle), mais, dans les deux cas, il symbolise la nostalgie, comme dans ces vers de Eliza Freda, extraits du poème « Vetsovetso takariva » (Méditations du soir) :
Singan’olona toa very izany izaho, Ravin-kazo tafasaraka aman-taho, Tapak’ahitra entin-drano ka indrisy ! ‘Zay mba toeran-kitodiana toa tsy hisy!
Zana-borona manintsana elatra aho, Raiki-tahotry ny oram-be mitraho, Tsy mba zatry ny fanalan-keniheny, Ka maniry ny hombomban’ny ela-dreny !
Solitaire et perdu je suis Une feuille séparée de la branche Un brin d’herbe emporté par le courant Nul endroit où aborder.
Oisillon perdant ses plumes je suis Effrayé par l’orage qui gronde Pas du tout habitué aux froids des marais Je rêve d’être à l’abri sous les ailes de ma mère.
70Par ailleurs, nous retrouvons l’expression de la nostalgie à travers la toponymie. La plupart des lieux ayant des noms y faisant référence sont hauts situés, c’est-à-dire à un endroit qui permet de voir une dernière fois l’endroit qu’on quitte et qui fait apprécier le chemin restant à parcourir, comme Manerinerina (qui incite à revenir, à retourner d’où l’on était parti), Ankaratra, Andringitra ou Ambatomiantendro (Au-pic), etc.
71Enfin, certaines saisons ou heures de la journée éveillent, comme partout ailleurs, chez les poètes malgaches, la nostalgie.
72Nous nous demandons, pour conclure, comment un peuple englué dans le présent comme le peuple malgache, peut encore trouver le temps de penser au passé ou à l’avenir quand sa principale préoccupation est de survivre ? La misère, au lieu de couper l’homme de la nostalgie, l’incite au contraire à penser à des moments plus heureux, à s’évader dans le temps ou dans l’espace à travers le rêve. La misère est donc un moteur à la nostalgie. Une personne qui n’a pas de problème ne rêve que de l’avenir. Si la jeune génération de poètes malgaches n’aborde pas de la même manière que ses aînés le thème de la nostalgie, cela ne signifie pas qu’elle s’en désintéresse. La nostalgie est parfois dans les thèmes de la misère et de l’insatisfaction. Il y a donc un déplacement du cadre et une non-absence.
73Par ailleurs, il est courant d’entendre dire que le Malgache est un nostalgique. Cette constatation subjective ne permet pas d’inclure la nostalgie dans la particularité de l’homme malgache. La malgachitude est plutôt dans la nature de la nostalgie.
3 Extrait du poème de Ny Avana Ramanantoanina intitulé « Eritreritra » (Méditations), publié dans le journal Ny Lakolosy Volamena, no 89, 8 déc. 1911.
4 Extrait du poème « Izay ho feoko eo am-pialana aina » (Ce que sera ma voix au moment de l’agonie), de Samuel Ratany, publié dans le journal Tsarahafatra, no 28, 26 avril 1927.
5 Il s’agit de l’insurrection anticoloniale qui a éclaté dans la nuit du 29 au 30 mars 1947. Pour l’administration, les trois députés malgaches, les docteurs Raseta et Ravoahangy et justement le poète Jacques Rabemananjara, en furent les premiers responsables.
6 La société secrète VVS ou Vy, Vato, Sakelika, (Fer, Pierre, Ramification) se proposait de préparer l’esprit des Malgaches à la restauration de leur dignité. Les membres de ce groupe d’intellectuels, dont des étudiants en médecine, des écrivains, des hommes d’Église, furent sévèrement condamnés.
7 Dans Dinitra (Sueurs), Antananarivo, Impr. Spéciale Hehy, 1973, p. 143.
8 Paru en feuilleton dans le journal officiel Vaovao Frantsay-Malagasy, à partir du 30 novembre 1906. Andraozikely est l’un des deux romans qui inaugurent la naissance de ce genre à Madagascar au début du siècle dernier.
16 Massif central dominant l’Imerina à 60 km au sud-ouest de Tananarive. Dans la littérature, les Malgaches, frappés par la majesté du massif, y font souvent allusion ; aussi dans plus d’un de leurs hain-teny (poésie traditionnelle malgache), expriment-ils le sentiment que leur inspire sa vue imposante, et la mélancolie que font naître au coeur les répercussions des coups de tonnerre qui semblent s’en détacher : « Midona ny orana any Ankaratra, vaky tsipelana ny any Anjafy ; tomanitomany Razanaboromanga » (Le tonnerre gronde du haut de l’Ankaratra et du coup, éclatent les bourgeons là-bas à Anjafy et Le-petit-de-l’oiseau-bleu pleure, pleure) (Rajemisa-Raolison 1966 : 67).
17 Massif du sud de Fianarantsoa, le second sommet de l’île après le Tsaratanàna, dont le point culminant, le Boby, se situe à près de 2660 m.
18 Grand village à 20 km au nord de Tananarive, célèbre pour avoir été, depuis le règne du roi Andrianampoinimerina (1787-1810), la ville sacrée des rois de l’Imerina (Rajemisa-Raolison 1966 : 29).
19 Lac pittoresque à 18 km à l’ouest d’Antsirabe, constitué par un ancien cratère de volcan. C’est un lac aux parois abruptes, presque verticales, et dont les eaux vertes et glauques, d’une profondeur insondable, inspirent au milieu d’un silence de mort, un sentiment à la fois grandiose et funèbre. Le lac Tritriva est popularisé par une légende touchante — ayant eu fond véridique — qu’on se raconte encore de nos jours, à propos d’un arbre singulier de sa rive. Du temps d’Andrianampoinimerina, deux fiancés, Rabeniomby et Ravolahanta, à qui leurs parents avaient défendu de se marier, s’y seraient, dit-on, jetés après s’être enroulés dans leur lamba (toge, étole). À partir de cet instant, un arbre singulier aurait poussé au bord des eaux du Tritriva, affectant la forme de deux corps enlacés et dont l’écorce, simplement pincée à l’ongle, laisse couler du sang.
20 Dans : Terre promise, Antananarivo, éd. Revue de l’océan Indien, 1988, p. 87-88.
21 Sylvia Hanitra Andriamampianina, Miangaly ou l’Ile en plainte, Tananarive, Foi et Justice, 1994.
François-Xavier Razafimahatratra, « De l’exil à la nostalgie au travers de la littérature malgache », Études océan Indien, 40-41 | 2008, 161-186.
Référence électronique
François-Xavier Razafimahatratra, « De l’exil à la nostalgie au travers de la littérature malgache », Études océan Indien [En ligne], 40-41 | 2008, mis en ligne le 20 mars 2013, consulté le 07 décembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/oceanindien/1398 ; DOI : https://doi.org/10.4000/oceanindien.1398
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La doxa la plus répandue voudrait que Sylvie fût un récit nostalgique : l’histoire, racontée à la première personne, de la tentative qui a été menée par un homme jeune de se réapproprier un passé qui était à la fois celui de l’enfance, de l’adolescence et de la toute fin de celle-ci, et qui lui est apparu, à un moment stratégique de son existence, comme une promesse de plénitude ancrée aussi dans un passé historico-régional qui garantissait une sorte de stabilité et d’authenticité à la fois individuelle et collective. Mais cette promesse n’a pas été tenue, parce que l’Histoire est passée par là, que les êtres ont changé et qu’il y avait dans tout cela une part d’illusion, que les paradis, c’est bien connu, sont faits pour être perdus ; il resterait donc au narrateur du récit-cadre (celui qui se détache du Dernier Feuillet), ce sentiment d’une plénitude enfuie (« Baisers volés … ») qu’il contemplerait avec attendrissement et que le récit serait voué à nous exposer platement : la nostalgie.
La nostalgie, c’est le succès assuré : nous savons tous que la littérature a une dimension existentielle, qu’elle nous aide à penser notre existence, et pour qu’elle remplisse cette fonction il faut bien que nous retrouvions dans les textes des affects, des perspectives, dont l’expérience est assez courante - bref, des choses qui nous donnent à penser le temps vécu. Comme le ratage et l’insatisfaction sont une dimension essentielle de l’existence des gens de bonne foi (« essayer encore pour échouer mieux », comme dit à peu près Beckett), et que le ratage attise la nostalgie, il est commode de lire Nerval ainsi ; et comme le romantisme est suspect de complaisance et de pleurnicheries (c’est le nom que donnent au lyrisme – « T’en souvient-il ? Nous voguions ensemble », etc. – les gens de mauvaise foi), tout cela est du pain bénit, béni voici très très longtemps par une certaine critique qui faisait de Nerval un petit maître gentil et un peu niais, une sorte de pré-Alain Fournier (horresco referens !), tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Sauf que le romantisme est une littérature critique, et que Nerval est un champion de la réflexivité, un grand styliste et un auteur mélancolique, c’est-à-dire au total quelqu’un qui s’applique à penser et à écrire l’état de sécession qu’il entretient avec le monde, avec lui-même, avec les autres, avec l’Histoire, et à qui l’ironie permet de déstabiliser en permanence son propre texte, son propre point de vue, très loin de l’inertie et de la platitude qui caractérisent la nostalgie : quelqu’un qui nous apprend que le temps vécu ne doit pas être contemplé, comme dans la nostalgie, mais travaillé, comme dans son récit, et que même ainsi, la conscience parvient difficilement à statuer sur lui. Précisons un peu les lignes de clivage entre nostalgie et mélancolie. Dans la première, la perte est référencée, identifiée, tandis que dans la seconde elle est diffuse et recouvre en fait les insuffisances (historiques ou métaphysiques) du réel. La nostalgie est univoque, simple, quand la mélancolie (chez Nerval) est un point d’équilibre instable entre l’abandon à une illusion dangereuse et l’indispensable pérennisation de l’imaginaire, lequel permet de survivre aux frustrations et aux amertumes que le réel inflige au sujet. Cette complexité est celle de la « chimère », une notion dont le lecteur nervalien doit mesurer la fécondité et l’ambivalence : elle renvoie aussi bien à l’illusion, à la tentation de ce que l’on peut nommer la « déprise » (le mouvement d’émancipation du réel, qui comporte aussi le risque d’une rupture avec celui-ci, c’est-à-dire de la sécession radicale, de la folie : voir le paragraphe 4 de la nouvelle), qu’à la poésie, la dynamique d’un imaginaire salvateur et qui est riche aussi de divers idéaux régulateurs (voir la figure d’Isis dans le même paragraphe 4)[2].
Comme je n’aurais pas le temps de tout dire, ce qui est assez nervalien (« la Pandora, c’est tout dire, car je ne peux pas dire tout »), je voudrais insister sur deux éléments de ce complexe d’ironie, de réflexivité et de mélancolie : le dénivelé et le suspens.
Le dénivelé, c’est le retraitement, par exemple de part et d’autre de la fracture du chapitre 7, d’éléments qui structurent le récit. Prenons un exemple : celui de la « réincarnation » de la tante d’Othys en Père Dodu. Le chapitre 6 est indéniablement plein de nostalgie, et même d’une double nostalgie ; celle d’abord du narrateur Gérard qui a vu là de près le bonheur sous la forme d’un simulacre qui promettait le mariage avec Sylvie, et cette promesse (un avenir donc, et quel avenir : si Sylvie est « la fée des légendes éternellement jeune », le bonheur sera pour toujours lui aussi !), devenu un passé, a eu un présent, et même un présent miraculeux sous la forme d’un furtif commerce érotique avec Sylvie dont le texte étire subtilement la durée : non seulement le choix étonnant d’un verbe duratif permet à Gérard de contempler le moment béni du déshabillage de Sylvie pour l’éternité (« Et déjà Sylvie avait dégrafé sa robe d’indienne et la laissait tomber à ses pieds »), mais notre héros s’attarde bien plus que de raison dans l’opération de rhabillage (« Mais finissez-en ! Vous ne savez donc pas agrafer une robe ! » - Si Gérard était un mauvais plaisant un peu faraud, il répondrait qu’il sait bien comment on déshabille les filles, mais pas comment on les rhabille) : doit-on voir ici la trace d’une simple maladresse ? Peut-être ; mais surtout, celle d’une heureuse sidération qu’éprouve notre héros au contact du corps de Sylvie, lui qui, dans le prodigieux paragraphe 4 du chapitre 1 (un chapitre pour lequel on donnerait tout Duras, enveloppé dans tout Saint-Exupéry) nous a expliqué que ses amis et lui ne toléraient les femmes qu’à l’état de rêverie sublime et surtout pas à l’état de corps saisissable. Deuxième cran : la nostalgie de la tante, qui est bouleversée par le simulacre qu’ont organisé les deux jeunes gens, en qui elle se revoit en compagnie de son époux le jour de son mariage (Gérard a d’ailleurs beaucoup insisté sur le fait que la robe épousait – si j’ose dire – parfaitement le corps de Sylvie) ; le choc émotionnel qu’elle éprouve la conduit à se plonger dans ce passé heureux, à ressusciter les paroles poétiques rituelles qui accompagnaient les noces et que les deux tourtereaux vont répéter avec elle. Ce franchissement du temps grâce à un simulacre plus fort que l’épaisseur du temps (et quel temps ! celui des « charmes évanouis » de la tante, mais celui, aussi, à vue de nez, qui a précédé immédiatement la Révolution – cette spéculation chronologique me semble assez conforme à la logique de la nouvelle) est pour toutes ces raisons un moment de plénitude absolue. Le simulacre s’est haussé à la hauteur du rituel authentique, et les deux jeunes gens ont rejoint la sphère des archétypes, comme l’indique vigoureusement la clausule du chapitre : « […] nous étions l’époux et l’épouse pour tout un beau matin d’été ».
Mais comme Nerval se méfie plus que tout de l’automystification (donc de la nostalgie), il dispose un premier contre-feu ironique : un excès rhétorique qui « troue » le texte et crée une distance (« Ô jeunesse, Ô vieillesse sainte ! – Qui donc eût songé à ternir la pureté d’un premier amour dans ce sanctuaire des souvenirs fidèles ? ») ; puis un second, avec une référence culturelle (L’Accordée de village de Greuze, tableau dont la tonalité est assez peu nervalienne) qui remplit la même fonction, d’autant plus qu’elle est appliquée à Sylvie, à qui elle est sociologiquement totalement hétérogène et qui procède donc d’un « décalage » comme ceux que reflètera plus tard la culture néo-bourgeoise de notre héroïne, dont on sait à quel point elle horrifiera Gérard …
Voyons maintenant les répondants de cette scène au-delà de la fracture du chapitre 7, et prenons les choses par le bout que nous avons annoncé – Le père dodu, à qui est dédié, par son titre éponyme, le chapitre 12. Il est, comme la tante d’Othys, un « ancien », incarnation donc du passé, et en l’occurrence d’un passé prestigieux : il a connu Jean-Jacques. Il est même capable de le citer : « J.J. avait bien raison de dire ‘’L’homme se corrompt dans l’air empoisonné des villes’’ ». Mais c’est une remarque sans pertinence, qui est censée légitimer l’hostilité bonasse d’un homme de la campagne à l’égard des citadins, et dont Gérard dénonce l’inanité, en faisant appel non pas à rousseau mais au simple bon sens de l’intéressé : « Père Dodu, vous savez trop bien que l’homme se corrompt partout »[3]. C’est par ailleurs un personnage entièrement folklorisé, dont l’inconsistance est ainsi dénoncée par le texte : il est caractérisé par une faconde un rien vulgaire qui tranche sur la digne réserve de la tante au chapitre VI, il chante des chansons scabreuses, fait des allusions vaguement érotiques (le loup et les brebis …) et vit en partie d’une activité de guide auprès des touristes anglais désireux de visiter ce lieu empreint de facticité qu’est Ermenonville. Enfin, il est l’un des deux personnages[4] par qui le malheur arrive : il lui révèle que Sylvie va épouser le « grand frisé », qui ambitionne de devenir pâtissier.
Du même coup, voici Sylvie devenue pâtissière. C’était écrit : elle l’a proclamé elle-même à la fin du chapitre XI : « Il faut songer au solide ». Attardons-nous un instant sur cette dynamique textuelle. On sait que l’une des deux grandes variétés de l’ironie est dite « syntagmatique » (Philippe Hamon) et repose sur un jeu de programmation / déprogrammation. Sylvie en use largement, comme le montre précisément la dégradation de notre fée en pâtissière. Or, il se produit ici, du chapitre XI au chapitre XII, quelque chose de très remarquable : le texte accomplit presque immédiatement une promesse (celle que comporte, en somme, l’énoncé gnomique que formule Sylvie à la fin du chapitre XI), mais c’est une promesse peu réjouissante en elle-même et par ailleurs sa réalisation correspond à la déprogrammation définitive des promesses que Gérard attachait à Sylvie : on peut donc lire dans cette accélération et cet accomplissement d’une promesse accablante une variété particulièrement brillante et grinçante d’ironie.
Voici donc notre fée devenue pâtissière …. Ce n’est pas affreux, mais cela ne prête pas au rêve. J’y insiste : c’est cruel, mais ce n’est pas affreux, ce n’est pas indigne : Sylvie n’est pas un texte satirique ; certes Nerval « liquide » Sylvie, en montrant qu’elle ne peut pas tenir la promesse qu’avait projetée en elle Gérard ; elle n’est pas à la hauteur : elle chante désormais des airs à la mode, elle est habillée comme une petite bourgeoise des villes, elle a refait la décoration de sa chambre à la même mode, son langage est fâcheusement moderne (« cela donne beaucoup dans ce moment », chapitre X) ; mais elle a gardé son « sourire athénien » (Dernier Feuillet), et si son goût pour le « solide » et le respect des horaires de travail (voir la clausule du chapitre 11 : « ne rentrons pas trop tard : il faut que demain je sois levée avec le soleil ») en font une fourmi bien plus qu’une cigale, c’est une fourmi qui a du cœur, et c’est ce qu’il reste en elle, ironiquement, de la fée (clausule chap. 11) : « Je comprenais que Sylvie n’était plus une paysanne. Ses parents seuls étaient restés dans leur condition, et elle vivait au milieu d’eux comme une fée industrieuse, répandant l’abondance autour d’elle ». Il est d’ailleurs intéressant de reconstituer la logique qui conduit Gérard à faire cette remarque. Il s’est d’abord étonné que Sylvie se fût rendue à un bal masqué ; comment l’a-t-il appris ? En demandant ce qu’était devenue la robe de mariée de la tante (le fétichisme est une tentation nostalgique que le texte s’emploie à conjurer ici) ; voici la réponse de Sylvie : « […] Elle m’avait prêté sa robe pour aller danser au carnaval […] il y a de cela deux ans. L’année d’après elle est morte ». Dans la logique même du discours de Sylvie, on lit une transgression – la robe est devenue non plus l’occasion d’un rituel qui abolit le passage du temps, mais un déguisement qu’on revêt au cours de réjouissances vulgarisées (le bal masqué est une « scie » de la littérature du XIXe - qui a bien pu causer la mort de la tante. Du port transgressif de la robe de mariée de la tante à l’état de « fée industrieuse », le parcours dit bien la complexité du personnage et l’ambivalence de son destin dans le récit.
J’ai dit que Sylvie n’était pas à la hauteur – à la hauteur de quoi ? D’un système de projections que l’on peut analyser notamment au regard d’un grille de lecture que je transpose des travaux de Gilles Kepel sur la réappropriation et la réinvention de la tradition par les mouvements islamistes[5]. Adoptant la démarche qui est celle de tous les apologistes de la tradition, Gérard a projeté sur Sylvie une essence, il a voulu voir en elle un archétype, l’a ainsi soustraite à la réalité sous prétexte qu’elle devait en incarner une qui était plus belle, et il s’est offusqué lorsqu’il a constaté qu’elle trahissait cette essence. Il lui a reproché (souvent en son for intérieur) sa liberté à l’égard de la tradition et de la requête de conformité et de conformisme qui définit toujours celle-ci, requête à laquelle Sylvie s’est soustraite pour se rallier à un autre conformisme, celui de la société bourgeoise (qui veut que l’on ait des pratiques culturelles « modernes », que l’on renonce aux chansons traditionnelles pour des opéras à la mode, et que l’on s’applique avant tout à gagner de l’argent). Mais comme nous n’avons pas affaire à un texte satirique, avec ce que cela impliquerait de manichéisme, la nouvelle ne dissimule pas que Sylvie, portée d’abord par ses talents d’ouvrière, puis par ceux de son pâtissier de mari (qu’elle a mérité par sa beauté et les autres agréments de sa personne : le mariage est un marché, tous les sociologues vous le diront), a manifestement accompli un beau cheminement sur le plan social, qui lui a permis de s’extraire de son milieu. Elle a certes perdu au passage une identité traditionnelle et l’authenticité que Gérard y associait fantasmatiquement[6], mais il faut être un intellectuel mélancolique en déshérence comme l’est Gérard pour le regretter – Sylvie, elle, ne le regrette pas.
C’est, répétons-le, un personnage plus complexe qu’il n’y parâitparaît, et cela rend compte du statut ambigu qui est le sien à la fin du récit : elle est certes discréditée en tant que sauveur(e), potentiel(le)[7], mais elle témoigne de qualités morales qui la rendent respectable et pas ridicule : elle vit au milieu des siens « comme une fée industrieuse qui répand l’abondance autour d’elle »[8]. Ce n’est certes plus la fée qui fait rêver d’une vie radicalement autre, mais celle qui met ses proches à l’abri du besoin, ce qui n’est pas rien. Ce faisant, Gérard lui prête une attitude bienveillante qui corrige l’espèce d’âpreté au gain que laissait deviner sa fameuse formule du chapitre 11 XI (« Il faut songer au solide ») : c’est au fond une fourmi bienveillante, et sensible, comme l’indique la compassion dont elle fait montre à l’égard d’Adrienne lors de son ultime prise de parole (« pauvre Adrienne ! »). En définitive, le narrateur ne saurait lui reprocher d’avoir résisté à sa tentative de l’enfermer dans le rôle (revoilà le théâtre !) qu’il avait conçu pour elle comme il avait écrit le rôle de Laura pour Aurélie (chapitre 13XIII), comme il voyait en Adrienne l’« esprit », l’ange exterminateur qu’elle incarnait dans le mystère du chapitre VII : dans Sylvie comme bien souvent dans les textes de Nerval, les rêveries que projette sur elles le narrateur-personnage menacent les femmes de les priver de toute consistance autre que celle qu’il veut bien leur prêter. On comprend toutefois que, envers et contre tout, Gérard ait décidé de conserver, comme un viatique ou un talisman, l’image d’une Sylvie qui aurait pu le sauver, qui l’a d’une certaine manière sauvé (chapitre 13XIII) :
Sylvie m'échappait par ma faute; mais la revoir un jour avait suffi pour relever mon âme : je la plaçais désormais comme une statue souriante dans le temple de la Sagesse. Son regard m'avait arrêté au bord de l'abîme[9].
Je voudrais pour finir évoquer une autre modalité de l’ironie qui me paraît particulièrement digne d’intérêt : elle fonctionne par superposition, par brouillage, et se prête particulièrement à l’entreprise de déstabilisation à laquelle je m’intéresse dans cet exposé. Il s’agit d’une procédure à la fois subtile et qui, une fois qu’on l’a repérée, se passe de commentaire. C’est celle qui accompagne l’épisode que j’appellerais volontiers du « coup de bourse » (chapitre I). Je me contenterai, pour l’essentiel, de décrire les étapes constitutives de la séquence ; il importe toutefois de souligner d’abord que, pour parodier une formule célèbre, l’intervention de la finance et de la politique dans un récit qui se déroule aux environs de 1830 et qui est censément une sorte de bluette nostalgique vouée aux prestiges de l’imaginaire (Ah ! le décor magique du chant d’Adrienne dans le chapitre 2 !), c’est vraiment le « coup de pistolet au milieu du concert ».
1) Suite à un « changement de ministère » (donc de politique, donc de clientèle électorale), des titres boursiers en lesquels consistent une partie de l’héritage de Gérard retrouvent une valeur.
2) « Je redevenais riche » : c’est une procédure de requalification miraculeuse du héros, comme il s’en produit dans les contes (grâce à un outil, une arme, un talisman, etc., le héros dispose soudain des moyens d’accomplir son destin).
3) Ce processus suscite immédiatement un danger éthique : la richesse, c’est la domination, en l’occurrence la possibilité d’acheter l’actrice, et la figure de Moloch, dieu-démon incarnation, sur le plan spirituel, de toutes les anti-valeurs, relaie dans le texte celle d’Isis (avec ses promesses de « régénér[ation], paragraphe 4). Mais si Isis est un idéal du moi, un idéal régulateur, elle est hors du réel, elle appartient à la sphère ambivalente de la chimère (idéal et déprise, poésie et folie). Moloch, lui – l’argent, donc – est un levier essentiel dans le réel, et il permet d’acheter des femmes (des femmes, car dans le chapitre III Gérard se réjouit de la pauvreté supposée de Sylvie, qui fait que sans doute personne n’a voulu d’elle[10]) qui appartiennent (certes pas de la manière dont Gérard le croit) au réel. La requalification miraculeuse conduit donc à un péril de disqualification radicale (de Gérard lui-même, et d’Aurélie, dont il a supposé un instant qu’elle était vénale), que notre héros esquive finalement.
4) Mais finalement, la délicatesse de Gérard est déplacée : Sylvie épouse un pâtissier « plein d’avenir » (c’est le Père Dodu qui le dit au chapitre 12), elle a bien compris comment fonctionnait le marché matrimonial, elle a fait valoir ses qualités et a négocié une ascension sociale. Quant à Aurélie, elle se donne à quelqu’un qui lui a « rendu des services », et qui a été ironiquement disqualifié par les « boitements » qui l’affectent : c’est un « jeune premier ridé », qui fait encore de l’effet « dans les provinces » …
***
Je voudrais avoir convaincu le lecteur qu’il est moins question dans Sylvie d’une perte située sur l’axe du temps que des boitements du réel, de celui des êtres dans le réel, des boitements que construit et médite, et de la souffrance qui en résulte. Mais ce récit est magnifiquement concerté, et met ainsi à distance cette souffrance ; il navigue en permanence entre l’amertume et la sécession, entre une forme de drôlerie agressive et un suspens qui le dispense de s’abîmer dans l’agressivité, comme le montre exemplairement dans le dernier chapitre le traitement de Sylvie, qui en définitive a bien le droit d’être heureuse. C’est tout cela qu’il convient de ranger derrière le terme de mélancolie.
Guy Barthèlemy,
Khâgne du Lycée Champollion (Grenoble)
[1] J’ai conservé la tonalité orale qui était celle de cette intervention. J’ai repris et complété quelques développements, ce qui se traduit parfois par des redites : le lecteur voudra bien me pardonner. J’ai ajouté un développement sur l’épisode du « coup de bourse », que je n’avais pas eu le temps d’oraliser.
Merci au public attentif et bienveillant de la journée d’études du 23 novembre, et à ses organisateurs de l’UPLS.
[2] J’invite le lecteur à relire, dans la perspective que dessinent (hâtivement) ces propos, le premier paragraphe du Dernier Feuillet, qui offre un excellent exemple de la manière dont la réflexivité ironique déstabilise en permanence le texte : si l’on admet l’ambivalence du mot « chimère » on comprend pourquoi sa célèbre phrase d’attaque (« Telles sont les chimères qui charment et égarent au matin de la vie ») se prolonge par un topos phraséologique sur l’illusion, dont le narrateur lui-même dénonce ensuite l’excès phraséologique.
On comprend aussi pourquoi l’ensemble du chapitre revient sur la liquidation agressive dont Sylvie, fée devenue pâtissière, a fait l’objet dans les chapitres X à XIII. Gérard reconstitue le paradigme que formaient Adrienne et Sylvie, « les deux moitiés d’un seul amour. L’une était l’idéal sublime, l’autre la douce réalité », alors que le récit a invalidé chacun des termes (Adrienne est une version hyperbolique de la tentation morbide de la déprise, et Sylvie est devenue une jeune femme moderne, en rupture avec l’archétype auquel l’identifiait Gérard). Cette résurgence, et, plus largement, cette dynamique complexe, sont significatives de la nature et de l’opérativité de la chimère, de son irréductible ambivalence, que Gérard s’applique à préserver, qui est infiniment plus riche que le paradigme illusion / désillusion, et qui vaut pour ses vertus que l’on pourrait qualifier de suspensives. C’est important, parce que dans ce suspens, dans l’ambivalence dont il procède, à l’inverse de toute logique de la liquidation, de la désillusion, de l’ « apprentissage » (au sens où on parle de « roman d’apprentissage »), Gérard ménage une continuité, une forme d’adhésion qui disent que tout ceci n’était pas vain, n’était dépourvu ni de sens ni de profondeur. On pourrait (il faut) commenter de la même manière le ton du paragraphe 4 (« Nous vivions alors dans une époque étrange »), fait d’une ironie repérable dans l’excès phraséologique, et d’une empathie manifeste.
[3] Pas étonnant que Gérard, après sa conversation avec le Père Dodu, refuse de poser au sage dans le premier paragraphe du Dernier Feuillet («[…] qu’on me pardonne ce style vieilli … ». Voir plus loin dans l’exposé l’analyse de cet extrait).
[4] L’autre est une vieille femme, qui a révélé à Gérard que l’amoureux de Sylvie était son frère de lait, qu’il ne reconnaissait pas – et pour cause : cela ne lui fait guère plaisir, et surtout il s’agit là d’un scénario fantasmatique, d’un sortilège dont il existe d’autres exemples chez Nerval, celui dans lequel le sujet est victime de son double.
[5] Voir par exemple Terreur et martyre (Flammarion 2008).
[6] Est-il nécessaire de souligner cet autre paradoxe, que Nerval met en scène de manière très remarquable : l’authenticité, c’est-à-dire ce qui est censé conférer la plus grande et la meilleure réalité aux êtres et aux situations, est un fantasme, et aussi, de manière peut-être plus significative ici, un artefact, à tous les sens du terme.
[7] Chapitre VIII : « Je me jetai à ses pieds ; je confessai en pleurant à chaudes larmes mes irrésolutions, mes caprices ; j’évoquai le spectre funeste qui traversait ma vie.
‘’Sauvez-moi ! ajoutai-je, je reviens à vous pour toujours’’ ».
[8] On se rappelle que dans le chapitre 3 III le narrateur l’imaginait pauvre, ce qui l’arrangeait bien… Encore un phénomène de déprogrammation ironique, qui s’exerce ici au détriment du narrateur-personnage.
[9] Elle reste en cela une figure propice, un idéal régulateur qui ressemble bien plus à l’Isis du paragraphe 4 (« [Isis] nous apparaissait dans les nuits, et nous faisait honte de nos heures de jour perdues ») qu’à Adrienne dont on se souvient qu’au chapitre VII, déguisée en ange exterminateur, elle montait de … l’abîme.
[10] Cette disponibilité supposée de Sylvie, qui conduit d’ailleurs à la représenter comme une Belle au bois dormant qui l’attend (« Elle dort .. ») permet à Gérard de développer au chapitre III un projet qui s’inspire d’une vieille thématique propre au conte, celle de l’échange des qualifications : Sylvie lui donnera ses vertus préservatrices (de l’argent, qui devient ici – il suffit de relire le texte - l’équivalent d’un principe vitaliste) , et Gérard lui confiera son argent et sa vie pour les faire fructifier. Mais dans un récit qui s’en prend à l’ordre bourgeois des choses (encore le paragraphe 4 …), cet échange fait la part trop belle à l’argent pour ne pas être suspect. Comme dit Sartre, tous les moyens sont bons, sauf ceux qui dénaturent la fin : on ne se sauve pas du monde bourgeois en recourant au moyen caractéristique de l’ordre bourgeois, on n’achète pas les fées avec les armes de Moloch …
Sur cette gravure réalisée en 1778 apparaissent quatre mercenaires suisses au repos pendant une période d'accalmie. Ils comptent parmi les premiers sujets des études médicales sur la nostalgie.
PHOTOGRAPHIE DE Swiss National Museum
Depuis le début de la pandémie, Mary Widdicks est enfermée chez elle avec ses trois enfants en bas âge, trois chiens et trois chats. Après plusieurs mois d'enseignement à domicile et de télétravail, cette mère célibataire a le sentiment que plus rien ne distingue les jours qui passent. Fin mai, elle décide donc d'installer ses enfants à bord de sa voiture et prend la direction du Harvest Moon Twin Drive-in, un cinéma de plein air situé à Gibson City, dans l'Illilois. Cinéphile de longue date, Mary se réjouit de cette rupture avec la monotonie et de l'ambiance fifties qui règne dans l'établissement couronnée par l'entrée en piste d'un hot-dog dansant pour un entracte des plus vintage.
« Mon premier drive-in, j'avais 9 ans, soit l'âge de mon aîné aujourd'hui, » nous dit-elle. « Il y avait quelque chose d'incroyablement réconfortant dans le fait de raconter à mes enfants que j'avais exactement vécu la même expérience à leur âge. »
Alors que les cinémas traditionnels et autres établissements de loisirs familiaux fermaient leurs portes à cause du coronavirus, les drive-in ont quant à eux accédé à une toute nouvelle popularité et sont revenus peupler, pour certains de façon improvisée, les parkings des centres commerciaux ou des diners à travers les États-Unis. Bon nombre de parents et grands-parents voient en ces lieux une invitation au partage de leurs joies d'enfants. Et il n'y a pas qu'à travers les cinémas de plein air que nous avons laissé la nostalgie nous envahir pendant la pandémie.
« Je pense que beaucoup se tournent vers la nostalgie, même inconsciemment, comme une force stabilisatrice et une façon de garder en tête ce qu'ils chérissent le plus, » déclare Clay Routledge, professeur de psychologie à l'université d'État du Dakota du Nord et auteur du livre Nostalgia: A Psychological Resource.
Dans une étude récente s'intéressant aux effets du coronavirus sur les choix de divertissements, plus de la moitié des consommateurs a déclaré avoir trouvé du réconfort dans les émissions et la musique qu'ils appréciaient étant plus jeunes. En ligne, les réunions virtuelles du casting de séries comme The Office, Twin Peaks et Melrose Place offrent des retrouvailles avec les personnages que nous avons tant aimé suivre. En ces temps de pandémie, nos jeux, la mode et même nos rêves accordent une place toujours plus grande à la nostalgie.
Professeure de psychologie au Le Moyne College de Syracuse dans l'état de New York, Krystine Batcho n'a pu que constater la résurgence du sentiment de nostalgie comme réponse naturelle pendant la pandémie. « Nous avons tendance à trouver un certain réconfort dans la nostalgie en période de deuil, d'anxiété, d'isolement ou d'incertitude, » explique-t-elle.
Dans la neuvième édition de son dictionnaire, l'Académie française définit la nostalgie comme étant un « regret éprouvé à la pensée de ce qui n’est plus ou qu’on ne possède plus, au souvenir d’un milieu auquel on a cessé d’appartenir, d’un genre de vie qu’on a cessé de mener, d’une époque révolue, etc. » Cependant, l'histoire de ce sentiment est bien moins plaisante et nettement plus complexe. Autrefois considérée comme une maladie aux solutions thérapeutiques étranges et potentiellement dangereuses, il faudra attendre la seconde moitié du 20e siècle pour voir la science adopter une position nouvelle à l'égard de la nostalgie et ces dernières décennies pour que des études nous révèlent ses bienfaits et ses nuisances psychologiques.
SATANÉES VACHES
Au 17e siècle, plusieurs individus ont tenté de décrire en termes médicaux cet état de langueur et de tristesse ; on retiendra notamment un diagnostic médical apparu à la fin de la guerre de Trente Ans (1618 - 1648) en Europe Centrale où ce phénomène était qualifié de maladie du pays en français, mal de corazón en espagnol, etc. Il faudra attendre 1688 et Johannes Hofer, un étudiant suisse en médecine, pour que naisse le terme « nostalgie » dans l'une de ses dissertations, fruit de l'association de deux racines grecques : nostos (retour) et algos (douleur).
Hofer a étudié les effets de la nostalgie sur des mercenaires suisses et en a conclu que ce sentiment était une « maladie cérébrale d'origine essentiellement diabolique. » Selon sa description, les symptômes de la nostalgie incluaient un désir obsessionnel de retrouver son pays, une perte d'appétit, des palpitations, une insomnie et un état d'anxiété. Il pensait que cette obsession des mercenaires pour le foyer qu'ils avaient quitté permettait aux esprits animaux de s'introduire dans leurs cerveaux pour y infliger des dégâts. Plus tard, les médecins militaires suisses allaient suggérer que la nostalgie était en fait causée par le bruit incessant des sonnailles accrochées au cou du bétail qui parcourt les Alpes, ce qui aurait endommagé les cellules cérébrales et les tympans des soldats jusqu'à déclencher de sévères symptômes.
La nostalgie allait être perçue comme un affect neurologique jusqu'à la fin du 17e siècle et tout au long du 18e. À un certain point, certains médecins ont même suggéré qu'un « os pathologique » du squelette humain était à l'origine de la nostalgie, bien qu'il n'ait évidemment jamais été localisé. Ce n'est qu'au 19e siècle que la science médicale changea son fusil d'épaule en considérant la nostalgie comme une affliction de la psyché.
Pour la communauté médicale de l'époque, la nostalgie était un trouble psychopathologique associé à une forme de dépression et de mélancolie. Lors de l'arrivée massive des immigrants aux États-Unis au cours des 19e et 20e siècles, les médecins qualifiaient la nostalgie de « psychose des immigrants » en référence au mal du pays ressenti par ces primo-arrivants alors qu'ils tentaient de s'installer dans une nouvelle nation.
Au fil des siècles, les traitements mis au point pour lutter contre la nostalgie se classèrent du simple ridicule au tout bonnement mortel. Sangsues, purges intestinales, saignées, opium, boissons chaudes aux effets hypnotiques, lynchages, menaces et préjudices corporels pouvant entraîner la mort étaient le lot quotidien de ces patients. En 1733, un général russe menaça d'enterrer vivant quiconque cédait aux affres de la nostalgie sous son commandement. D'après les témoignages, lorsqu'il eut tenu sa promesse, ses hommes auraient immédiatement mis de côté le passé pour se concentrer sur la réalité bien trop présente du champ de bataille.
TAMPON EXISTENTIEL
La seconde moitié du 20e siècle marqua un changement dans la façon dont le monde percevait la nostalgie. Tout d'abord, comme l'explique le Pr Routledge, les spécialistes du marketing et de la publicité commencèrent à s'intéresser au pouvoir de la nostalgie pour guider le choix des consommateurs.
« La recherche empirique a également joué un rôle important dans ce tournant, puisque l'ancienne perception de la nostalgie comme une maladie était fondée sur la spéculation théorique et les observations non scientifiques, » ajoute-t-il.
En 1995, Krystine Batcho du Le Moyne College présente le Nostalgia Inventory, une enquête menée sur plus de 200 participants dans le but de mesurer la fréquence et la profondeur du sentiment nostalgique chez l'Homme. Ses résultats ont ouvert la voie aux études rigoureusement scientifiques et peu à peu sont apparus les premiers bienfaits psychologiques de la nostalgie.
Une série d'études publiées en 2013 montre que la « nostalgie contrebalance le vide de sens ressenti par un individu lorsqu'il s'ennuie. » En 2018, une étude du paysage scientifique est arrivée à la conclusion que la nostalgie agissait comme un tampon contre les menaces existentielles. D'après Routledge, la nostalgie est un moyen pour l'Homme de s'octroyer espoir et inspiration.
« La nostalgie nous mobilise pour l'avenir, » dit-il. « Elle accentue notre volonté de poursuivre des objectifs de vie essentiels et nous donne la confiance nécessaire pour les réaliser. »
Bien que la nostalgie s'accompagne de plusieurs bienfaits psychologiques, il existe également d'importantes contreparties à s'ancrer dans le passé. Selon une étude publiée en 2012 dans l'European Journal of Social Psychology, lorsque des individus « fortement habitués à s'inquiéter » sont exposés à un certain type de stimuli nostalgique, ils présentent « des symptômes d'anxiété et de dépression plus sévères » que ceux du groupe de contrôle.
D'après Batcho, il est peu probable que la nostalgie soit la cause de l'anxiété ou de la dépression, mais « une personne cliniquement déprimée ou confrontée à un trouble d'anxiété risquerait davantage de "se perdre" dans la nostalgie en se laissant prendre au piège des rêveries nostalgiques afin d'échapper à la réalité, » explique-t-elle.
LES NOSTALGIES
Quant à savoir si la nostalgie se révélera être une force bienfaisante ou malfaisante, il convient de s'attarder sur un facteur clé : le type de nostalgie ressenti.
Aujourd'hui, les psychologues s'accordent sur un type de nostalgie bienfaisante appelé nostalgie personnelle, en référence aux souvenirs d'une personne liés aux détails de son propre passé, souvent déclenchés par un changement ou une étape marquante dans la vie, comme la fin des études ou le mariage. À l'inverse, la nostalgie historique est associée au fait de valoriser une époque antérieure à la naissance de l'individu en question, un sentiment qui reflète un certain niveau d'insatisfaction envers la situation présente.
« La nostalgie personnelle est généralement assignée aux bienfaits psychologiques, comme le fait de contrebalancer la solitude et de susciter un sentiment d'appartenance ou des stratégies d'adaptation saines, » explique Batcho, ce qui n'est pas le cas de la nostalgie historique.
Dans son livre The Future of Nostalgia, la regrettée professeure de littérature à l'université Harvard, Svetlana Boym, définissait également deux types de nostalgie : restorative et reflective en anglais, que l'on pourrait traduire par « restauratrice » et « réflexive ». La différence entre ces deux types de nostalgie provient du regard porté par chacune sur le passé, explique Hal McDonald, professeur de langues et de littérature au sein de la Mars Hill University en Caroline du Nord.
« La nostalgie "restauratrice" porte un regard langoureux sur le passé, voire même jaloux, avec un désir de le recréer ou le revivre dans le présent, » poursuit McDonald. Ainsi, la nostalgie restauratrice amène celui qui la ressent à se laisser piéger par le passé et à le regretter de façon autodestructrice et potentiellement dangereuse. « D'un autre côté, la nostalgie "réflexive" savoure le passé en gardant pleinement à l'esprit qu'il est, de facto, passé et ne pourra jamais être revécu. »
Avec un aussi grand volume de recherche empirique sur la nostalgie, les scientifiques et les soignants mettent actuellement au point des méthodes pour utiliser ce sentiment comme thérapie médicale. Définie par l'Association américaine de psychologie comme « l'utilisation d'histoires de vie — écrites et/ou orales — visant à améliorer le bien-être psychologique, » la thérapie par réminiscence fait appel aux photographies et à la musique pour aider les patients atteints d'Alzheimer ou d'autres maladies cognitives et neurodégénératives. En 2018, le George G. Glenner Alzheimer’s Family Centers inaugurait le complexe Town Square à Chula Vista, en Californie, la recréation d'une ville des années 1950 où le personnel a recours à la thérapie par réminiscence pour consolider les souvenirs des patients atteints de démence.
Pour le moment, que ce soit à travers la musique de nos jeunes années ou les retrouvailles avec les merveilles de notre enfance, la nostalgie semble en premier lieu nous offrir une échappatoire à la pandémie. De son côté, Mary Widdicks est ravie de constater que l'un des passe-temps favoris de sa jeunesse a également comblé de bonheur ses enfants. « Ma fille m'a même dit qu'elle emmènerait un jour ses enfants au drive-in, ajoute-t-elle, elle qu'elle m'inviterait à les rejoindre. »
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
Confrence l'Universit solidaire, Saint-Denis, Runion, le 8 octobre 2015
Jean Lombard
Voyage et philosophie" : voyage et philosophie renvoient videmment l'un l'autre. Philosopher, c'est toujours d'une certaine faon voyager. Et l'inverse, partir en voyage c'est, tou-jours crer les conditions d'une certaine rupture - avec un ordre des choses, avec un mode d'existence ou avec un tat antrieur de la pense, et la rupture est le tout premier et le plus caractristique des gestes philosophiques. Quoi qu'il en soit, philosopher c'est essayer de remonter du visible l'invisible, et il y a dj l l'ide d'un parcours, que favorisent le mouvement, la distance et l'inconnu, les trois lments structurants de toute espce de voyage. Pourtant, le voyage n'a pas exist en tant qu'activit spcifique dans la Grce archaque et le mot voyage est trangement absent de la langue d'Homre. Longtemps, il n'y a eu que des termes qui nommaient un type particulier de dplacement, par la route (poreia), pied (odoiporia), par la mer (ploos, d'o priple, de priplein, naviguer autour), sans que jamais se forme un concept vraiment unitaire du voyage. C'est ensemble que surgiront le voyage et la philoso-phie, lors de la premire utilisation du terme philosophie par Hrodote dans le passage clbre o Crsus recevant Solon souhaite le consulter et lui dit : "tant philosophe (philosophen, tant dsireux du savoir), tu as certainement visit beaucoup de pays cause de ton dsir de voir". Comment la philosophie est ne dans le cheminement de l'errance d'Ulysse la mthode socratique et dans le transfert du lexique du dplacement au champ de la rationalit tout entire, c'est ce que je voudrais tenter de montrer.
Petite philosophie du dplacement : voyage et pense du monde
La parent du voyage et de la philosophie s'est construite trs tt, partir de l'aventure d'Ulysse et de la posie homrique. L'aventure est tymologiquement ce qui advient, ce qui se produit, sous entendu lorsqu'on se dplace. Elle est videmment lie la fonction essentielle du dplacement dans le processus de la pense. D'ailleurs, le dplacement peut tre jou ou organis juste pour faciliter l'exercice intellectuel. L'cole dite pripatticienne, c'est--dire celle d'Aristote et de sa descendance philosophique, met en application ce principe : on a appel peripattikos, pripatticien, celui qui "aime se promener en discutant", et non pas l'inverse, car discuter en se promenant n'a plus rien qui soit spcifiquement philosophique et s'apparente une simple dambulation rendue agrable par l'change de paroles. Le recours au mouvement a toujours accompagn l'exercice de la philosophie dans l'Antiquit. Les Dia-logues de Platon en tmoignent de nombreuses reprises. On connat la trs belle scne de l'Euthydme, o entrent dans la pice Euthydme et Dionysodore, accompagns par une foule d'lves : "une fois entrs, dit Platon, les voil aussitt faisant les cent pas dans le prau cou-vert et le parcourant deux ou trois fois en entier" avant que n'arrive le personnage suivant, Clinias. Socrate aussi arpentait constamment l'agora et les rues avoisinantes. Nous connaissons tous la commodit ou la facilit que donnent le mouvement et le dplacement dans la mise en uvre de la pense. Un de mes amis m'a confi qu'il ne pouvait crire un texte d'une certaine importance sans procder un certain moment un vrai dplacement physique : avant de livrer l'diteur un article pour une revue ou une contribution un livre, il effectue un parcours en TGV d'une dure raisonnable, toujours le mme - et toujours le matin. Il travaille d'abord sa place, dans ce lieu merveilleusement mobile qu'est le train. Puis, l'arrive, il s'accorde une rcompense, en allant, toujours dans le mme restaurant, prendre un djeuner au menu invariable, pendant lequel il lit, relit et ventuellement corrige encore. Enfin, dans le train du retour, l'aprs-midi mme, il procde une lecture finale, une lecture en apoge, pourrait-on dire, de sorte que son texte arrive vraiment achev la gare Montparnasse, aprs cet ultime priple en compagnie de son auteur : dsormais il est crit, alea jacta est. La plupart des rituels d'criture que nous pratiquons sont lis l'espace et l'accom-plissement - aventu-reux ou standardis - d'un parcours. La marche elle-mme est devenue un sujet philosophique succs et les traits de la marche se multiplient.
Le voyage a bien entendu jou dans la philosophie un rle plus important que celui de sup-port extrieur de l'tude, de dclencheur rituel de la rflexion ou d'adjuvant un peu mca-nique pour la production d'ides. Il a t de tout temps l'indispensable pourvoyeur d'une pense du monde, et les religions s'en sont empares pour en faire le paradigme du caractre pas-sager de l'existence des hommes. Les philosophes antiques ont donn l'exemple du dplace-ment perptuel, en allant conseiller les monarques et les tyrans de cits et d'empires lointains et en visitant ainsi des univers culturels dont ils pouvaient ainsi observer les usages. Platon a voyag pendant plus de douze ans en gypte, en Cyrnaque et en Sicile et si ses tentatives pour sauver le despotisme - qu'il voulait rendre clair - de Denys, le tyran de Syracuse, se sont finalement soldes par un chec sur le plan politique, elles n'en ont pas moins tenu une grande place dans l'dification de la mthode platonicienne : marche, avance, recul, descente et ascension seront, comme chacun peut le voir, des lments essentiels de la dialectique.
En ce sens, toute activit philosophique tient du voyage. L'histoire de la philosophie elle-mme est une "chose mobile", dit Hegel, qui en fixe ainsi le programme dans l'introduction aux clbres Leons sur l'histoire de la philosophie : "nous avons raconter des actions, des voyages de dcouverte, une prise de possession du rgne intelligible". Le questionnement de type socratique (qu'est-ce que la cit, qu'est-ce que la justice, qu'est-ce que le bien ?) est bien une traverse entreprise partir du port d'attache de l'ignorance. On ne sait o aller, mais on se met en route, on affronte les vicissitudes d'un trajet en terre inconnue. Il faudra peut-tre changer de route (encore le lexique du parcours), il faudra peut-tre mme renoncer, ou prendre des voies qui se rvleront tre des impasses, des apories, comme dans plusieurs Dialogues : toujours le langage du parcours, car l'aporie (aporia) c'est l'absence de passage, l'embarras qui met fin, pour un temps, au voyage de la raison. Quand il veut dcrire la d-marche philosophique comme tant une traverse, Platon dit ceci qui en un sens est encore compltement homrique : "sans vagabondage, il nous est impossible de tomber sur le vrai pour en avoir l'intelligence". Je cite l le Parmnide. On peut remarquer que Tchouang Tseu, le plus philosophe des penseurs de la Chine antique, donnait un de ses interlocuteurs cette consigne : "sache divaguer en m'coutant si tu veux saisir le sens de mes paroles", je le cite dans la belle traduction de Jean Lvi. Divaguer voque l'errance et le milieu liquide - car diva-gor, en latin, c'est je flotte. Toujours l'ide de se mouvoir, donc, et dans tous les sens. Tantt c'est le voyageur qui fait le voyage - c'est le cas de l'exploration - tantt au contraire c'est le voyage fait le voyageur - c'est le cas du plerinage - mais le plus souvent les deux schmas se mlent et se superposent. Qu'est-ce qui tient aux lieux choisis et qu'est-ce qui tient celui qui les frquente ? Que se passe-t-il au juste quand Hegel s'prend des paysages alpestres en 1796, quand Nietzsche crit le troisime tome de Zarathoustra dans la lumire des hauteurs de Nice ou quand Wittgenstein arpente avec ardeur la cabane qu'il s'est construite au fin fond des fo-rts de Norvge ? Ou encore, exemple illustre d'un voyage en quelque sorte invers, que se passe-t-il quand un explorateur dit d'entre "je hais les voyages et les explorateurs" - ce sont les premiers mots de Tristes tropiques de Lvi-Strauss - puis effectue sous le nom d'expdition un voyage qui sera l'un des plus dcisifs du sicle ?
Du voyage immobile ses sources mouvantes : retour au commencement
Ce qui compte dans le voyage, beaucoup plus que le trajet lui-mme, c'est donc la nature du dplacement. L'exemple d'un voyage philosophique parfait effectu sans jamais s'loigner de chez soi est donn par Kant. Il ne quitte jamais Koenigsberg et n'accomplit pour tout par-cours qu'une immanquable promenade quotidienne qui d'ailleurs a tout d'un rituel du dplacement puisque par tous les temps il montait et descendait huit fois de suite la mme alle de tilleuls. Pourtant, cette absence de vritable voyage correspond une extrme mobilit de la pense : Kant enseigne avec grand talent la gographie, discipline de l'espace parcouru s'il en est, et il crit un texte philosophique qui porte un titre de trait de navigation : Qu'est-ce que s'orienter dans la pense ? En fait, Kant parcourt le monde depuis sa place, il s'en institue le centre, il se fait cosmopolite en usant seulement de la dialectique de l'loignement et de la proximit qui est au cur de la philosophie, parce que philosopher c'est savoir tre sans lieu dlimit, c'est jouer pleinement du "droit de commune possession de la surface de la terre", pour reprendre la formule du Projet de paix perptuelle. Kant ne voyage pas au sens strict du terme, mais en mme temps il voyage au suprme degr, en pensant les conditions de tout voyage. Car le voyage digne de ce nom est celui qui comporte une rupture authentique et non pas une rupture bon march ou de pure forme. Reprenant une phrase d'un personnage de Becket, Deleuze disait en ce sens : "je ne suis pas assez con pour voyager pour le plaisir". Et, de fait, ce qu'on doit attendre d'un voyage authentique, c'est une exploration au sens le plus aventureux du terme, partir de la production d'un effet d'tranget que rien d'autre que ce genre de voyage ne peut procurer. L'exercice philosophique, qui est au fond le plus labor des voyages sur place, a pour premier et indispensable moment cette recherche d'tranget. C'est cette trajectoire, qui correspond la naissance de la philosophie partir du voyage, cet avnement du logos partir de l'pos, de la raison partir du rcit lgendaire, que nous allons voquer, parce que l'aventure d'Ulysse, l'Odysse - qui porte le nom de son hros devenu emblmatique - est selon la formule qu'aimait utiliser Jean-Pierre Vernant, un "immense portail" par lequel est passe et par lequel passe encore toute la culture de l'Occident.
Pour comprendre comment tout commence, il faut se replacer dans le moment unique et extraordinaire qui est le vritable point de dpart de l'Odysse. Ce n'est cependant pas le d-but de l'uvre car la composition de l'Odysse exprime une temporalit embote et com-plexe. D'abord une partie du rcit vient du narrateur et une autre d'Ulysse lui-mme quand il raconte ses aventures la cour du roi des Phaciens. D'autre part, les chants I IV sont sur-tout consacrs aux voyages de Tlmaque, le fils d'Ulysse parti sur les traces de son pre, de telle sorte que l'Odysse commence par l'absence d'Ulysse et que les premiers chants ne sont pas le dbut de son voyage. Autrement dit, quand l'Odysse commence, on n'est pas au commencement. Pendant le chant I, Ulysse est retenu captif depuis des annes chez la nymphe Calypso. D'ailleurs ds les premiers vers de l'Odysse Calypso surgit, s'impose, elle "occupe de devant de la scne", ce que Vernant interprte fort justement comme une insistance par-ticulire sur la signification philosophique du refus d'Ulysse. Calypso voudrait bien faire de lui son poux mais il va refuser l'offre pourtant mirifique qu'elle lui fait, nous allons y revenir tout l'heure. En mme temps, Pnlope attend Ulysse dans son palais Ithaque, cerne par les prtendants, issus de nobles familles de l'le qui voudraient prendre place de ce roi et mari absent dont on est depuis si longtemps sans nouvelles Ils voudraient non seulement pouser sa femme mais s'emparer de son pouvoir de roi et de ses biens, qu'ils dilapident dj en menant grand train ses frais. Cependant, Pnlope diffre sans cesse le moment de choisir celui d'entre ces prtendants qu'elle prendra pour poux, car selon les rgles tablies, son mari tant disparu et prsum mort, elle va tre oblige de faire ce choix. Il y a l un des grands ressorts du suspense de l'Odysse. Pnlope, qui possde comme Ulysse la mtis, l'astuce, l'intelligence ruse, dclare ne pouvoir choisir un nouveau mari que lorsqu'elle aura achev son ouvrage : elle tisse un linceul pour Larte, le pre d'Ulysse, qui n'est d'ailleurs pas mort. Et comme chacun sait, elle dfait chaque nuit ce qu'elle a tiss le jour - jusqu'au moment o son mange est dcouvert.
Ce n'est donc qu'au chant IX, pendant son sjour chez les Phaciens, qu'Ulysse fera le rcit de ce qui lui est arriv jusque l, car le retour Ithaque, ce n'est pas lui qui le contera, mais de nouveau le narrateur, dans les chants XIII XXIV, ceux o Ulysse se fait graduelle-ment reconnatre puis prpare et met excution son impitoyable vengeance. Nanmoins, il n'est gure possible de parler du dbut sans voquer la fin. Pourtant vingt ans sparent ces deux moments : Ulysse a combattu dix ans sous les murs de Troie et il a connu ensuite prs de dix ans d'errance avant de rentrer enfin chez lui, ralenti par de terribles preuves dont plusieurs lies des femmes qui divers titres ont t pour lui des retardatrices.
Revenir ce moment si particulier o tout a commenc n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire. Cela provient de ce que l'Odysse est l'histoire d'un retour qui en quelque sorte n'a pas d'aller. C'est bien un retour, avec tous les tourments d'une esprance sans cesse diffre. Ulysse a le mal du pays, il est nostalgique, il est mme sans doute le premier et le plus clbre nostalgique de l'Occident. tymologiquement, c'est nostos, le mot signifiant le retour qui, compos avec algos, la douleur, a donn nostalgie. La nostalgie est la fois le manque qu'on ressent du pays d'o l'on vient et la souffrance due aux preuves rencontres pour y retourner. Mais l'aller d'Ulysse, si on peut dire, est loin en arrire, loin dans le temps et surtout il re-monte un ailleurs. Il faut pour le saisir remonter la guerre de Troie, c'est--dire l'Iliade. Car l'Odysse peut sembler faire suite l'Iliade et en mme temps d'une certaine manire elle la renverse et elle la contredit. Rappelons le point de dpart. Hlne, la belle Hlne, reine de Sparte, a t enleve par le prince troyen Pris, qui l'a emmene chez lui. vrai dire, on ne sait pas trop si elle a t rellement enleve ou si elle n'a pas plutt t sduite par aussi sduisant qu'elle, mais peu importe.
Ce qu'il faut garder l'esprit, c'est qu'Hlne a des origines divines : officiellement fille de Lda et de Tyndare, elle est en ralit la fille de Zeus, qui s'tait transform en cygne pour s'unir sa mre Lda. Hlne est la plus belle femme du monde, elle a cette beaut que seule confre la divinit : elle est la seule fille humaine de Zeus. Elle inspire donc d'innombrables passions et elle avait dj t enleve dans sa prime jeunesse par Thse, elle est en,leve sou-vent. Comme beaucoup de chefs grecs voulaient obtenir sa main, il avait t convenu par un serment solennel que quel que ft celui d'entre eux qui serait choisi, ils promettaient tous de lui porter secours ensemble si quiconque tentait de lui ravir son pouse. C'est ce qu'on appelle le Serment de Tyndare, bel exemple de mariage plac sous haute protection pour cause de beaut dangereuse.
En rtorsion l'enlveme nt, qui effectivement se produit, Mnlas, l'poux bafou, lve avec son frre Agamemnon, selon les termes du Serment, une expdition contre Troie. Cette guerre va tre longue et cruelle. Troie ne sera pas seulement vaincue, au bout de dix annes de sige, grce au fameux stratagme du Cheval de Troie, peut-tre invent par Ulysse : la ville est mise sac, torture, raye de la carte dans des conditions abominables dont les Grecs auront longtemps rougir parce qu'ils ont commis par la cruaut de leurs actes l'impardonnable pch d'ubris - l'excs, la dmesure. Peut-tre Ulysse a-t-il eu payer cette faute indlbile travers les souffrances de son retour. Pourtant, s'il a t un guerrier honorable, s'il s'est bien battu, il n'tait pas l'origine trs ardent pour aller Troie et il ne l'a fait que pour honorer le serment qu'il avait prt en mme temps que tous les autres. Il a mme essay de ne pas y aller, simulant la folie pour se faire exempter, mais sans succs. Ulysse est au fond un pacifiste dou de la capacit de s'illustrer la guerre. Rien voir avec Achille qui, lui, a t un guerrier incomparable, un hros modle du combat glorieux. Il a fait le choix de ce qu'on appelle la vie brve : mourir jeune en mritant une gloire ternelle, plutt que de quitter la vie dans son lit au terme de son ge et aprs une existence tranquille. la triste mort que nous appelons naturelle, Achille prfre la mort hroque dans l'clat de la jeunesse : tout le contraire donc du choix d'Ulysse, qui rve de vivre en paix Ithaque, entour des siens, qui a pour idal la fidlit soi. Il y a d'Achille Ulysse un changement majeur avec ce passage de l'idal de courage viril (andreia) un idal plus proche de l'endurance (tlmosun) - c'est le mot endurant qui revient si souvent propos d'Ulysse.
Ce qui souligne que l'Odysse est un rcit pleinement centr sur l'humain, par opposition l'Iliade o la place du divin reste bien des gards prdominante, pour ne pas dire essentielle. Ulysse, Pnlope, Tlmaque reprsentent l'humanit et rien que l'humanit. Quand la philo-sophie, partir du Vme sicle av. J.-C., se tournera, avec l'orientation que lui donnera Socrate, vers le questionnement sur l'homme plutt que vers l'enqute sur la nature et se consacrera ce qu'Aristote dans l'thique Nicomaque appelle "les affaires humaines", elle fera cho cette rorientation fondamentale de l'Odysse par rapport la dramaturgie plus "thologique" de l'Iliade. C'est la premire fois qu'on va parler des hommes plus que des dieux, et nous verrons que c'est mme la premire fois qu'on va parler d'un individu, qu'on va suivre une aventure qui a une signification existentielle. On a mme pu parler d'un existentialisme d'Ulysse, au sens o Ulysse se fait en quelque sorte exister par son choix.
Mais nous voici justement arrivs ce moment o va se produire une sparation radicale, o la condition des hommes va tre pleinement rvle, mise l'preuve et surtout, travers Ulysse muni de sa seule intelligence, assume. C'est fait : Troie est tombe, la ville est en ruines, les Grecs sont vainqueurs. D'un ct, ils triomphent, Mnlas est veng et l'honneur des Achens avec lui. Mais d'un autre ct, il va falloir qu'ils paient pour ce qu'ils ont fait et ils vont devoir aussi rentrer chez eux. Cette coalition un peu htroclite de grands et de petits rois se disperse et, pour la premire fois depuis dix ans, ils n'ont plus l'union pour faire leur force. D'ailleurs, ils ne sont d'accord sur rien, ni sur le moment du retour, ni sur le trajet. Il y a mme une dispute entre Mnlas et Agamemnon sur ce sujet, Agamemnon qui va tre tu son retour chez lui par Clytemnestre sa femme - demi-sur d'Hlne - et par l'amant de celle-ci, gisthe, d'o, beaucoup plus tard, nous le verrons, les prcautions prises par Athna pour qu'Ulysse, son retour chez lui Ithaque, ne soit pas reconnu tout de suite, de peur qu'il su-bisse un sort analogue. Aprs tout, Pnlope pourrait avoir pris un amant. Mais pour revenir Troie et la dispersion des forces grecques, Ulysse, lui, a pris sa dcision sans hsiter : avec les douze vaisseaux qu'il avait fournis pour cette guerre, il veut rentrer tout de suite chez lui et il fait donc route directement vers Ithaque. Cependant, les moyens de navigation de l'poque sont sommaires : le gouvernail n'existe pas, on se sert d'une rame manipule l'arrire du ba-teau, on prfre la navigation ctire (le mot priple, de priplein, dsigne l'action de faire le tour en longeant). Dans l'Odysse, la mer est objet de crainte et d'aversion, ce que traduisent les frquentes appellations ngatives, tonnantesRupture et contre - monde : expriences de la limite, la mer violette ou la mer vineuse.
Et l, tout va basculer : alors qu'Ulysse et ses compagnons passent au large du cap Male, le point le plus au sud de la Grce continentale - donc celui partir duquel inluctablement on s'loigne de chez soi, celui o pour les Grecs de ce temps commence l'pouvante - et alors qu'ils se voient dj chez eux Ithaque, qu'Ithaque est presque en vue - elle sera d'ailleurs tout au long presque en vue, elle est une le asymptotique - les dieux provoquent en guise de punition pour le massacre de Troie une tempte gigantesque, qui va disperser les navires. C'est une tempte surnaturelle : "Zeus lcha les rafales sifflantes et le flot gant dressa ses mon-tagnes gonfles", dit le texte. Ulysse va tre isol avec sa flottille, qui est happe et rejete trs loin du cap Male. Cela va durer neuf jours. Ses navires ne sont pas juste malmens, ils sont entrans dans un autre monde, un monde qui non seulement n'est plus grec mais n'est plus le monde des hommes, un monde de nulle part, premire grande utopie que Platon n'aurait pas renie. Ulysse fait en ce sens un voyage absolu : il passe sans s'en apercevoir les frontires de l'oikoumn, la terre habite, la terre des hommes. Qu'est-ce qu'tre un homme dans ce monde homrique ? C'est trois ou quatre choses : manger du pain, boire du vin, faire des sacrifices aux dieux et atteindre un certain de gr de civilisation et notamment respecter les lois de l'hospitalit. Le monde dans lequel Ulysse arrive quand il passe le cap Male est exactement le contraire : c'est un monde inhumain, barbare et, au sens littral du terme, monstrueux. C'est un monde fantasmagorique : on y trouve des tres de nature divine, qui se nourrissent d'ambroisie et de nectar, comme Circ ou Calypso, des cyclopes, des mangeurs de lotos (les Lotophages), des cannibales comme les Lestrygons, des Sirnes qui chantent des mlodies mortelles, des monstres marins comme Charybde et Scylla. Ces noms rsonnent encore en nous. Ils reprsentent une incursion dans les confins, une sorte de contre monde ncessaire toute pense de l'existence humaine. L'humanit n'est vraiment saisissable que par l'ide d'une transgression ou par l'exprience d'une limite : exprience est un mot construit sur le latin experiri, qui lui-mme contient le grec peras, la limite.
La vritable fonction d'une telle aventure est d'tre un voyage de rupture par lequel on peut accder soi. Si l'Iliade est le pome de la vie et de la mort, la vocation de l'Odysse est d'tre le pome de la conscience, du savoir et de la vrit. Et c'est ce qui lui donne dj une dimension prsocratique. travers les preuves qu'il traverse, Ulysse tente dsesprment de sauver sa rectitude de jugement et de demeurer ce qu'il est, parce que pour garder ses chances de revoir Ithaque, il doit conserver un savoir fondamental qui est celui de sa propre identit et de son statut de mortel.
Une fois calme cette norme tempte de neuf jours, Ulysse et ses compagnons abordent une le qu'ils ne connaissent pas du tout. Les marins envoys en missaires reoivent un accueil charmant des habitants, qui leur offrent mme de partager leur nourriture. Or ces gens si sympathiques ne sont pas des humains (mangeant du pain, buvant du vin et faisant des sacrifices) mais des lotophages, des mangeurs de lotos, une plante dlicieuse mais qui a la proprit, lors-que des hommes la consomment, de provoquer chez eux un oubli total : ils ne savent plus qui ils sont, ils n'ont plus de pass, plus d'attaches, plus de projets non plus. Ils ne pensent mme plus rentrer chez eux, ils ne veulent que rester o ils sont, comme ils sont. Ulysse retrouve ses compagnons, qui ont got cette herbe en proie la "bienheureuse ivresse de l'oubli", il doit les enchaner pour qu'ils n'y touchent plus et finalement les embarquer de force (il les ramne "pleurants" aux navires) puis filer en vitesse pour chapper au plus grand danger qui soit, la perte du dsir du retour. Derrire ce lotos se cache la pire preuve existentielle, celle de la dfaillance de la mmoire, de l'oubli. tre un homme, tre quelqu'un, c'est d'abord se souvenir de soi et ensuite tre reconnu des autres, ce second point sera surtout le sujet des derniers chants, qui se drouleront Ithaque. La description de l'oubli lotophagique est peut-tre, en un sens, un modle prophtique des pathologies modernes de la snescence et certains passages renvoient aussi aux problmes de l'addiction et de sa prvention. Mais dans le con-texte de l'Odysse, la crainte est que si l'oubli parvient triompher, la brume de la nuit cache aux navigateurs le chemin du retour et cet avertissement sonne comme une sorte de premier connais-toi toi-mme.
L'pisode du Cyclope, peu aprs, va le confirmer. Mais la terre des Cyclopes sur laquelle aborde Ulysse est une antithse complte du monde humain, un contre-monde plus complexe encore que celui des Lotophages. Non seulement les Cyclopes ne se nourrissent que de lait, de produits laitiers et de chair humaine, mais leur monde est sans lois, sans cits, sans maisons et sans navires. Il est aussi sans agriculture, ce qui est dans l'univers homrique le signe le plus parfait de la barbarie. De n'avoir jamais labour de leurs propres mains fait des Cyclopes des "sclrats sans loi", dit ce texte d'une grande puissance imaginaire et symbolique. La ques-tion pose est ds lors de savoir ce qu'est une socit humaine. Chaque cyclope est dot d'un il rond unique qui fait ressembler les visages des cratres de volcan vus d'en haut. C'est, pense-t-on, l'Etna qui aurait servi de modle. Et l, pour une fois, les compagnons d'Ulysse ne voudraient pas rester, ils prfreraient voler quelques fromages et prendre la fuite. Ulysse au contraire, veut absolument voir, observer, comprendre. Ce qui signifie qu'il ne faut pas seule-ment tre soi, qu'il faut prendre aussi connaissance de ce qui n'est pas soi, qu'il faut se con-fronter au monde et la diversit du visible. Il n'y a pas d'existence humaine sans un savoir et pas de savoir sans exprience des choses ou sans curiosit, c'est en tout cas la base de l'pistmologie homrique.
Donc, avec ses compagnons, dont beaucoup vont prir, Ulysse choisit d'entrer dans la grotte de l'norme cyclope Polyphme. Ce cyclope anthropophage va tenir les Grecs prison-niers dans son antre, dont il barre l'entre. Et il mange deux grecs le matin et deux le soir. Il les attrape par les pieds, leur fracasse le crne contre les parois de la caverne et les avale tout crus. Mais on connat la suite : Polyphme demande Ulysse de lui dire qui il est, lui promet-tant un cadeau s'il dcline son identit. Ulysse, usant de sa mtis, sa ruse, lui fait la clbre rponse je m'appelle Outis, c'est--dire mon nom est personne (tis, c'est quelqu'un et prcd de la ngation ou c'est donc personne). Et en mme temps, il y a l un jeu de mots car ou-tis peut se dire m-tis, m tant une autre ngation, mais le mot mtis veut dire aussi la ruse de sorte qu'Ulysse dit la fois je suis personne et je suis le roi des malins. Et son tour il propose un cadeau au cyclope : il lui donne boire un dlicieux vin qui va l'endormir, car Polyphme n'y est pas habitu. Ulysse russit alors faire rougir au feu un pieu d'olivier taill en pointe et crever l'il de Polyphme pendant son sommeil, le livrant subitement la nuit. Le cyclope hurle de douleur, appelle au secours les autres cyclopes, qui lui demandent "mais qui t'a fait a ?" et il rpond videmment : "c'est Outis", c'est--dire c'est personne. Alors, ne nous casse pas les oreilles avec tes cris, lui disent les autres. Et ils l'abandonnent. Mais pendant que le Cyclope envoie au jug, puisqu'il ne voit plus rien, de grosses pierres sur la minuscule flotte des Grecs qui tentent de fuir, Ulysse ne rsiste pas la tentation de lui dire qui il est vraiment. De loin, il crie Polyphme : eh, cyclope, si on te demande qui t'a fait a, tu diras que c'est Ulysse, roi d'Ithaque, le fils de Larte, le vainqueur de Troie, dont la gloire monte jusqu'au ciel. Il faut bien qu'il dise qui il est, ne serait-ce que pour ne pas l'oublier lui-mme. Polyphme le dnonce aussitt son pre Posidon et il lui dit : il m'a eu, ce gringalet, et en plus il m'a eu par la ruse et en me solant, alors ne lui laisse pas de rpit. Il s'appelle Ulysse, il est le roi d'Ithaque, empche-le de rentrer chez lui.
Ce que Posidon va faire, bien sr, rendant la suite du voyage encore plus dure et Ulysse de plus en plus malheureux et solitaire. C'est pourquoi il y a en ralit plusieurs voyages dans le voyage. Longtemps l'Odysse va tre l'pope de l'absence et du dnuement. En arrivant chez les Phaciens, Ulysse n'a plus rien et il n'est plus rien. Il a tout perdu et il est perdu. Il va se retrouver, se remettre en perspective, partir des chants de l'ade phacien Dmodocos. Son voyage apparat alors comme une recherche des limites de l'humain, une errance sur un territoire que seul le discours, le logos, permettra de construire. L'Odysse est en ce sens une des premires manifestations du pouvoir du logos que Socrate va plus tard illustrer mais dont la posie homrique exprime le pressentiment. Tout en dnonant avec force les risques que les potes font si on peut dire courir la vrit et par suite la cit, Platon, ne peut pas se passer d'Homre qui est, l'ge classique, l'incontestable ducateur de la Grce. Pour les petits Athniens qui allaient l'cole, Ulysse tait un personnage familier, un complice, une sorte de grand frre. Aujourd'hui encore nous ressentons l'Odysse comme quelque chose qui nous parle, nous concerne, et en un sens nous appartient toujours
Au fil des Dialogues, Platon fait allusion aux textes homriques 164 fois et il fait 40 citations littrales de l'Odysse. Ulysse est donc frquemment voqu. Pour ne prendre que quelques exemples, dans l'Alcibiade, Socrate prend Ulysse pour rfrence au moment o il veut lancer un dbat sur le juste et l'injuste ; dans Hippias mineur, la querelle entre Ulysse et Agamemnon sert de point de dpart la rflexion qui va conduire au nul n'est mchant volon-tairement. Hippias prtend connatre Homre et Socrate demande qui, d'Achille et d'Ulysse, est le plus capable de mentir et de tromper. Dans Ion, Socrate se demande ce qu'il y a d'hu-main ou au contraire de divin dans la perfection du tir par lequel Ulysse a su, le jour venu, "se faire connatre des prtendants en rpandant ses flches". Au livre IV des Lois, Ulysse est prsent en stratge qui conteste avec finesse les dcisions d'Agamemnon en matire d'utilisation de la flotte. Et surtout, texte majeur, c'est l'me d'Ulysse qui joue un rle essen-tiel dans le dfil des mes voqu la fin du livre X de la Rpublique, dans ce qu'on appelle le mythe d'Er le Pamphylien. Les mes en instance de rincarnation vont, chacune au rang qui lui a t assign, choisir une nouvelle vie : Ulysse reprsente celui dont le choix de vie est clair et joyeux parce qu'il s'appuie sur l'exprience de l'errance, il est celui qui, faisant bon usage du logos, sait poser la question cruciale, la seule question qui vaille, et aussi, avec un peu d'avance, la plus philosophique : "quelle vie voulons-nous vivre ?".
L'Odysse est une aventure o le dplacement s'opre non pas seulement dans l'espace mais aussi dans la rationalit. Le point de dpart est l'errance, qui mobilise le vocabulaire du trajet, si important dans la philosophie antique : le verbe prao, traverser, et toute sa famille, apeiron, l'infini, poros, le passage, d'o la ressource - comme dans l'union de Poros et de Pnia dans le Banquet de Platon - aporia, l'absence de passage, la difficult, l'obstacle. Un verbe voisin, peirao, veut dire essayer, tenter, faire une exprience. Traverser, aller d'un bout l'autre est sans doute en effet la toute premire forme de l'exprience, et la traverse russie et donc cratrice a pour contraire l'errance. Tous ces termes dj prsents chez Homre se retrouveront, mtamorphoss, dans la bouche du Socrate platonicien puis dans toute la philosophie. Le dplacement dans l'espace va servir de modle au cheminement vers l'abstraction. Nous savons bien, je l'voquais en commenant, que parcourir un texte est une exprience de mme nature que parcourir le monde. Dans l'aventure d'Ulysse, il y a d'abord, avec l'erran-ce, l'avance dans un chemin (hodos) mais on sait que c'est une proprit des routes maritimes de n'tre pas traces d'avance : en mer, le chemin s'invente chaque fois car le passage dans les flots ne laisse aucune trace. Un navigateur ne suit pas une route matriellement trace, il la construit au fur et mesure et elle sera toujours refaire. Mais dans une seconde phase, le d-placement odyssen jouera un rle de mdiation dans le processus de conceptualisation, hodos le chemin deviendra mthodos, le chemin qu'on doit suivre, le chemin modle, en quelque sorte. La mthode rsulte d'une trace laisse par les parcours accomplis.
Cette volution, de l'errance d'Ulysse la mthode socratique, puis la dialectique, est de mme nature que celle qui conduit de l'erreur dans le monde sensible la vrit dans le ciel intelligible. Le mrite d'Ulysse, c'est d'aller l'aventure, de savoir affronter les alas du monde, de faire face tout ce qui lui arrive et de s'intgrer au rseau qui se constitue travers l'errance : la rencontre des errants est en un sens le principe des conversations auxquelles se prtera Socrate sur l'agora. Ulysse est en un sens un vritable faiseur de mythes qui conte des histoires la fois incroyables et relles et vridiques, puisqu'elles lui sont arrives et qu'en les contant lui-mme, en mme temps il en tmoigne. Hros d'endurance, il sait rsister la "tor-ture de l'espace sans repre". Plusieurs pisodes illustrent cette torture, lie ce qui est le cur mme de l'errance, le dficit de savoir ou de savoir-faire. Aprs l'affaire du Cyclope, il y a celle de l'le d'ole, une citadelle isole sans contact avec l'extrieur dont les habitants se reproduisent par inceste, puisque ole qui a eu six fils et six filles les a maris entre eux - endogamie extrme qui illustre le contre monde o volue Ulysse. ole a trs gentiment reu Ulysse, en qui il a vu un glorieux guerrier de Troie qui lui apportait quelques nouvelles de la rgion, remdes passagers son enfermement. Il lui a donn une outre pleine de vents - il n'a de pouvoir sur rien d'autre que les vents - avec laquelle il pourra rejoindre Ithaque, les vents favorables ayant t seuls activs et l'outre parfaitement ferme, avec la ferme consigne de ne surtout pas l'ouvrir. Mais alors que le navire est en vue d'Ithaque, alors qu'une fois de plus on se croit arriv, Ulysse s'endort, commettant donc la mme erreur que le Cyclope. Pendant son sommeil, les marins ne rsistent pas la tentation de voir quel trsor peut bien tre dans l'outre. Ils l'ouvrent, ce qui libre et active tous les vents. La mer se dchane et le bateau, de-venu ingouvernable, refait toute la route l'envers et se retrouve son point de dpart. Mais ole se montre moins hospitalier cette fois et il refuse de donner Ulysse une seconde chance. chec cuisant, li un dfaut de vigilance et qui sera suivi d'un autre pisode dramatique chez les Lestrygons, des gants cannibales. Il passera ensuite un an chez Circ, se reposer, fes-toyer et vivre avec Circ un duo amoureux qui se rvlera trs heureux. La lgende leur prte mme des enfants communs.
Circ, fille d'Hlios et petite-fille d'Ocanos, issue par consquent du feu et de l'eau, est ambigu par nature. Elle va donc se montrer la fois corruptrice et bienfaitrice. Elle est une magicienne hospitalire, qui vit sans homme, entoure d'animaux sauvages (des lions et des loups) mais qui ont un comportement domestique, et qu'elle drogue tous ses visiteurs humains et les transforme en porcs afin qu'ils oublient d'tre des hommes et de vouloir rentrer chez eux, ce qui est d'une certaine faon assure leur bonheur et en mme temps les dpouille de leur libert - programme minemment moderne. Ulysse va tre protg de cette mtamorphose par un contrepoison que lui a donn Herms, le moly, antithse du lotos des Lotophages, et qui symbolise finalement la raison. L'le de Circ est le seul lieu o Ulysse va par moments oublier Ithaque : pour une fois ce sont ses compagnons faits cochons puis redevenus hommes grce son intervention auprs de Circ, qui vont lui rappeler qu'il est temps de partir. Finalement, la sagesse d'Ulysse l'emportera sur le dsir et sur la sensualit et il quittera, le cur lourd, sa bien-aime. Cet pisode, o le risque de l'oubli est li au sortilge de l'amour, forme avec celui des Lotophages et celui de Calypso une sorte de trilogie de l'oubli, qui dfinit la problma-tique de la nature duelle de l'oubli, rconfort d'un ct ou au contraire perdition de l'autre. La source grecque le dit bien : althia, la vrit, est construite comme la ngation de lth, l'oubli. La vrit s'identifie "ce qui n'est pas oubli ou ne doit pas l'tre".
Errance et mthode : l'infinie diversit de l'approche du vrai
Donc, Circ a laiss partir Ulysse en le prvenant qu'il devait se rendre d'abord chez les Cim-mriens, au pays de la nuit o se trouve l'entre du sjour des morts, pour consulter aux Enfers le devin Tirsias, qui lui indiquera sa route. C'est ce qui arrive au chant XI, avec la nekuia, l'vocation des morts, dans le trajet vers l'Hads, grand moment de toute cette navigation de l'incertitude. Circ a dit Ulysse qu'il n'y a pas besoin de route, de hodos. Elle lui a dit hisse les voiles et les vents te porteront. Faute de route, le vaisseau vogue sans pilote, ce qui est l'quivalent d'une pense sans mthode. On est ici dans l'extrme perdition, qui convient bien un sjour chez les morts, spectres sans noms et sans visages. Ulysse, qui est d'abord saisi d'horreur devant le magma informe de ce monde souterrain, va s'entretenir avec plusieurs morts illustres et avec quelques grandes figures des Enfers. Il va croiser notamment Achille, qui passe l la mort glorieuse qu'il a tant dsire, choix qu'il ne confirmerait pas, il le reconnat, si c'tait refaire. Il prfrerait tre un paysan pauvre d'une contre ingrate, mais vivant. Ulysse parle aussi avec le fantme de sa propre mre, Anticle, qui lui donne des nouvelles de Pnlope, toujours fidle, de Larte, de Tlmaque : aux enfers on est bien inform. Surtout, il apprend de l'ombre de Tirsias ce qu'il doit savoir pour faire route vers Ithaque.
Jusque-l, l'errance d'Ulysse a t une sorte de perte progressive, de "dessaisissement". Il a su faire face mais n'a pas pu se fixer, mme lorsqu'il tait bien accueilli et heureux. Chaque pisode a reprsent un monde qui semblait possible mais qui s'est chaque fois rvl tre une difficult insurmontable, une aporie. Cette dchance rpte de l'individu dsesprment isol est sans doute l'image de la prhistoire de l'existence sociale des hommes avant la vie rgle dans la cit. Mais l'tat final d'une Ithaque de paix et de justice n'interviendra que lors-que Ulysse aura triomph de l'errance et que mthodos aura pris compltement la place de hodos. L aussi peut tre fait le parallle avec Socrate, qui ne devient plus savant que ses con-temporains, et de faon trs relative et trs rversible, qu'aprs avoir compris et intgr sa propre ignorance, dont il fait dclaration si souvent qu'elle devient vite un vritable leitmotiv. D'ailleurs, la double feinte qui constitue l'ironie socratique - la fois aveu d'ignorance et acceptation apparente du savoir illusoire que croit dtenir l'interlocuteur - a tout d'une ruse la manire d'Ulysse. Ce qui va mettre fin l'errance, c'est de la part d'Ulysse un rebond sur l'adversit, une matrise patiemment construite de la pense et de l'action, une premire phi-losophie en somme, dont tmoignent dj plusieurs pisodes de l'errance qui sont aussi les plus intressants et les plus dlicieux. C'est en pensant eux qu'Alain peut dire que "les dieux sont des moments de l'homme" et que "cette pense est crite dans les navigations d'Ulysse". La ruse d'Ulysse est la toute premire phase de la "dialectique de la raison", la rationalisation de tout dfi, le moyen rationnel "de se perdre pour mieux se prserver".
plusieurs reprises cette ruse d'Ulysse atteindra des sommets. C'est le cas notamment dans l'pisode des Sirnes. Aprs la visite aux morts, Ulysse doit affronter Charybde, un gouffre qui engloutit, et Scylla, un rocher sur lequel est juch un monstre dvorant six ttes, tout cela avec un danger supplmentaire qui est que tout navire qui passe par l entend les Sirnes, femmes-oiseaux ou oiseaux-femmes de l'le du Soleil. Et les marins ne rsistent pas au charme de leur chant ensorceleur, ce qui les prcipite sur les cueils. Le texte dit que "les belles Sirnes au chant clair sont assises dans un pr, entoures des os et des corps dcompo-ss", les corps des marins qu'elles ont dtourns et privs de retour. La ruse d'Ulysse traduit une prudence par rapport la sduction du sensible, puisqu'il fait boucher les oreilles de ses compagnons avec de la cire. Cependant il sait qu'on ne peut pas ignorer tout fait le sensible. Ulysse veut donc la fois entendre le chant et chapper ses dangers. Il se fait solidement attacher au mt par des cordages. Les compagnons auront la sagesse de ne pas retirer la cire de leurs oreilles et de ne pas cder quand Ulysse leur demandera de desserrer ses propres liens. Selon la tradition, la cire reprsente les leons du matre qui permettent au disciple d'acqurir une me forte et de ne pas succomber aux sollicitations du monde. Les cordages figurent les liens du philosophe avec la sagesse. Les Sirnes, dit Vernant, "rvlent la vrit avec un grand V, [] elles sont la fois l'appel du dsir de savoir, l'attirance rotique, la sduction mme et la mort". Le travail de la raison est essentiel dans cet pisode.
Un autre pisode, postrieur celui-ci et qui anticipe aussi sur passage de l'hodos au mthodos, est celui du sjour chez Calypso. Le nom mme de Calypso renvoie la fois ce qui cache et ce qui est cach : kaluptein, c'est envelopper, couvrir, dissimuler. La desse Calypso est la fois celle qui cache (elle cache Ulysse) et celle qui est cache et elle vit toute seule, au bout du monde. Personne ou presque ne la visite jamais. Ulysse va rester l six ou sept ans. Pendant tout ce temps il mne la belle vie. Mais tre cach signifie pour lui renoncer au moins pour un certain temps au nostos, au retour, c'est--dire renoncer tre lui. Il est arriv seul dans cette le, qui est un vrai paradis en miniature, rempli des fleurs, de bois, de jardins, de grottes magnifiquement meubles, o Calypso file, chante pour Ulysse et fait l'amour avec lui. Ce sjour pourrait, dans le voyage terrible qu'est l'Odysse, tre une parenthse divine, mais il faut croire ce qui est divin ne convient pas aux mortels. Calypso voudrait garder Ulysse et en faire son poux - et elle ne lsine pas sur les moyens, dans tous les domaines. Lui au contraire va se lasser d'elle et de ses charmes. Ce qui se passe chaque soir dans leur chambre est rvlateur : "elle qui voulait et lui qui ne voulait pas", dit sobrement le texte.
Les dieux comprennent qu'Ulysse vit mal cette situation. Ils tiennent un conseil o Athna fait remarquer que cet homme, aprs tout, ne leur a rien fait et qu'on ne peut pas l'abandonner l, comme dans des oubliettes, pour l'ternit. Ils dpchent donc Herms pour demander Calypso de laisser partir Ulysse. Par ordre de Zeus. Et Calypso se met en colre : vous tes de grands malades, vous tes des jaloux pathologiques qui ne supportent pas qu'une desse comme moi soit heureuse avec un simple mortel. J'interprte, l, je ne cite pas. Mais Herms ne peut pas revenir sur un ordre donn par Zeus. Ulysse sera libr, l'affaire est entendue. Dans une scne sublime, Calypso est prise de compassion en voyant Ulysse assis sur un rocher, avec la mer ses pieds, pleurant chaudes larmes - des larmes de douleur, de cette douleur particu-lire qui s'appelle nostalgie. Elle va vers lui et lui dit doucement : "Je ne veux plus qu'ici, mon pauvre ami, tu consumes tes jours". Et elle lui promet de l'aider de son mieux prendre le large, rentrer chez lui par la mer vineuse. Alors que le soleil se couche, ils entrent une der-nire fois dans la grotte "dans les bras l'un de l'autre pour s'aimer". C'est aux vers 225-227 du chant XII, pour ceux qui voudraient revenir ce scnario bouleversant aux accents hollywoodiens.
Calypso avait d'abord propos Ulysse un march : s'il acceptait de rester auprs d'elle, il demeurerait ternellement jeune et deviendrait immortel, il aurait un statut divin. Et contre toute attente, Ulysse a refus. Il y a l encore une premire : c'est le premier grand refus indi-viduel de l'Occident. Par parenthse, un autre refus qui comptera en Grce ancienne, un magnifique refus en forme de rbellion sera celui d'Antigone. Mais je reviens Ulysse : il sait que Calypso est une trs belle femme, mais il prfre la sienne. Et puis il ne veut pas tre un dieu : dans l'ternit rien ne se passe, alors mieux vaut le temps qui s'coule, la bonne vieille dure humaine, d'autant plus prcieuse qu'elle est appele prendre fin. Ce texte prfigure la thma-tique de la philosophie occidentale du temps mais il anticipe aussi sur toute la tradition de la sagesse antique, car Ulysse, qui a pourtant vu les morts de trs prs, veut juste tre lui, un homme, un simple mortel, il prfre en ce sens la nature la divinit. La gloire ternelle qu'il pourrait avoir s'il restait serait une gloire en quelque sorte anonyme : il n'est connu qu' Ithaque, ici pour le coup il serait Outis, il ne serait vraiment personne. Dans un renversement complet de perspective, Ulysse confirme son souci du retour plus que de toute autre destine. Le renoncement ce que beaucoup d'hommes considreraient comme un avantage dsirable est une attitude qui a dj quelque chose de socratique. Autre aspect pr-platonicien : selon la tradition, Calypso retenant Ulysse symboliserait le corps qui retient l'me captive. En vrit, elle a chou faire oublier Ithaque Ulysse, lui faire quitter la place qui lui a t assigne dans le cosmos. Cet amour de son sort, cet amor fati dont parlait Nietzsche, est sans doute bien, comme le soutient Luc Ferry, le "premier message philosophique de l'Antiquit".
Passage chez les passeurs : retour la finitude
Choisir Ithaque, c'est choisir de quitter la prison de l'illimit, de revenir dans le monde de la finitude, de raliser un idal humain. D'ailleurs, les derniers pisodes n'expriment plus une trajectoire aussi tumultueuse que les premiers. La symbolique du moyen de transport le montre bien : Ulysse tait parti sur un radeau rustique, fabriqu avec des branches d'arbres que Calyp-so l'avait aid couper. Ce radeau a t foudroy, bien entendu, par Posidon, mais grce Ino Leucothe, la desse des naufrags, qui lui fournit une charpe faisant office de voile, Ulysse est arriv malgr tout sain et sauf chez les Phaciens Et plus tard, il rejoindra Ithaque par un vaisseau phacien vloce et perfectionn, qui formera avec le radeau un saisissant contraste. Car les Phaciens sont un peuple de passeurs, ils sont des intermdiaires entre les dieux et les hommes. Ils ont des bateaux magiques qui naviguent seuls, sans pilote et toute vitesse. Ils reprsentent une civilisation outille et potique la fois. Par exemple ils font garder leurs portes par des chiens de mtal plus efficaces que de vrais chiens. Pourtant, et il y a l une le-on prophtique pour notre modernit technicienne, il vaut toujours mieux se mfier de ce qui est infaillible : dans une socit o tout russit, il n'y a pas d'attente, pas de manque, pas d'preuves et par consquent pas d'histoire. D'ailleurs les Phaciens ne reoivent jamais de visite humaine et ils n'accueillent que des dieux de passage ; c'est la venue d'Ulysse qui intro-duit l'histoire chez eux.
Ulysse va rester l longtemps, il va faire chez les Phaciens une espce de sjour de transi-tion. Il s'tait retrouv puis, sale, lamentable, sur une plage de cette le des Phaciens, et il y avait rencontr la fille du roi, la belle et pure Nausicaa, qui il avait su parler avec tant de charme, malgr son apparence repoussante, qu'elle l'avait finalement conduit au palais royal. C'est l, la cour, lors d'un festin donn en son honneur, qu'Ulysse fait le rcit de tout ce qui prcde et que le roi, qui pourtant voit en lui un gendre idal - et Nausicaa ne demanderait pas mieux que de l'pouser - dcide finalement de le faire reconduire chez lui, de le faire repasser du monde de nulle part sa trs chre patrie terrestre, Ithaque. Derniers adieux Nausicaa, qui aura t l'ultime tentation d'Ulysse, aprs Circ et Calypso. Car il faut dire qu'Ulysse les a toutes les trois plus ou moins trompes et abandonnes aprs beaucoup de belles paroles. En tout cas, fin du sjour chez les Phaciens et cap sur Ithaque en bateau automatique.
Par dfinition, un voyage cesse une fois la destination atteinte, ou du moins il change alors profondment de nature. Ulysse est de retour Ithaque, sa patrie, l'endroit d'o il tait parti pour Troie, et l'objet de sa nostalgie pendant vingt ans. Mais c'est le voyage qui est achev, et non toute l'aventure. Les chants XIII XXIV ne sont plus une errance mais ils en sont en quelque sorte la face sdentaire, ils reprsentent la premire vraie conversion du dplacement en un systme de catgories. Dans l'Hippias mineur de Platon, Socrate met en avant la parent entre l'errance et l'opinion et il montre que la recherche de la vrit est la poursuite d'un quilibre dans l'ocan des concepts, qu'il faut savoir aller, je cite, d'un ct et de l'autre, comme faisait Ulysse avec son radeau. L'errance est l'exprience o la raison a pu se construire, un peu comme l'excursion fait natre des ides. Penser, c'est prendre ses distances avec ce qui est dsordonn, c'est - comme Ulysse en perdition - trouver une prise et mettre avec le monde un cart suffisant pour ne pas tre englouti. C'est amener le logos prendre sa place. La mthode socratique consiste rassembler des opinions errantes pour les dmonter, les rfuter, les puri-fier et les "trier", comme dit Platon dans le Sophiste, dsignant une sorte de navigation cri-tique o il faut sans cesse choisir la bonne direction. Direction, route, embranchement, bifurcation, toutes ces ralits concrtes dans le voyage d'Ulysse prennent avec Platon une dimension nouvelle : l'adjonction de mta devant hodos a donn naissance la mthode, c'est--dire, selon la formule de la Rpublique, "une route dtermine". La dialectique va tre la trans-position la pense du mouvement du monde.
D'Ulysse Socrate : suite du voyage
C'est en ce sens que Platon institue la philosophie comme voyage - et dans voyage il y a voie, avec le double sens de passage emprunter et de conduite tenir. La plupart des Dialogues pourraient tre relus en portant une attention spciale la terminologie du dplacement, int-gre au logos et formant dsormais l'armature du discours. Un seul exemple suffira : il est dans le Banquet, o tout d'un coup sont concentrs tous les lments de la mthode, o toute la dmarche de la pense est ramene son origine, le dialogue de l'me avec elle-mme. Le texte prcise les conditions ("la route qui monte la ville est faite pour qu'on y converse en marchant, poreuomnois), puis il dit cette chose d'une concision absolument blouissante : "Chemin faisant, Socrate avanait en se laissant distancer". Dans ce se laissant distancer se profile dj toute la dmarche philosophique. Il serait intressant de reprer dans les textes platoniciens les diffrentes sortes de chemin faisant, sur les chemins qui descendent vers la "beaut d'ici bas", sur ceux qui montent vers les ides, sur ceux qui contournent, sur ceux qui conduisent au loin et ceux qui ramnent en arrire, comme dans le passage du Philbe o est voque, d'une formule qui pourrait tre d'Ulysse, "la route pour rentrer chez nous". (c'est dans le Philbe, en 62 b). Socrate mriterait le brevet de navigation que reoit Ulysse quand il est appel, au chant XII, "le chercheur de passes (porous)".
beaucoup d'gards il existe une vraie ressemblance entre Ulysse et Socrate, et mme, malgr ce qui les spare, une sorte de continuit. L'un et l'autre sont la fois des individus bien part et des emblmes de l'humanit entire. Ulysse est polutropos, l'homme aux mille tours, c'est--dire que personne ne saurait agir ni mme tre comme lui. Socrate est atopos, c'est--dire insolite, droutant (dans droutant il y a route), trange (nous avons rencontr tout l'heure l'tranget), toujours ailleurs qu' sa place, ce qui est une forme discrte et en rduc-tion d'Odysse permanente. Ils ont presque quelque chose d'interchangeable. Socrate dclare d'ailleurs dans le Thtte : "on dit que je suis atopotatos, et que je ne cre que de l'aporia". Tous deux se rejoignent dans le charme et dans la sduction, qui sont peut-tre deux aspects d'une mme ruse fondamentale qui consiste "susciter une mprise puis d-tromper" - je cite l une formule de Paul Ricur. Dans Le Gai Savoir, Nietzsche dit de Socrate qu'il tait "un charmeur de rats qui faisait sangloter les jeunes gens les plus pleins d'eux-mmes". Il a t "un matre irrsistible". Il ne lui aurait manqu, vu sa lgendaire laideur, qu'une intervention d'Athna pour l'embellir l'occasion, comme elle le faisait pour Ulysse, qui en a eu besoin certains moments dcisifs, malgr son physique avantageux, sa rputation de sducteur n'est plus faire. Il y a en somme en Ulysse un Socrate des mers et en Socrate un Ulysse de l'agora. L'un et l'autre possdent au plus haut point un art du verbe, une passion pour le logos : c'est l'vidence pour Socrate mais cela vaut pour Ulysse, dont il a t dit dans l'Iliade que "sa parole a la densit et la rgularit des flocons de neige en hiver". On ne peut pas ne pas penser galement ce qui est a t leur apparence commune de pauvre hre, de mi-sreux mal vtu et mal lav. On se souvient que Socrate errait nu-pieds avec son manteau et sa besace et qu'il s'tait lav tout spcialement pour assister au Banquet, ce qu'il appelle avec humour "se faire beau (kalos ggnmnos)", en fait prendre un bain et mettre des san-dales. Quant Ulysse, il sera dans toute la fin de l'Odysse, du chant XIV au chant XXII, le mendiant pitoyable qu'Athna a fait de lui. Car Athna est une desse de la mtamorphose et la dernire partie de l'Odysse est une pope des apparences, une longue rvlation dans la-quelle se vrifie la conception grecque de la vrit : althia se dfinit comme le dvoilement, le moment o on ne cache plus. Elle semble toujours natre, comme Heidegger l'a souvent rappel, d'une dissimulation pralable, elle est ce qui d'abord nous chappe. Althia drive, avec un alpha privatif, de lanthano, faire oublier, dissimuler. Le premier signe va tre qu'Ulysse ne reconnat pas Ithaque quand il y arrive. Son pays est pris dans une brume, dans une nue qu'Athna dissipera aprs avoir expliqu Ulysse qu'il doit rester incognito le temps de prpa-rer sa vengeance. Ulysse ne refuse pas de mentir, on s'en doute. Il sait bien qu'il ne pourra se dbarrasser de tous ses adversaires qu'en les dupant. C'est l que mensonge va rvler son utilit pratique en mme temps que son lien substantiel avec la vrit. Tout le temps o Ulysse n'est pas reconnu, il peut observer librement. Il voit Pnlope tisser puis dfaire son ouvrage, les prtendants occuper son palais avec arrogance et courtiser son pouse sans vergogne, les serviteurs se montrer fidles ou infidles - on pourrait mme dire rsistants ou collabos, si on pense Mlantho, la servante tratresse qui a pris le parti des prtendants et s'est compromise avec eux.
Ulysse va d'un ct cacher, d'un autre ct rvler qui il est, dcalant dans le temps, selon qui il a faire, le moment de se faire reconnatre. tre reconnu va reprsenter une valeur tour tour ngative et positive. Dans ces derniers pisodes, le voyage qui a pris fin en tant que d-placement dans l'espace se poursuit dans la temporalit, travers la dualit mouvante, selon les moments, de la dissimulation et de l'aveu : pour les uns, Ulysse est le mendiant en butte d'autres mendiants et la cruaut de ceux qui lui prennent sa place, des prtendants grossiers, tels qu'Antinoos et Eurymaque. Pour les autres, au contraire, il tente, derrire son apparence de mendiant, d'mettre les signes qui feront comprendre qui il est. Pour son vieux chien Ar-gos, il n'y pas besoin de signe, l'vidence suffit - l'vidence est l'absence de signe autre que ce qui est signifi. Argos, aussi pitoyable voir que son matre, dont il est le "double en chien", le reconnat instantanment. On se souvient de cette scne superbe. Argos, qui a reconnu son matre de faon mdiate, avec la sret instinctive de la connaissance animale, a peine le temps de montrer sa joie en remuant vaguement la queue qu'il tombe mort de faiblesse et d'motion. Et Emmanuel Lvinas s'est demand si Argos tait parent du chien qui, dans le camp o il se trouvait pendant la seconde guerre mondiale, tait la seule crature vivante considrer les prisonniers comme des hommes, un chien qui tait donc, disait-il, le "dernier kantien de l'Allemagne nazie".
Une srie de signes vont alors se succder. Pour Tlmaque, Athna rend un instant Ulysse son ancienne apparence. Malgr cela Tlmaque ne croit pas Ulysse quand celui-ci lui dit je suis ton pre. Mais Ulysse va ragir en pre, il va presque se mettre en colre. Je te dis que je suis ton pre et puis c'est tout. Cette manifestation d'autorit va suffire les instituer l'un comme pre, l'autre comme fils. Comme quoi est notre pre celui qui nous traite en pre.
Le philosophe sur le chemin de sa provenance
Pour Eurycle, la nourrice, c'est la cicatrice que porte Ulysse, qu'elle aperoit en lui lavant les pieds, qui sera le sma, le signe de reconnaissance. Car l'Odysse comporte dj toute une philosophie du signe. Comme marque dans la chair, la cicatrice est un signe profond, par oppo-sition au dguisement du mendiant, qui n'est qu'une "enveloppe opportune". Mais aucun signe ne semble tre suffisant pour Pnlope, tant elle veut tre sre que ce vieux mendiant aux mains fltries est bien l'Ulysse de sa jeunesse.
Ulysse, de son ct, a prpar sa vengeance avec son fils Tlmaque et avec ceux qui le soutiennent. Il a labor un plan qu'il va mettre excution lors d'une grande crmonie, dite crmonie de l'arc, une fte laquelle se rendent tous les prtendants, ravis d'tre invits et pensant que Pnlope va enfin choisir l'un d'eux pour en faire son poux et le nouveau roi d'Ithaque. Pnlope annonce en effet que celui qui parviendra bander l'arc d'Ulysse et atteindre les cibles deviendra son mari. Mais les prtendants vont les uns aprs les autres es-sayer sans succs de bander cet arc. Mme Tlmaque va son tour chouer. Il n'a tent sa chance que pour essayer de succder son pre et de dispenser sa mre de prendre un nouvel poux. Ulysse, enfin, demande essayer, sous les moqueries et sous les hues que ne manque pas de provoquer la candidature d'un vieux mendiant minable. Pourtant il russit sans difficult et mme il parade avec cet arc qui, dit le texte, chante "comme un cri d'hirondelle". Alors tout coup il tire et il tue Antinoos, le grand prtendant, la stupeur des autres prten-dants, qui pensent que ce mendiant compltement djet a fait mouche par hasard, qu'il a tu un homme en manquant la cible et qu'il est un vrai danger public. Mais cette polmique naissante ne dure pas : dans l'instant qui suit, Ulysse va les tuer tous. Il abat tous les prtendants, une centaine, jusqu'au dernier. Aprs quoi, il demande quelles servantes avaient dormi avec eux et il les fait toutes pendre, attaches au plafond, en cercle, comme des perdrix. La description de l'excution de ces servantes infidles est d'un ralisme terrifiant, qui a la "la froideur que de l'anatomie et de la vivisection". Le texte dit ceci : "une fois pendues, leurs pieds s'agitent encore un peu, mais pas longtemps". C'est ce qu'Adorno a appel "le tourment indicible et sans fin de la seconde d'agonie". L'Odysse propose l une tonnante grille de lecture du massacre, de la barbarie, du meurtre commis par l'homme lorsqu'il atteint les frontires de l'humain. Ce qu'on appelle la mnestrophonie, le massacre des prtendants (de mnstr, le prtendant), a t prmdit comme une sorte de gnocide en rduction. Ds le chant XX, Zeus avait envoy un signe favorable, un "clat de foudre dans un ciel sans nuage". Quant il tire sur Antinoos ce qui est prsent comme une "flche d'amertume", Ulysse le traite de chien et il menace clairement toute la meute des prtendants en disant : "c'est fini, les jeux anodins". Le problme de la justice et du pardon dans la cit est alors pos. "Antinoos a pay, mais pargne prsent tes sujets" dit Eurymaque, mais Ulysse rplique d'un ton cinglant : "pas un de vous ne m'chappera, la mort est dj sur vos ttes". Et il reprend jusqu'au bout son uvre de mort.
Aprs quoi, Pnlope, qui tait remonte dans ses appartements pour pleurer une fois de plus son poux, est appele par Eurycle la vieille nourrice, qui lui dit : descendez, les prtendants sont morts et Ulysse est en bas. L'tranger, c'tait lui. Pnlope ne la croit d'abord pas. Elle n'a pas encore admis que ce mendiant est Ulysse. Eurycle insiste, elle lui dit : si, si, c'est lui, et l'autre jour j'ai reconnu sa cicatrice. Pnlope alors descend. Ulysse est l, les yeux baisss, il ne dit rien. Et Pnlope se dit qu'il pourrait bien y avoir, aprs tout, d'autres hommes qu'Ulysse capables de bander l'arc et de faire un carnage. Dcidment, il lui faut d'autres preuves. Dj l'hsitation de Pnlope exprime magnifiquement l'interrogation dont la philosophie plus tard va s'emparer sur ce qui spare la ralit de l'apparence. Et quelques heures plus tard, alors qu'Athna a rendu Ulysse son aspect vritable, qu'il est redevenu lui-mme avec simplement les vingt ans de plus de son absence, Pnlope va obtenir le signe qu'elle attendait, le sma discriminant. Mine de rien, elle demande Eurycle d'installer pour Ulysse le lit de sa chambre, afin qu'il puisse y dormir car non reconnu encore, il relve du r-gime de la chambre part. Et l, le sang d'Ulysse ne fait qu'un tour : dplacer ce lit est impos-sible, dit-il. Je le sais bien, c'est moi qui l'ai construit. Un de ses pieds est un pied d'olivier enracin dans le sol. Alors ce lit ne peut pas bouger. On ne peut pas ne pas noter comment le dracinement d'Ulysse depuis vingt ans contraste avec l'enracinement du lit. En tout cas, voil enfin le signe, voil la vrit rvle. Pnlope tombe dans les bras de son poux et lui dit ce qu'il voulait tellement entendre et peut-tre la seule chose au monde qu'il voulait entendre, elle lui dit : tu es Ulysse. Ce n'est pas seulement un nouvel lment de scnario hollywoodien, c'est l'expression la plus parfaite, peut-tre, de la condition des hommes : chacun de nous a au fond de lui-mme quelque chose qu'il voudrait tant qu'on lui dise
Ils vont passer ensemble une seconde nuit de noces, dans ce lit impossible bouger parce qu'il ne fait qu'un avec la terre d'Ithaque. Ils vont se raconter ce qu'ils ont vcu pendant ces annes, leur itinraire, leurs aventures. Le temps s'est effac, tout est redevenu comme avant, avec en plus la gloire du retour inscrite dans la mmoire. Pour l'instant, tout est en ordre : le fils a un pre, les poux sont runis, le royaume d'Ithaque a retrouv la paix. Mais Janklvitch fait remarquer dans L'irrversible et la nostalgie qu'un tel retour n'est jamais totalement accompli. Laissant de ct la fin de l'Odysse, imagine Ulysse une fois qu'il aura repris sa vie de tous les jours avec Pnlope. Il est table, le regard absent, il est rveur et sans apptit. quoi peut-il bien penser ? Eh bien, " Calypso la toute divine, Circ l'enchanteresse, Nausicaa la si gracieuse, toutes les princesses lointaines qu'il a laisses sur sa route" car, dit en-core Janklvitch, dans la vie des hommes "tout est futur mme le pass". Et, en effet, un nouvel loignement, un nouveau voyage pourrait venir dire que ce retour n'tait en vrit qu'une sorte de rmission, car le mal du retour n'a jamais de fin. Le dsir du retour une fois satisfait amne la dception, comme tout dsir satisfait. Et c'est ce qui donnera sa force un autre dsir et un nouvel apptit d'exil. Ce qui restera jamais des aventures d'Ulysse, c'est justement cette tension, qui fait tout le prix du voyage, entre l'loignement et le retour puis entre le retour et un autre loignement car "on ne peut revenir soi sans avoir commenc par se porter ailleurs" et vice-versa. Et cette traverse toujours recommencer, c'est bien en un sens ce que nous appelons la philosophie : en allant sur les traces d'Ulysse, le philosophe remonte vers une "dimension oublie" et il avance sur "le chemin de sa provenance", parce que la philosophie tout entire est une nostalgie - une nostalgie de la vrit. Pour difier ses concepts, elle "s'alimente [aux] activits cratrices et existentielles de l'humanit [] qui ont une rsonance universelle", et donc la posie homrique. Car philosopher, c'est d'abord dcouvrir l'universel dans la singularit du monde.
La nostalgie éveille naturellement en nous des souvenirs, heureux comme douloureux. Pourtant elle a longtemps été associée à une forme maladive de la mélancolie ou un signe de dépression. Aujourd’hui, la recherche tend à revaloriser ce sentiment pour le réconfort et le bonheur qu’il apporte.
Nous sommes tous nostalgiques : d’une chanson de Léo Ferré, de quelques vers de Verlaine, d’une émission télévisée. Elle est le lien entre notre passé et ce que nous vivons aujourd’hui. Elle produit ainsi un sentiment de prolongement de soi et réduit la perception de la distance temporelle entre le présent et la période remémorée.
Mais être nostalgique ne signifie pas idéaliser le passé. Se remémorer son enfance, les années De Gaulle ou encore ces périodes où acheter une maison, ou trouver un emploi, étaient plus simples. Ces souvenirs font partie de soi, de son histoire, de son passé. On ne peut oublier ces années passées, mais on garde à l’esprit qu’elles étaient aussi traversées de zones d’ombres.
Peut-on aller jusqu’à parler de nostalgie positive ?
Oui car la nostalgie est synonyme de pensées positives puisqu’elle s’appuie sur des expériences le plus souvent heureuses (adolescence, premières fois, mariage, fêtes de famille…). En se remémorant son passé, on s’aperçoit que la vie est remplie de belles choses et qu’elle est pleine de sens. La nostalgie est donc utile car elle permet de s’appuyer sur son passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs et ainsi prendre des décisions adaptées pour son présent et son futur.
Loin de nous isoler, la nostalgie nous fait nous sentir libres et heureux. Elle intensifie le sentiment d’appartenir à un groupe générationnel et d’être connecté à d’autres. Ce sentiment de cohésion permet d’aller de l’avant en restant fidèles aux valeurs qui nous étaient chères plus jeunes : le sentiment de liberté, l’importance de l’amour et de l’amitié.
Se souvenir des jours heureux, de notre jeunesse énergique où nous prenions la vie et le Monde à bras-le-corps, permet aujourd’hui de continuer d’aller de l’avant et de vivre une retraite libre et épanouie. Nous vous avons convaincus ? Participez à notre sondage et (re)découvrez la Génération Senioriales.
"Sur un point au moins la nostalgie diffre du spleen, de l'angoisse ou de l'ennui : la nostalgie, elle, n'est pas une algie entirement immotive ni entirement indtermine. Ce je-ne-sais-quoi sait ou pressent quelque chose. Cette douleur sans rien d'endolori ne reste pas longtemps innomme Cette algie-l peut dire de quoi elle souffre, de quoi elle est le mal : elle est le mal du pays ; elle dit elle-mme sa raison dterminante, et elle la dit dans son complment dterminatif : le mal du pays , toska po rodini[1]. Voil une toska qui a l'air de connatre la cause de la maladie ! Et non seulement le mal du pays localise l'origine de sa langueur, mais la nostalgie indique pour sa part le remde : le remde s'appelle le retour, nostos ; et il est, si l'on peut dire, la porte de la main. Pour gurir, il n'y a qu' rentrer chez soi. Le retour est le mdicament de la nostalgie comme l'aspirine est le mdicament de la migraine. Ithaque est pour Ulysse le nom de ce remde. C'est du moins ce que l'on croit"
Vladimir Janklvitch, L'irrversible et la nostalgie, 1974, Champs essais, 2011, p. 340.
[1]Toska po rodini : expression russe qui dsigne donc le mal du pays.
"Nous avons besoin de distinguer la nostalgie de la mmoire rassurante des temps heureux, qui permet de relier le prsent au pass, et d'offrir un sentiment de continuit. L'appel motionnel aux souvenirs heureux n'est pas li la dprciation du prsent, typique de l'attitude nostalgique. La nostalgie renvoie au sentiment que le pass offrait des joies dsormais inenvisageables. Les reprsentations nostalgiques du pass voquent une poque jamais rvolue, et pour cette raison intemporelle et inchange. La nostalgie, au sens strict du terme n'implique en rien l'exercice de la mmoire, puisque le pass qu'elle idalise reste en dehors du temps, fig en une ternelle perfection. Il arrive que la mmoire idalise le pass, mais pas pour condamner le prsent. Elle tire espoir et rconfort du pass afin d'enrichir le prsent, et de faire face avec courage ce qui nous attend. Elle envisage le pass, le prsent et le futur comme continus. Elle est moins proccupe par la perte que par notre dette permanente l'gard d'un pass dont l'influence formatrice persiste vivre dans nos manires de parler, nos gestes, nos ides de l'honneur, nos attentes, notre disposition fondamentale l'gard du monde qui nous entoure."
Christopher Lasch, Le Seul et vrai paradis, 1991, tr. fr. Frdric Joly, Champs essais, 2006, p. 101-102.
"Le voyageur revient à son point de départ, mais il a vieilli entre-temps ! [...] S'il était agi d'un simple voyage dans l'espace, Ulysse' n'aurait pas été déçu; l'irrémédiable, ce n'est pas que l'exilé ait quitté la terre natale: l'irrémédiable, c'est que l'exilé ait quitté cette terre natale il y a vingt ans. L'exilé voudrait retrouver non seulement le lieu natal, mais le jeune homme qu'il était lui-même autrefois quand il l'habitait. [...] Ulysse est maintenant un autre Ulysse, qui retrouve une autre Pénélope... Et Ithaque aussi est une autre île, à la même place, mais non pas à la même date; c'est une patrie d'un autre temps. L'exilé courait à la recherche de lui-même, à la poursuite de sa propre image et de sa propre jeunesse, et il ne se retrouve pas. Et l'exilé courait aussi à la recherche de sa patrie, et maintenant qu'elle est retrouvée il ne la reconnaît plus. Ulysse, Pénélope, Ithaque : chaque être, à chaque instant, devient par altération un autre que lui-même, et un autre que cet autre. Infinie est l'altérité de tout être, universel le flux insaisissable de la temporalité. C'est cette ouverture temporelle dans la clôture spatiale qui passionne et pathétise l'inquiétude nostalgique. Car le retour, de par sa durée même, a toujours quelque chose d'inachevé : si le Revenir renverse l'aller, le « dédevenir », lui, est une manière de devenir; ou mieux: le retour neutralise l'aller dans l'espace, et le prolonge dans le temps ; et quant au circuit fermé, il prend rang à la suite des expériences antérieures dans une futurition' ouverte qui jamais ne s'interrompt: Ulysse, comme le Fils prodigue', revient à la maison transformé par les aventures, mûri par les épreuves et enrichi par l'expérience d'un long voyage. [...] Mais à un autre point de vue le voyageur revient appauvri, ayant laissé sur son chemin ce que nulle force au monde ne peut lui rendre : la jeunesse, les années perdues, les printemps perdus, les rencontres sans lendemain et toutes les premières-dernières fois perdues dont notre route est semée.
Vladimir Jankélévitch, L'Irréversible et la Nostalgie, Éd. Flammarion, 1983, p. 300.
La nostalgie aspire au passé, particulièrement pour un moment ou un endroit où nous avons eu de bonnes expériences ou qui génèrent de bons souvenirs. Cela peut être un moment spécifique ou le "bon moment" de la jeunesse, par exemple.
Au cours des siècles passés, on croyait que la nostalgie était une maladie, mais Aujourd'hui, nous savons que ce n'est qu'un état d'esprit. Par nostalgie, on trouve souvent des issues de secours pour un présent souvent complexe et peuplé de problèmes.
Se sentir nostalgique peut nous amener à naviguer entre des sentiments de solitude, manque de sens de la vie et déconnexion avec ceux qui nous entourent. Il peut nous ancrer dans le passé, en oubliant que ce qui existe est le maintenant..
Maintenant bien, d'autres fois, il peut améliorer l'ambiance et nous offrir une plus grande sécurité. Tant que, oui, nous n’avons pas à y recourir constamment. La nostalgie devient présente au contact d'un arôme, d'un objet, d'un son ou d'une image. En bref, quelque chose qui évoque un patch d'hier.
Regardez en arrière et sentez votre cœur se contracter. C'est un mélange de sucré et salé ... ça doit être nostalgie.
La nostalgie sert-elle quelque chose??
Wildschut, Tim, Sedikides, Constantine, Arndt ont mené une étude en 2006 qui a été publiée dans le Journal de personnalité et psychologie sociale. Selon ce travail, les gens vivent généralement cet état comme un moyen de trouver un élan vital à un moment donné.
Il remplirait donc un but psychologique et un renforcement émotionnel. De plus, avec des livres aussi connus que L'avenir de la nostalgie , de Svetlana Boym, rappellent qu'il existe deux types de nostalgie: la nostalgie "restauratrice" et la nostalgie "réfléchissante".
La première tente de revenir dans le passé car elle voit dans ce moment d'hier un état de bonheur et de bien-être. La nostalgie réfléchissante est quant à elle la plus saine. C’est celui qui revient de temps en temps dans le passé mais qui comprend que ce qui compte est l’ici et maintenant. L'expérience est un héritage indélébile à apprécier mais où ne pas rester trop longtemps.
Voyons cependant quelles sont les autres fonctions de la nostalgie.
1. Préparation émotionnelle
La nostalgie vous prépare à de nouvelles expériences similaires à celles du passé. Dans ce cas, il est complété avec les attentes. Il vous remplit d'enthousiasme et d'émotion pour ce que vous attendez.
Se souvenir d’expériences passées et imaginer le futur te fait te sentir plus fort en peu de temps, parce que tu te sens plus en sécurité. Il est plus facile d’atteindre un objectif ou de réaliser un rêve si vous l’associez émotionnellement à une réussite passée..
2. Cela vous rend plus créatif
En nous fournissant des sensations et des émotions, il nous rappelle également son manque. Cela vous fera bouger pour ramener ce que vous aspirez. Parfois, cela peut se traduire par l'achat de quelque chose et parfois par de nouvelles relations ou par la modification de nos attitudes. Mille et une façons de créer pour obtenir et ressentir à nouveau ce que nous vivons.
3. Créer des liens émotionnels ou les renforcer
De nombreuses amitiés durent ou se renforcent grâce à la nostalgie. Avez-vous rencontré un vieil ami d’enfance et lorsque vous parlez du passé, la relation renaît? Quelque chose de similaire se produit avec des couples qui, avant de terminer la relation, en parlent et trouvent de nombreux souvenirs et expériences qu'ils ne veulent pas perdre.
La nostalgie peut parfois raviver une flamme éteinte
4. Cela vous donne plus de sécurité
Il a été démontré que dans les moments de transition, de calme ou de froid, la nostalgie nous soutient. Cela peut sembler étrange, mais même le simple souvenir d’une journée à la plage peut vous faire sentir que la chaleur.
La même chose arrive quand vous faites face à une nouvelle expérience qui génère de l'incertitude. En vous souvenant d'une situation où vous avez bien réussi et que vous avez réussi, vos attentes changent.
Les risques de nostalgie
Le psychiatre Luis Rojas, nous explique dans son livre Antidotes pour la nostalgie quelque chose que nous devrions considérer. Cet état nous emprisonne très souvent dans des situations où nous ne cédons pas à l'innovation, à l'impulsion, au progrès personnel. Cela met à rude épreuve notre capacité d’avancer et de grandir en tant que personnes.
Quand cette émotion nous fait déformer et idéaliser le passé, nous allons commencer à laisser tomber beaucoup de choses.
Si vous vous concentrez trop sur la récupération de ce que vous aviez autrefois, vous pouvez tomber dans l’utopie et ne plus vivre le présent..
La nostalgie peut nous lier au passé et nous faire oublier et déconnecter de notre quotidien. En fait, il n'est pas rare de trouver des personnes qui considèrent que le meilleur de leur vie a déjà passé et qui font de leur mieux pour le récupérer..
Cela peut être une jeunesse, une relation de couple, une possession matérielle, etc. Quel que soit l'objet de leur désir, tous s'accordent sur le malheur que leur procure la mémoire. La clé est d’apprendre à vivre dans le présent en utilisant la nostalgie pour avancer vers le futur.
Les souvenirs qui évoquent nos cinq sens Une odeur qui nous transporte dans notre mémoire, une image du passé, un moment qui semble déjà avoir vécu ... Nos sens et nos souvenirs sont-ils ... En savoir plus "
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18/09/2020
Au revoir les amis
J'ai écrit sur ce blog pendant plus de 13 ans et nous avons passé de bons moments de réflexion et de partages.
Des problèmes ont fait que ce blog n'est plus sécurisé et que Google ne référence plus mes textes. C'était un blog payant et je ne compte pas renouveler mon abonnement chez hautetfort.
Le blog va donc disparaitre à brève échéance.
Pour ceux qui y étaient attachés, soyez rassurés la totalité du blog est sauvegardée.
C.G.Jung écrit, le 2 septembre 1960, dans les derniers mois de sa vie, une longue lettre tout à fait remarquable. J'y reviendrai un jour mais je vais aujourd'hui en publier un extrait qui me semble d'actualité. (Ariaga).
***
" Le grand problème de notre temps tient à ce que nous ne comprenons pas ce qui sepasse dans le monde. Nous sommes confrontés à l'obscurité de notre âme et à l'inconscient. Des impulsions pressantes en proviennent, obscures, impossibles à reconnaître. Il évide et met en pièces les formes de notre culture et ses réalisations historiques majeures. Nous les avons perdues, ou bien elles se trouvent dans le futur. Nos valeurs chancellent, il n'y a plus rien de certain, même la sanctissima causalitas est descendue du trône des axiomes et s'est transformée en simple champ de probabilités.
Quel est donc l'hôte terrifiant et funeste qui frappe à notre porte ? La peur le précède, montrant que les ultimes valeurs se mobilisent à son encontre, ces valeurs auxquelles nous avons cru jusqu'ici et qui maintenant donc s'écroulent, cependant que notre seule certitude est de savoir que le monde nouveau sera différent de ce à quoi nous sommes habitués. "
Jung a entretenu une abondante et passionnante correspondance avec le grand physicien, prix Nobel, W. Pauli. Dans une lettre du 24 octobre 1953 il lui fait part d'un certain sentiment d'isolement dans son domaine de recherche :
"je suis très heureux de voir que nos positions se rapprochent l'une de l'autre car, si vous vous sentez à l'écart de vos contemporains lorsque vous vous confrontez à l'inconscient, sachez que j'éprouve le même sentiment, de façon plus marquée encore car je m'occupe d'un domaine lui même isolé et cherche à jeter un pont au dessus du gouffre qui le sépare du reste. Ce n'est vraiment pas un plaisir d'être sans cesse perçu comme quelqu'un d'ésotérique. "
Peut être ces mots de Jung feront-il écho chez certains chercheurs de vérité qui se sentent seuls sur le chemin.
Comme on laisse une vieille chaussure sur le bord du chemin, je quitte mon appartement de location vieux, à la décoration improbable et à la limite de l'insalubre, pour aller loger dans un lieu tout neuf à quelques centaines de mètres.
Ce qui complique les choses c'est que je déménage dans quelques jours et que le nouveau lieu n'est pas encore prêt. Je vous laisse imaginer les complications avec un grand appartement tout plein et la quantité de livres qui a fait dire au déménageur que c'était plutôt un transport de bibliothèque.
Et le chat qui ne va pas apprécier !
S'ajoutent des problèmes d'internet car je risque d'être "coupée" pendant un temps indéterminé.
Je vais donc me mettre en "vacances" de blog pendant un moment mais vous savez tous que je suis très attachée au laboratoire et je ferai pour le mieux .
Je vous embrasse tous amis fidèles, connus et inconnus.
Marguerite Yourcenar et son livre l'Oeuvre au Noir, qui est quasiment sorti tout seul de ma bibliothèque où il dormait depuis longtemps, m'ont donné à nouveau l'envie de partager sur ce blog. Je l'avais lu il y a...une bonne quarantaine d'années mais je viens de le relire et j'ai compris que...je n'avais pas compris ! Mais ceci est une histoire entre moi et Moi.
Je n'avais pas vu que, à la fin du premier chapitre, à la p.20, la clef pour ouvrir la porte est offerte au lecteur. C'est le moment où Zénon, l'alchimiste auquel on demande avec qui il a rendez vous répond : " Moi-même ".
Entre autres, deux moments du livre m’ont éclairée comme si je voyais une lampe brillant dans un noir où je me serais perdue.
Dans le chapitre l'abîme il est écrit :
"Depuis plus d'un demi-siècle, il se servait de son esprit comme d'un coin pour élargir de son mieux les interstices du mur qui de toute part nous confine. Les failles grandissaient, ou plutôt le mur, semblait-il perdait de lui même sa solidité sans pour autant cesser d'être opaque, comme s'il s'agissait d'une muraille de fumée au lieu d'une muraille de pierre."(p.234)
Comment ne pas penser à Jung quand il disait que, pour lui, les murs entre le conscient et l'inconscient étaient plus transparents que pour d'autres ?
Toujours dans le même chapitre ces mots qui m'ont profondément touchée :
" La première phase de l'Oeuvre avait demandé toute sa vie. Le temps et les forces lui manquaient pour aller plus loin, à supposer qu'il y eut une route, et que par cette route un homme put passer. Ou ce pourrissement des idées, cette mort des instincts, ce broiement des formes presque insupportable à la créature humaine seraient rapidement suivis par la mort véritable, et il serait curieux de voir par quelle voie, ou l'esprit revenu du domaine du vertige reprendrait ses routines habituelles, muni seulement de facultés plus libres et comme nettoyées. Il serait beau d'en voir les effets. "(p.239).
Amis du Laboratoire, je dois vous avouer que je sature. Le plaisir n'y est plus, la poésie me fuit, la spiritualité n'arrive pas à s'exprimer. Les difficultés de la vie quotidienne ont, pour le moment, pris le dessus. Je perds ma créativité et aussi, pire encore, je ne profite pas suffisamment des très beaux textes des blogs amis. Le caquetage mental me pollue.
Dans ces moments, que j'ai déjà connus, il faut savoir lâcher la branche !
Je vais donc prendre des vacances dans ma tête, d'une durée indéterminée, jusqu'à ce que je retrouve une forme digne de ce blog auquel je suis très attachée. Des vacances silencieuses ...
Ces derniers temps, l'état du monde m'avait un peu assombrie. Rien de mieux que les chats pour redonner la joie de vivre. C'est pourquoi, toujours dans l'esprit de la célébration des dix ans du Laboratoire, je vous propose dix portraits de chats . Ce sont chats que mon appareil a saisis au hasard des rues ou des maisons ; sauf la chartreuse qui est mienne. Sous une forme ou une autre, ils ont illustré des textes ou figurent dans l'album photo.
Pourquoi j'ai mis mon nom sous tous ces chats ? D'abord, comme je l'ai déjà expliqué, parce que je me fais piquer mes photos mais peut être aussi parce que, dans chacun de ces chats, il y a un peu de moi ...
Du latin melancholia, issu du grec : melas (noir), kholè (bile) : bile noire. Ce terme désigne originellement, selon la médecine hippocratique, un trouble des humeurs. Dans l’Antiquité, la nature inconstante du mélancolique mordu par la bile noire, reconnaissable par son teint cireux, n’est pas que négative. Pour l’un des Pseudo-Aristote, le génie serait mélancolique. Cette tristesse de l’âme cacherait donc un élan créateur. Le peintre Dürer, auteur d’une célèbre gravure, Melancholia I, montrant un ange lassé de résoudre un problème mathématique, prétendait être atteint de cette maladie sacrée que Hugo définira comme « le bonheur d’être triste ». Pour Kierkegaard, la mélancolie est « le péché de ne pas vouloir », et résulte d’une conception « esthétique » (entendre : idéaliste, mais orientée par des désirs superficiels) de la vie qui ne peut mener qu’à l’insatisfaction. Pour la psychanalyse, la mélancolie perd toute valeur positive : elle est une affection grave, dominée par la pulsion de mort, la dévalorisation de soi, voire l’auto-agression, qui peut mener de la dépression au suicide. Distinguée de la nostalgie, elle est selon Cioran, un « ennui raffiné » vécu par celui qui ne se sent pas appartenir au monde.
Biostase, hibernation, cryogénie, etc. : il y a peu se tenait à Madrid un grand sommet sur les nouvelles techniques qui permettront peut être un jour à l’homme d’atteindre l’immortalité. Un rêve vieux comme le monde, qui possède une face sombre, analyse Hannah Arendt.
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Drôle d’objet que ce Monde comme volonté et comme représentation qui, à sa parution, ne rencontre que l’indifférence générale. Deux siècles plus tard, le voilà pourtant devenu un ouvrage culte pour métaphysiciens exaltés et poètes maudits. Il faudra vous armer de toute votre volonté si vous souhaitez à votre tour vous y attaquer…
Le 30 novembre 2020, la chanteuse Anne Sylvestre nous quittait. Deux ans après la mort de cette autrice-compositrice-interprète, dont la carrière connaît aujourd’hui un regain d’engouement, nous analysons la puissance philosophique et littéraire de quatre de ses chansons devenues populaires..
Paul Challemel-Lacour (1827-1896) a été l’un des premiers disciples de Schopenhauer en France. Bien qu’habité par l’idéal républicain de progrès, cet agrégé de philosophie à la longue carrière politique est rongé par un profond pessimisme existentiel. Il rencontre son idole en 1856, à Francfort. Il en tirera un portrait frappant de « l’Allemand ».
Les contenus ciblés des réseaux sociaux ne cessent de s’engouffrer dans nos failles les plus intimes… jusqu’à provoquer la mort. Pour contrer leurs effets délétères, il est nécessaire de se réapproprier nos imaginaires dans toute leur plasticité.
Figure importante du milieu analytique français, élève de Lacan, le psychanalyste Charles Melman (1931-2022) est décédé le mois dernier. Le psychanalyste Stéphane Thibierge l’a bien connu. Dans un texte d’hommage, il revient sur la grande mutation culturelle qu’il avait diagnostiqu..
Alors que la Coupe du monde de football s’apprête à commencer, ce qui était supposé être une immense fête planétaire et le plus grand événement télévisé au monde ne semble guère soulever d’engouement parmi la population. Rejet, indifférence ou panne de désir ?
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Longtemps perçue comme un sentiment négatif, la nostalgie apporterait, selon les chercheurs, réconfort et sens à notre vie.
Les mélomanes le savent: réécouter certains morceaux de musique pour revivre intérieurement son passé ne veut pas forcément dire que l'on est dépressif. Pourtant, à notre époque éprise du moment présent, la nostalgie, sentiment subtil et universel, n'a pas vraiment la côte. Considérée comme une maladie cérébrale au XVIIe siècle, puis longtemps confondue avec la mélancolie, la nostalgie est enfin réhabilitée grâce à différents chercheurs en psychologie qui s'attachent aujourd'hui à en montrer tous les aspects positifs.
A l'université du Nord Dakota, le Dr. Clay Routledge et ses collègues du laboratoire de psychologie sociale ont mené différentes études durant lesquelles ils induisaient l'état nostalgique chez certains participants pris au hasard. Ceux-ci devaient consulter la définition de la nostalgie dans un dictionnaire - «remémoration et regret du passé» - puis penser durant une dizaine de minutes à un épisode de leur vie qui éveillait ce sentiment en eux, avant d'écrire brièvement sur celui-ci. Dans d'autres recherches, et pour atteindre les mêmes fins, le Dr Routletge et ses collègues utilisaient la musique. Le chercheur a livré ses conclusions dans un article du site scientifique de référence Scientific American Mind.
Bien loin d'augmenter les sentiments négatifs, la nostalgie au contraire intensifie la bonne humeur puisqu'elle s'appuie sur des expériences passées le plus souvent heureuses (mariages, fêtes familiales, voyages…). Même si elle surgit souvent à un moment où l'individu ressent une émotion négative (un sentiment d'isolement ou de vide), la nostalgie vient booster l'estime de soi et promouvoir l'idée que la vie est pleine de sens. Le Dr Routledge la considère donc comme «une ressource psychologique que l'on emploie pour contrer des émotions négatives et des sentiments de vulnérabilité. Elle permet aux gens d'utiliser les expériences passées pour les aider à affronter les défis du présent», écrit-il.
La nostalgie réchauffe...littéralement
Autre bienfait démontré: la nostalgie intensifie l'impression d'être connecté à d'autres. «En effet, elle donne un sentiment de cohésion de groupe et d'appartenance générationnelle, confirme Hedwige Dehon, chercheuse en sciences cognitives de l'Université de Liège qui travaille sur les faux souvenirs et le vieillissement. Et dans des parcours de résilience, qui impliquent de rebondir après une épreuve, elle permet de réajuster le sentiment d'identité».
A l'Université de Southampton, l'équipe du Pr Constantin Sedikides a découvert que les couples se sentent plus intimement liés et paraissent plus heureux lorsqu'ils partagent des souvenirs nostalgiques. Ils ont aussi montré que lorsqu'on a froid, on peut littéralement utiliser la nostalgie pour se réchauffer. Devant de tels bienfaits, le Pr Sedikides invite chacun à créer des moments qui deviendront mémorables et viendront nourrir le sentiment nostalgique plus tard.
Hedwige Dehon approuve cette suggestion, à certaines conditions: «C'est possible si l'on prend le temps de bien appréhender tous les détails des expériences/situations que nous vivons et leur donnons l'importance qu'elles méritent.» Car être fatigué, ou distrait empêche de garder en mémoire un événement. Ainsi, plus on est conscient du présent, plus on sera capable d'éprouver de la nostalgie.
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